FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN DU MÊME AUTEUR Etudes sur quelques Héliozoaires d'eau douce. Archives do Biologie. Tom. IX. 188!i. Ueber einige neue oder wenig bekannte Protozoen. .lahrbuciier des Nassau. Vereins fur Naturkunde. Jahrg. 4:-!, 18110. Die Heliozoen der Umgegend von Wiesbaden. Ihid. 1890. Etudes sur les Rhizopodes d'eau douce. Mémoires Société Phys. et Hist. Nat. Genève 1890. Contributions à l'étude des Rhizopodes du Léman. Archiv. Scieuc. Phy.s. et Nat. Août 1891. Rocky Mountain Rhizopods. American Naturalist. Dec. 1891. Pelomyxa palustris et quelques organismes inférieurs. Archiv. Scienc. Phys. et Nat. Févi'ier 189.S. Les Rhizopodes de faune profonde dans le lac Léman. Revue Suisse de Zool. Tom. 7. 1899. Sur les mouvements autonomes des pseudopodes. Archiv. Scienc. Phys. et Nat. Mai 1899. Essais de mérotomie sur quelques Difflugia. Revue Suisse de Zool. Tom. 8, fasc. .•;, 1900. Notes complémentaires sur les Rhizopodes du Léman. Revue Suisse de Zoo). Tom. 9, fasc. 2, 1901. Sur quelques Héliozoaires des environs de Genève. Revue Suisse de Zool. Tom. 9, fasc. 3, 1901. EUGENE PENARD !)'■ KS SCIKNCKS FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN AVEC NOMBREUSES FIGURES DANS I.IC TEXTE GENÈVE HENRY KUNDIG, LIBRAIRE DE l'iNSTITUT 11, Corrateiie, 11 1902 TOUS DROITS RÉSERVÉS h (iKNKVK I.M1'R1.\1ERIK W. KiNDKi A: KII.S. RIE [IV VIEIX-COLLÈUE. 4. INTRODUCTION Nos connaissances sur les Protozoaires se sont depuis quelques aimées considérable- ment étendues. Il est certain que parmi les grandes questions qui touchent aux origines de la vie sur notre globe, à Tessence de la matière organisée, à la psychologie dans ses premiers commencements, les Protozoaires, les plus simples de tous les animaux en même temps que les plus compliqués en tant qu'organismes unicellulaires, offrent un sujet d'étude particulièrement intéressant. Mais si l'importance de ces êtres inférieurs est de jour en jour mieux recomiue, et si des observateurs du plus grand mérite en ont fait l'objet spécial de leurs recherches, il faut reconnaître que les plus simples de tous ces organismes, et par là ceux peut-être sur lesquels on pourrait fonder les plus grandes espérances, les Rhizopodes d'eau douce, ont été quelque peu négligés. Les Infusoires, les Radiolaires, les Foraminifères, ont domié lieu à des recherches plus considérables ; et les beaux travaux de Schulze, Hertwiu et Lesser, Greeff, Biitschli, Archer, Wallich, Gruber, etc., sur les Rhizopodes, tous relativement anciens et (jui semblaient devoir être suivis d'études toujours plus nom- breuses et plus précises, n'ont pas porté tous les fruits qu'on était en droit d'espérer. Il semble en sonnne que les biologistes aient une tendance à négliger ces organismes pour diriger leurs recherches dans un sens quelque peu différent. Voici coimnent je serais porté à com])rendre cette négligence relative à l'égard des Rhizopodes d'eau douce : grâce au développement immense qu'ont pris de nos jours les sciences, le naturahste, pour produire un ouvrage original, est absolument obligé de se 6 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN spécialiser, au moins temporairement. Or, ce qui bien souvent décide de la spécialisation dans un sens plutôt que dans un autre, n'est autre chose que ce qu'on pourrait appeler le hasard : un naturaliste débutant trouvera par exemple un Copépode qui lui paraît inté- ressant ; il le déterminera, l'étudiera à fond, fera de ses recherches le sujet d'un mémoire bien travaillé ou d'une thèse de doctorat. Le travail une fois achevé, notre docteur, riche d'expériences acquises et ferré sur la bibliographie toujours si compliquée et si découra- geante, est devenu spécialiste sans le savoir, et l'objet de sa s])écialisation sera repré- senté par les Copépodes. Si la chance eût voulu (iu"au lieu d'un ('opé])odeil eût trouvé un Rotifère, il se serait tout aussi naturellement spécialisé dans le sens des Rotateurs. Mais si son microscope lui avait montré une Diftlugie, il aurait probablement passé outre. En effet, son Copépode ou son Rotifère, il a i)u les déterminer de suite, d'une manière précise, ou bien en ne les trouvant pas dans les ouvrages descriptifs, il a pu s'assurer qu'il y avait là quelque chose de nouveau. Mais dans sa Diftlugie, tout ce qu'il a pu reconnaître, c'est qu'elle ajjpartient au genre Diffliifiia: est-ce la Di0/igi.a f/lohHlom,\RBifflu(/ia lohostoma, là Diffliujia urccolafa, ou telle autre encore? Ou bien est-elle nouvelle? Tout cela est possible, les livres ne lui permettent pas de le savoir au juste, et faute d'avoir des données précises, il reprendra son microscoi)e jusqu'à ce qu'il trouve un Rotifère ou un Copépode. Autrement dit, il n'existe pas d'ou^Tage descriptif suffisannnent complet ou suffisam- ment explicite pour que la détermination d'un Rhizopode puisse être considérée comme précise, cela du moins pour la grande généralité des espèces. Loin de moi la pensée de vouloir diminuer en quoi que ce soit la valeur des travaux systématiques de Ehrenberg, Perty, Schneider, Fresenius ; ces (cuvres ont encore leur valeur générale, et témoignent des plus grandes qualités d'observation chez leurs auteurs, qui n'avaient à leur disposition que des instruments bien moins perfectionnés (pie les nôtres. Mais elles sont bien anciennes, et pour la systématique elles ne peuvent nous fournir que des renseignements très vagues. Claparède et Lachmann sont arrivés à des résultats plus précis, mais dans leur ouvrage les Rhizopodes ne jouent qu'un rôle tout à fait accessoire. Le beau traité de Bûtschli sur les Protozoaires est d'une impor- tance capitale et restera bien longtemps encore r(euvre classique par excellence ; mais il ne s'occupe pas de systématique, ou du moins ne permet guère de déterminer que les genres. INTRODUCTION 7 Blochmann a publié un ouvrage utile, mais très général aussi ; il ne cite que très peu d'espèces, et souvent d'une manière trop peu explicite pour que la détermination en soit certaine. Un ouvrage également de grande valeur, et qui pour les genres peut être d'une utilité réelle, est celui de Delage et Hérouabd ; mais c'est encore là un traité général qui ne prétend pas à la détermination des espèces. Nous arrivons à Leidy, dont le remarquable mémoire sur les Rhizopodes d'eau douce de l'Amérique du Nord se trouve dans toutes les bibliothèques. Nous avons bien là une (Buvre de systématique, comprenant la description d'un nombre assez considérable d'espèces, description détaillée, prudente, comparée, et accompagnée de figures nombreu- ses et claires, bien que souvent trop schématisées. Mais si dans l'ouvrage de Leidy nous pourrons toujours admirer la persévérance, la méthode, la probité, l'ardeur scientifique en même temps que la modestie de l'auteur, nous ne pouvons pourtant nous empêcher de regretter que le professeur américain, dans un but des plus louables et par un simple excès de prudence, ait cru devoir condenser les espèces jusqu'à la confusion. Leidy a énormément vu, mais il semble que dans sa crainte de paraître attacher trop d'impor- tance à la partie systématique de ses travaux, il ait cherché à diminuer autant que pos- sible le nombre des types spécifiques. Il est alors allé trop loiD et sans réfléchir peut-être que si une extension des espèces basée sur des caractères futiles est inutile et nuisible, par contre la réunion sous un même nom spécifique de plusieurs formes bien différenciées et parfaitement constantes est un mal plus grand encore, il a introduit dans la question un regrettable élément d'obscurité. Moi-même, en publiant en 18'.>() les résultats de mes premières études sur les Rhizo- podes d'eau douce, et convaincu de la richesse spécifique de cette faune, j'avais ajouté à la liste des Rhizopodes connus un assez grand nombre d'espèces. Mais cet ouvrage, dont la partie systématique est beaucoup ti'op condensée et dont les figures sont trop petites et serrées, entrepris d'autre part dans de uuiuvaises conditions, n'a i)as tout à fait répondu à ce qu'il prétendait devoir être. Je crois ne pas me tromper eu supposant que beaucoup de ceux qui l'ont eu entre les mains ont cru à une tendance de ma part, à la fabrication des espèces, et pourtant ils ont eu tort. Moi-même, après un certain iu)mbre d'années, je me suis reproché de n'avoir pas imité Leidy dans sa prudence ; aussi, en reprenant il y a deux ans mes études sur les Rhizopodes des environs de Genève, et avant de me livrer 8 FAUNE KHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN à toute observation au niicroscoi)e, ai-je commencé par rayer de parti pris de ma liste un nombre assez considérable des noms que j'avais introduits. Mais peu à peu, à mesure que j'avançais, je me suis vu obligé de rétablir presque tous ces noms les uns après les autres. Il est difficile en effet, pour ne pas dire impossible, d'agir contre des convictions per- sonnelles. En science l'observateur n'est pas libre, et même lorsqu'il sait qu'en disant ce qu'il croit être la vérité il se nuit à lui-même, il ne peut dire autre chose. Ce qui d'après lui est une espèce ne peut être autre chose, et il est obligé de la doimer comme telle. Mais il est bien des cas aussi où il s'introduit un doute, et le naturaliste alors doit agir avec ])rudence et se garder de créer des noms à la légère. Aussi quelques-unes des espèces que j'avais indiquées comme nouvelles ne reparai- tront-elles pas dans l'ouvrage actuel, bien que je les aie retrouvées à Genève; il existe à leur égard encore un doute dans mon esprit, et je préfère les regarder comme de simples variétés (Difflugia Incornis, Difflufiiaptatystunia, Arcella gihhosa, Eufilyplia Iieterospina). Quelques-unes également ont dû changer de nom, grâce à des recherches plus approfon- dies sur la bibliographie du sujet, qui me les ont fait retrouver dans des descriptions antérieures. En résumé, l'on peut dire que s'il existe un nombre assez considérable de travaux systématiques sur les Rhizopodes d'eau douce, ces travaux, souvent d'ailleurs de grande valeur, connue ceux par exemple de Archer, Blochmann, Carter, Cienkowsky, Cla- PARÈDE et Lachmann, Frenzel, Greeff, Gruber, Hertwig, Korotneeff, Lauter- BORN, Rhumbler, Schaudinn, Schulze, Taranek, Vejdowsky, Wallich, etc., ne traitent presque tous que d'un nombre très restreint d'espèces; aussi faut-il avoir à sa disposition toute une bibliothèque pour songer à la détermination. Un ouvrage général, comprenant la description suffisamment détaillée de tout ou à peu près tout ce que l'on connaît jusqu'ici, pourrait donc rendre de véritables services, en même temps qu'il serait un encouragement à l'étude de ces organismes auxquels il reste encore tant à dire, et qu'il pourrait souvent prévenir des erreurs nombreuses, telles qu'en connnettent à l'heure qu'il est journellement bien des observateui'S. Dans ces dernières aimées, t>n a vu paraître un certain nombre de travaux, décrivant la faune et la flore, la biologie tout entière, de tel ou tel marécage ou INTRODUCTION 9 de tel ou tel petit lac, et donnant la liste des espèces rencontrées. Ces travaux sont souvent fort intéressants et parfois d'une assez grande importance, mais pour ce qui concerne les organismes qui nous occupent, ils peuvent, d'après moi, être tous consi- dérés connue incomplets ou fautifs. Je citerai par exemple un travail considérable et très bien étudié de Amberg sur la Biologie du Katzensee près de Zurich. Amberg cite dans ce petit lac, assez riche en formes vivantes de toutes sortes, entouré par-ci par-là d'herbes et de plantes aquatiques, comme Rhizopode vrai, la seule ArccUa vid(/aris, de provenance il est vrai pélagique, et rien du tout des bords du lac. Peut-être Amberg n'a-t-il pas étudié la faune littorale sous le rapport des Rhizopodes, mais s'il ne l'a pas fait, c'est probablement qu'il a trouvé la tâche de détermination trop ingrate, car il n'y avait pas de raison pour laisser de côté les Rhizopodes de rivage. D'un autre coté, s'il a étudié ces derniers sur les rivages, il les a mal vus, car il est absolument impossible que ce lac n'abrite que VArcella vtilgans, et ce n'est certainement pas trop s'avancer que de prétendre que celui qui voudra se donner la peine de fouiller quelque peu les bords, y trouvera, en un seul jour, au moins vingt espèces bien caractérisées. On pourrait citer, comme un second exemple parmi beaucoup d'autres, les recherches de Hempel sur les Protozoaires de la rivière Illinois et des lacs adjacents. Hempel y trouve 16 Rhizopodes, dans une région d'eaux tranquilles, entourées de végétation et de petits lacs favorables au dévelo])pement des Protozoaires. Une pareille pauvreté dans une région riche en organismes de toute nature, est une impossibilité matérielle. Je ferai remarquer également que beaucoup de ces travaux citent toujours les mêmes espèces, Diffl/tqia pyriformis, Diffl/ Animaux. Schleichor fi-èros, Paris. 51. H.ECKEL, E. — Monographie der Moueren. Jeunische Ztscli. fiir Medicin utid Nat. B*" IV. 1868. 52. Hallez, Paul. — Sur un nouveau Khizopodc, Arcuothrix Balbianii. Mém. de la Soc. des Scien- ces de Lille. Vol. 14, 4' série, 1885. 53. Hempel, Adolph. — Description of new species of Rotifera and Protozoa Irom the Illinois River. Bull. Illin. State Lahoratory. Vol. IV. 54. Hempel, a. — a list of tlie Protozoa and Rotifera found in the Illinois River. Bail. llUn State Laboratory. Vol. V. art. VI. 55. Hertwig, 0. et R. — Ueber den Befruchtungs- und Thoilungsvorgang des thierischen Eies Jen. Zeitsch.f. N. 1887. 56. Hertwig, R. — Was veranlasst die Bofruchtung der Pi'OtozoenV Siizuiigsb. Ges. JMorpIi. Mûnchen, 189!t. 57. 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Plasma dépourvu de bâtonnets Amœba Grandes Amibes renfermant des bâtomiets (bactéries) Pelomyxa Ectosarc hérissé de petites aspérités Dinamœba Plasma visqueux en apparence, à pseudopodes tantôt étalés en voile, tantôt déchiquetés ou filiformes HyoJodiscus 5. Pseudopodes larges, ou rarement linéaires, jamais filiformes sauf parfois temporairement 6 Pseudopodes toujours filiformes 16 6. Pseudopodes toujours larges ' 7 Pseudopodes tantôt larges, tantôt linéaires 15 7. Membrane souple et déformable 8 Membrane rigide ou h peine déformable ■ 9 24 FAUNE RHIZOl'ODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN 8. Enveloi)pe hyaline, lisse, adhérente au ])lasnia Aniphizonella Membrane brune, parcheminée, très soujjle et fine. Corps très chan- geant, en forme de ballon ou bien étalé en patelle Coryc'm Enveloppe fine, souple; patelliforme, peu changeante Fseudoclilamys Membrane très souple, régulièrement ponctuée, se moulant sur le corps; déformations considérables Cochîiopodium 9. Coque discoïde, fortement comprimée de haut en bas 14 Coque non discoïde, non comprimée de haut en bas 10 10. Coque en forme de cornue Lecquereusia » non en forme de cornue 1 1 11. Coque recouverte d'éléments divers disposés sans aucun ordre régulier 1 2 Coque recouverte d'éléments divers (écailles) disposés en un ordre plus ou moins régulier ' 13 Coque lisse en apparence, mais parfois aussi finement ponctuée ou recouverte d'écaillés régulières à peine visibles Hyahsphenia 12. Coque en forme de coupe hémisphérique membraneuse et recou- verte d'éléments épars ParmuUnu Coque non hémisphérique, sans bride ni diaphragme internes Difflugia Coque traversée dans son intérieur par une bride interne ou i)ar un plancher perforé Pontifjidasia Coque munie en arrière de son ouverture' d'un diajjhragme dentelé (bouche vraie) Cucurhitelht 13. Coque recouverte de plaques rondes ou ovales, remplacées par- fois par des diatomées Nehela Coque recouverte de plaques carrées QnadrHki Coque recouverte de plaques rondes ou irrégulières ; la bouche est une fente allongée ^ Heleopera ' Dans quelques Nebela et Heleopera, les ('léments réguliers sont souvent remplacés par des diatomées ou des écailles amorphes. ^ Dans Heleopera eyclosioma elle est ovale. TABLEAU niCHOTO^riQUE POUR LA DÉTERMINATION DES GENRES 25 14. Coque couverte de ponctuations serrées, masquées le plus sou- vent par des éléments ou écailles de recouvrement (voir aussi Difflngia constrida) Centtopy.iis Coque guillocliée de ponctuations hexagonales régulières. Bouche infère, centrale, petite Arcella Coque à ponctuations peu marquées et souvent invisibles. Bouche infère, presque aussi grande que le diamètre de la coquille Puriilkida 15. Coquille chitinoïde recouverte d'éléments étrangers; bouche terminale Pli rijf/mi ella Coquille chitinoïde Hsse (exceptionnellement quelques éléments étran- gers). Bouche terminale (U-ypMifflunia Coquille chitinoïde lisse, à bouche très légèrement excentrique (tron- quée en biseau) Platoum 16. Enveloppe à une seule ouverture 17 Enveloppe à deux ouvertures opposées 30 Enveloppe à plus de deux ouvertures . Microcometes 17. Membrane souple, déformable 18 Membrane rigide 11' 18. Enveloppe fine, membraneuse, lisse PcmplHignti Enveloppe membraneuse, très finement ponctuée PJafiiophryfi 19. Coque recouverte de dessins réguliers ' 22 Coque sans dessins réguliers 20 20. Enveloppe hérissée de soies courtes Diaphorodon Pas de soies 2 1 21. Coque recouverte d'éléments étrangers, de pierres, particules de sable, etc. Pas de carène ni de collerette hyaline Psendodifflnçiia Coque très comprimée latéralement, scutiforme, munie d'une carène plus ou moins prononcée sur ses bords latéraux Clypeolhia Coque munie à la bouche d'une collerette hyaline involutée NadineUa ' Dans Cyphoderia hevis et Gorythion pulchellum. ces dessins ne sont que rarement bien visibles. Dans Gampascus, les dessins sont en partie masqués par des particules étrangères. >0 FAUNE KIIIZOPODIqrE BU BASSIN DU LÉMAN Coque vn foniie de doclie liéiiiispliériciiie, liyaliiie Frenzelina 22. Envelopi)e en forme de corime 23 Enveloppe non en forme de cornue 24 23. Ecailles rondes très petites et peu régulières, formant des des- sins à peine visibles Campascus Ecailles régulières, formant un guillocliage de dessins hexagonaux symétricpies (hiplwderia 24. Bouche terminale (tronquée à angle droit) 25 Jîouclie infère (tron(iuée en hiseau) 29 25. (.!oque recouverte de dessins hexagonaux peu réguliers, qui se contiinient jusque sur la pointe elttlée de l'enveloppe Pareufilyplm Coque recouverte de dessins hexagonaux réguliers 26 26. Ecailles de la bouche à denticiilations symétriques Euglyplia Sans écailles symétriquement denticulées à la bouche 27 27. Coquille fortement comprimée latéralement 28 Coquille peu ou pas com])rimée Sphenoderia 28. Lèvres de la Ixniche lisses Flacocysta Lèvres de la bouche dentées ou déchiquetées Assulina 29. Ecailles rondes formant par leur arrangement des dessins hexa- gonaux réguliers et nets. Tr'mema Ecailles allongées, à dessins peu réguliers et rarement visibles Corythion 30. Enveloppe rigide, chitinoïde, allongée et comprimée latérale- ment, parfois recouverte d'éléments étrangers Ampliitrema Enveloppe lisse, hyaline, très fine, sphérique, renfermant un gros corps brillant Diplophrys 31. Corps nu 32 Corps recouvert d'une enveloppe distincte 33 32. Pseudopodes partant de deux pôles opposés Gymnophrys Pseudopodes partant d'un point quelconque du corps Biomyxa 33. Enveloppe fine et très plastique Lieherlmlmla ï^nveloppe rigide, ou peu déformal)le Gromia GENRE PROTAM(EBA 27 Genre Frofanuchu H.ïckel 1S66 (51)'. Le genre Profamœba a été créé par H.îiCKEL, jjour de petites Amibes, dépourvues de noyau aussi bien que de vésicule contractile. Ce sont alors des nionéres. Dans plusieurs des organismes qui, dans l'origine, avaient été décrits comme dépourvus de noyaux, on a fini par en retrouver, généralement très nombreux, et très petits ^, et peut-être en sera-t-il de même pour le genre Frotamœha. Toujours est-il que dans l'espèce dont la description va suivre il m'a été impossible d'en apercevoir la moindre trace, même après une colo- ration au carmin qui, sur les organismes avoisinants, avait agi sur les noyaux de la ma- nière la plus caractéristique. Protamiebaprimordialis KoROT}s'EEFF (59). J'ai trouvé quelques individus seulement se rapportant à cette espèce, au marais de Loss}', puis sur les rives du lac à la Pointe-à-la-Bise; ils concordaient tous nettement avec la description de Korotneeff. Le corps n'est qu'un fragment de plasma cylindrique, ou plus ou moins ramifié, par- fois très allongé et vermiculaire. Il est tou- jours extrêmement changeant et mobile et les déformations s'y produisent par une suite de jets de plasma très clair et peu consis- tant, qui se figent aussitôt sous forme de têtes ou de sphérules arrondies, pour se modifier encore l'instant d'après. La locomotion, géné- ralement très rapide, semble être beaucoup plus désordonnée que chez les Amibes en général; l'organisme tout entier rappelle, non seulement en apparence, mais dans Protmnœba primordialis. — 1 et 2. Différents aspects de l'animal. — o. Le même, avec filaments gluti- neux. ' Dans tout le cours du volume, les chiffres entre parenthèses inili(iuent les numéros de la liste biblio- graphique correspondant aux titres des ouvrages. - Je possède une préparation au baume de Vanipijrcllu vora.c, où l'on voit une demi-douzaine de noyaux tout à lait distincts et caractéristiques. 28 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN toute sa manière de se conduire, un pseudopode qu'on vient de détacher d'une grosse Uitiiugie et qui le fait assimiler à une boussole atfolée, ne sachant où se diriger. Dans tous les individus que j'ai pu examiner, le plasma était d'un bleu très tendre et très délicat. II renfermait des mji'iades de granulations brillantes, extrêmement petites, qui couraient entraînées par les courants internes. Par-ci par-là on y voj'ait quel- ques grains brillants plus volumineux. La partie postérieure de l'individu parait toujours un peu visqueuse, et plusieurs fois j'j' ai vu s'agglutiner de petites diatomées. Dans un des individus examinés, le corps en se déplaçant se montra terminé en arrière par une touffe de filaments très fins qui provenaient de cette extrémité glutineuse collée auparavant au soutien (fig. 3). Ces fila- ments, plus tard, rentrèrent dans la masse comnmne pour s'y confondre avec le plasma. Aucun des individus examinés ne m'a permis d'apercevoir la moindre trace soit d'un noyau, soit d'une vésicule contractile. La taille est naturellement fort variable d'un instant à l'autre, suivant le degré d'allongement qui, lorsque l'animal dans une course rapide prend rai)parence d'une limace, peut arriver au décuple de ce qu'elle est à l'état de repos sphérique. Korotneeff la donne comme atteignant 75 [j. de longueur. Sur un individu de la forme la plus ordi- naire et trois fois aussi long que large, je l'ai trouvée de 111 [j.. (jeme Gloïdmm Sorokine 1878(126). Ce genre se distingue du précédent surtout par la présence d'une vésicule contrac- tile. Sorokine y ajoute un caractère important, qui consisterait en ce que le plasma, à un moment donné et sans passer par l'état de kyste, se divise en quatre parties égales, par deux étranglements siuudtanés en croix ; dans chacune des divisions ainsi produites se forme une vésicule contractile. Je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à des phénomènes de reproduction, de sorte (jue pour faire rentrer ces iiulividus dans le gem-e Gloldinm, j'ai dû me borner à constater l'absence de noyaux. Dans ce geiu'e, tout est en somme encore à peu près inconnu, et les trois espèces qui vont être décrites n'y trouveront peut-être qu'une place provisoire. Je n'ai GENRE GLOÏDIUM 29 cependant pas cru devoir les passer sous silence, car toutes trois présentent des traits intéressants. D'autre part, il m'a été impossible d'y retrouver les caractères spécifiques de l'espèce décrite par Sorokine (Gloïdium quadrifidum), non plus que de celle que j'avais mentionnée en 1890 (Gloidinm, (iranidiferum). Le genre Gloïdium doit être partout très rare; des trois espèces que j'ai observées, deux n'ont été rencontrées qu'une seule fois, et la troisième deux fois seulement. C'est même, si l'on j ajoute trois Amibes, dans ce genre seulement que je me suis cru autorisé à donner une description fondée sur la rencontre d'un seul individu. Gloïdium mutahile. Spec. nov. Cet oi"ganisme rappelle, à première vue, la Protamœba qui vient d'être décrite. C'est une petite masse claire très cliangeante de forme, dans laquelle on peut distinguer un endoplasma bourré de ])etits grains brillants qui y sont emportés de tous les côtés par les courants inter- nes. Cet endoplasma est limité très francliement par une zone d'ectosarc dans laquelle les petits grains ne pénètrent pas. Cette zone est alors aplatie sur ses bords en forme de lame.- La locomotion s'opère au moyen d'ondes brus- ques qui se figent aussitôt en boyaux clairs et larges, souvent étranglés à leur base. De ces boyaux ou pseu- dopodes partent souvent aussi, comme des jets liquides, des prolongements étroits et plus petits, souvent poin- tus, et ces prolongements à leur tour peuvent s'élar- gir en s'étalant par une onde rapide (fig. 1). L'apparence générale présentée par cette espèce est tout à fait caractéristique, et je ne l'ai retrouvée dans aucune Amibe. Il m'a été impossible de découvrir la moindre trace d'un noyau, même après avoir .soumis l'individu en observation pendant vingt-quatre heures à l'action du carmin. Gloïdium mutabile. — 1. L'animal en marche. — 2. Extrémité d'un pseu- dopode. 30 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Par contre, il existe une grande vésicule contractile; après fonctionnement normal, elle est généralement remplacée par de petites vacuoles, lesquelles finissent par éclater les unes dans les auti^es et reconstituer la vésicule. Je n'ai malheureusement pu étudier qu'un exemplaire de cette espèce, trouvé au Bois de la Bâtie. Le corps ne renfermait aucune nourriture. Gloidiuni horridum spec. nov. Cette espèce est d'apparence assez bizarre. On peut se la représenter connue une petite masse incolore, globuleuse ou p3'riforme, et dans ce cas on la voit le plus souvent posée toute droite sur son soutien, auquel elle n'adhère que par l'extrémité étroite de son corps, à la manière d'une toupie. En dépit de l'histabilité de cette position, elle peut alors rester longtemps dans une immobilité complète, balancée seulement par les petits courants qui i)euvent se produire autour d'elle, ou par les organismes ténus qui la frôlent en passant (tig. 3). D'autres fois encore elle prend une forme à peu près héniisj)hérique. On voit alors, en la regardant d'en haut, se dessiner dans son milieu un cercle plus ou moins large, qui marque la zone d'adhésion au sol '. Plus rarement l'organisme s'aplatit considéi'ablement à la manière d'une patelle, et rappelle alors le genre Cochliopoilium. (^)uelle que soit sa forme, l'animal dé- ploie facilement des pseudopodes. Il arrive parfois (pie l'on voie partir d'un point (|uel- conque de la surface des prolongements de plasma clair, sous forme plutôt d'ondulations courtes; mais ce ne sont pas là des pseudo- podes véritables. Pour ces derniers il semble qu'il y ait une tendance très marquée à la loca- Gloïdium horridum. — 1. L'animal vu par sa face inférieure. — 2. Le même, vu de côté. — 3. Le même, sans pseudopodes, fixé sur un soutien. — 4. Vacuoles du plasma. — 5. iDcnticulatlons occa- sionnelles de la surface. ' O terme de « sol » ne désig-ne ici. bien entendu, que Va lamelle de verre sur laquelle l'animal est placé ; je l'emploierai souvent dans le même sens. GENRE GLOÏDIUM 31 lisation; toutes les fois qu'on assiste à F apparition de pseudopodes bien déterminés et revê- tant comme ceux des espèces testacées la forme cylindrique ou rubanée, on voit que ces pseudopodes partent d'un même point, lequel coïncide avec le disque d'adhésion lorsque ce dernier existe (fig. 1); la figure 2 montre un animal qui, posé d'abord sur sa face ter- minale et qu'on pourrait appeler buccale, a été à dessein brusquement détaché de son point de lixation ; on le voit alors de côté et l'on peut facilement constater que les pseu- dopodes partent d'une même région antérieure '. Il semble, d'après ces apparences, que l'ectosarc doit être revêtu d'une membrane véritable: mais il n'en est rien. Les couches superficielles du plasma sont sans doute plus compactes que les autres, et même temporairement durcies, mais il est impossible d'y reconnaître la moindre trace de membrane à double contour, et telle région qui, d'abord, était ferme et résistante, à bords très francs, peut, d'une minute à l'autre, se ramollir et prendre les contours indistincts du plasma mou, ou même produire à sa sur- face de petites vagues de plasma mobile. L'ectosarc est dans cette espèce fréquemment sujet à un phénomène intéressant, qui rappelle d'ailleurs ce que l'on peut constater dans quelques autres Rhizopodes (par exemple l'elomy.ra BekvskU) : Il se hérisse, souvent sur une région déterminée seulement et sur- tout à la partie antérieure du corps, de milliers de petites aiguilles, hyalines et résis- tantes (fig. 5), mais qui ne sont en réalité pas autre chose que du plasma durci, et qui peuvent à leur tour disparaître, se foudre dans la masse générale, tout aussi vite qu'elles étaient apparues. Lorsque l'animal est au repos et a pris la forme soit arrondie, soit étalée, cette armature semble recouvrir le corps entier. Pendant la marche elle n'existe souvent qu'à la partie antérieure, où les aiguilles atteignent alors un développement plus considérable que partout ailleurs. Immédiatemeiit au-dessous de la surface, l'ectosarc est fortement vacuolisé ; les va- cuoles, de grandeurs variées, se touchent souvent les unes les autres mais sans se com- primer mutuellement (fig. 4). Le plasma renferme des graimlations extrêmement ténues i)ar myiiades, puis des ' Dans cet état, l'animal rappellerait le Pctnlopiis dijjliu'nn de CLAPAuiJDE et Lachma.nn, qui serait un Rliizopode sans membrane d'enveloppe, mais dont les pseudopodes ne partiraient que d'un point antérieur. Mais la description du Pctalopiis est extrêmement vague et écourtée, et, de même que Butschli, je serais disposé à regarder l'existence du PctaUipns, telle que Lachmann l'a observée, comme problématique. 32 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIX DU LÉMAN grains d'excrétion plus gros, et de nombreuses petites boulettes jaunâtres, d'apparence protoplasmique, mates et déformables. Outre les vacuoles dont il vient d'être question, il existe une inmiense vésicule con- tractile, que j'ai vue fonctionner normalement, et se vider sans produire d'ailleurs aucune réaction dans le liquide extérieur. Le plasma des deux individus examinés renfermait des proies de différente natui'e (diatomées, etc.), et de taille minime. Ni sur le vivant ni après coloration au carmin il ne s'est montré trace de noj-au. La taille moj'enne à l'état p^yriforme est de 71 j^t. Je n'ai malbeureusement trouvé que deux exemplaires de cette espèce, l'un à Gail- lard et l'autre à Meyrin, dans les marécages, et ce n'est que le premier que j'ai pu exa- miner d'une manière suffisamment détaillée. GJoidium?... mqulnatum spec. nov. Cet organisme est bien différent des deux précédents et n'a de commun avec eux que Fabsence de noyau; en tout cas n'ai-je pas réussi à en découvrir un. C'est un assez gros Rhizopode, de 385 /a de dia- mètre dans sa forme habituelle. Il est aplati, divisé en un petit nombre de bras également larges et apla- tis, et qui s'avancent en rampant en apparence cha- cun pour son conq)te, mais d'un mouvement très lent. Le plasma est complètement bourré de petits grains jaunâtres, clairs, qui, par leur masse, domient à tout ranimai une teinte d'un noir jaunâtre sale, et à la lumière incidente d'un violet clair. Mais cette masse colorée est partout bordée d'une marge très nette d'ectoplasma hyalin, pur et sans granulations. Cet ectosarc a ses bords frangés, sur tout son pourtour, de très petits lobes ou pseudopo- des ondulés, qui se forment et se déforment lentement. Dans l'intérieur du corps on voit ([uelques vacuoles contractiles, très paresseuses. Gloïdium? inquinatum. — Animal en marche. On y voit trois vacuoles contrac- tilcK et des globules brillants. GENRE AMŒBA 33 qui apparaissent et disparaissent par-ci par-là. L'endosarc renferme en outre de gros grains d'excrétion bleus, brillants, puis un certain nombre de boulettes vertes qui m'ont paru représenter des algues en cours de digestion. Cette description sommaire s'applique d'ailleurs à un seul individu, trouvé au marais de Lossy, et qu'il ne m'a pas été possible de suivre longtemps. Cet organisme m'a cependant paru assez intéressant et assez caractéristique pour mériter d'être mentionné. Genre Amœha Ehrenberg 1831. Volro.r, Linné 1760; Cliao.% Liimé 17G7; Profens, Muller 1786; Vihrio, Gmelin 1788; Aiu'iha, Bory 1824; Amcrba, Ehrenberg 1831. Les Amibes peuvent être brièvement définies comme des Rhizopodes nus, toujours pourvus d'un ou de plusieurs noyaux, et de vésicules contractiles, et dont les pseudopodes, le plus souvent lobés, ne sont jamais anastomosables. D'après ces caractères, il sera toujours facile de reconnaître un de ces organismes, en tant qu'appartenant au genre Amœha. Mais il en est tout autrement ([uant à la déter- mination de l'espèce. Les Amibes peuvent se rencontrer partout, et à chaque instant on est appelé à en examiner. La jilupart sont de petite taille et se remarquent peu ; d'autres moins nombreuses arrivent à dépasser les plus gros des Rhizopodes d'eau douce revêtus d'une coquille. Mais en raison même de la simplicité de ces organismes, et en l'absence de toute enveloppe caractéristique, les Amibes revêtent presque toutes un air de parenté qui jusqu'ici a constamment rendu leur détermination très difficile, et une longue expé- rience permet seule d'apprendi'e à distinguer les caractères spéciaux de chaque espèce. Il a été décrit un nombre considérable d'Amibes; Maggi, déjà en 1876, et dans un travail fort intéressant sur le sujet ', arrive, après discussion de la synonymie et après élimination d'un certain nombre de noms anciens, au chiffre de 44 espèces décrites; mais sur ces 44 il en cite 17 dont il n'a jamais pliis été fait mention depuis leur découverte, et 11 autres dont la réalité est encore problématique. En 1876, il serait donc resté, d'après ' Studi analoino lisiolog-ici iiitorno aile amibe... Alti délia Societù Italiana di scieiize naturali. Vol. XIX, fasc. IV. 5 34 FAUNE RilIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN MaGgi, 1 6 Ainibes d'une existence certaine. Depuis lors il en a été décrit encore un nombre assez considérable, et ce chiffre de 16 pourrait à l'heure qu'il est être de nou- veau porté à 40. Mais en réalité la plupart des descriptions, pour les espèces récemment découvertes comme pour les anciennes, sont encore très vagues. Un très petit nombre seulement sont réellement déterminables, et l'étude systématique des Amibes reste hérissée de difficultés. Et pourtant, une expérience quelque peu prolongée de ces organismes conduit iné- vitablement à la conviction que chez ces animaux les espèces sont plus nombreuses que dans tous les autres groupes des Rhizopodes, plus même que dans le genre Diffliifjia; espèces bien autonomes, ayant leurs caractères spécifiques distincts, leurs particularités morphologiques et physiologiques bien établies. C'est ce que CtReeff et Gruber ont peut-être été les premiers à reconnaître (voir la note de Gruber, dans l'introduction) ; plus tard, d'autres observateurs, comme par exemple Rhumbler, ont insisté à leur tour sur la richesse spécifique de ce genre. Mais il n'en reste pas moins vrai que pour pouvoir permettre une confrontation sé- rieuse, la diagnose devra être plus complète encore pour les Amibes que pour les autres Rhizopodes, et reposer, comme le disait Gruber, sur tous les caractères possibles, même ceux que dans les autres animaux on n'est pas habitué à prendre en considération, du moment que ces caractères sont constants. Mes études m'ont amené à examiner beaucoup d'Amibes, chaque espèce représentée le plus souvent par un grand nombre d'individus. J'ai voué à ce genre une étude atten- tive, et si j'ai pu identifier une grande partie des formes rencontrées avec les espèces jusqu'ici décrites, il en est d'autres, assez nombreuses, qu'il m'a été impossible de retrou- ver dans aucun auteur. Aussi ai-je dû les présenter comme nouvelles, en m' efforçant d'en indiquer les caractères avec une exactitude suffisante pour les confrontations ultérieures. J'ai reconnu comme Gruber que le noyau est peut-être l'élément le plus important pour la caractéristique de l'espèce. C'est ce qu'on n'a guère eu jusqu'ici en vue, et cepen- dant il est probable que dans les diagnoses à venir, c'est lui qui sera appelé à fournir les caractères systématiques les plus sûrs. Cependant, tout en croyant bien faire que de donnei- à mon tour un certain nombre de descriptions nouvelles, je suis personnellement porté à regarder ces diagnoses comme GENRE AMŒBA 35 manquant encore de la précision voulue. Tout dans ce genre est difficile et la classifi- cation des Amibes ne reposera sur des bases solides que bn'sque un naturaliste coura- geux se sera décidé à entreprendre une monographie complète du sujet. Le typeprimitit\4/H«'/^«a été subdivisé en une grande (juantité de nouveaux geiu'es : Dadi/los2)h(crliimEEFa'\\lG et Lesser, Hyalodii^cus'H.ERTWU; etLESSER, Bm il ustuni a Cl A- PARÈDE et Lachmann; puis ensuite Frenzel est arrivé, qui a créé les gein-es Sacca- mœha, Guttididiiim, Stylanuvha, etc. Mais si la distinction des Amibes en différents genres est en elle-même très désirable, et deviendra un jour nécessaire, il faut avouer que les subdivisions qu'on a proposées jusqu'ici sont encore prématurées et ne font que rendre la détermination plus difficile. Les distinctions y sont basées sur des différences morpho- logiques souvent temporaires, et telle espèce, par exemple, qui, à un moment donné, sera une Ama'ha, deviendra Dacfi/h}yt2)lif('ri/nii l'instant d'après, pour passer ensuite à Fodos- toma, et peut-être en route a-t-elle été Guttiûiduoii. Aussi m'en suis-je tenu au genre Amœha. J'ai conservé par contre le genre Hyalodiseus pour une espèce bien caracté- ristique et qui gagne à être considérée comme appartenant à un genre à part {Hyalodis- eus rubimndus H. et L.), puis ])our les gein-es Bhiamd'ha, Amx)Mzonelkt et PeJomym, qm sont suffisamment distincts jioiir éclairer le sujet ])lutot que de l'obscurcir. La Fcdu- myju pourtant ])rête à des obscurités, nmis elle est trop bien introduite dans la science pour qu'on hésite à lui laisser sa ])lace. Parmi les Amibes qu'on trouvera ici décrites connue nou\ elles, il yen a trois, Amœha hcryllift'ra, Amceha lotryllk et Amwha Harario/des. dont je n'ai rencontré qu'un seul individu. Elles sont toutes trois, je crois, assez caractéristiques pour que je n'aie pas hésité à les décrire. Je crois devoir ajouter cependant qu'outre ces trois Amibes et à part le Gldidiiun inqitlimtiim et le Gloldiiint iiiidahile., toutes les espèces nouvelles indiquées dans ce volume, soit nues, soit testacées, ont été vues plusieurs fois, souvent par centaines {GlokVmm honiditm deux fois, l'aiiqdiay/is araiatns deux fois, Aiiiœha SaphJriiia trois fois, le reste bien plus souvent). Aiiiirla liiiia.r DlMAIiltlX ('2o). Le n'bm donné par Dr.JARDix à cette Amibe indique d'un cou)» le caractère le plus sail- lant de l'espèce. La forme est celle d'une limace, et l'animal, en tout cas dans ÏAnKcha 36 FAUNE RIlIZOPODKiUK DU BAHSIN UU LEMAN Umax typique, semble la garder constamment, ou tout au moins ne jamais subir de défor- mations considérables. A l'état de repos, on le rencontre, connue toutes les autres Amibes du reste, fréquemment en boule, puis il part en s' allongeant en limace, et tout le corps ne forme plus alors qu'un seul pseudopode, généraleuient plus large en avant qu'en arrière, en même temps que plus aplati. La partie antérieure roule alors pour ainsi dire connue une onde, droit devant elle, et à une allure relativement rapide. Par-ci par-là se forment sur les cotés de petites ondes partiel- les, mais qui ne se développent qu'exceptionnellement en pseudo- podes véritables. Parfois aussi le corps tout entier, sans cbanger de place, et fixé au sol par sa queue, se dé- place rapidement, d'un seul bloc, au sein du liquide, comme pour tàter le terrain. Ce phénomène, plutôt rare, mais que j'ai vu se reproduire chez un grand nombre d'Amibes, et qui est très général dans les pseudopodes des espèces testacées (voir note 8), est intéressant en ce qu'il mon- tre bien que dans certains cas le plasma peut être assez rigide dans son ensemble pour n'avoir pas besoin de soutien. Dans la tigure 5, la partie antérieure du corps d'une Amœba Ihnax se déplaça d'un quart de cercle environ dans l'espace d'une seconde. Dans notre Amibe, le plasma, presque toujours reuq)li de petites granulations de toutes sortes, de proies de diverse nature, et de grains d'excrétion bleus et brillants, arrondis ou amorphes niais sans formes cristalUnes, est bordé d'une ceinture d'ectosarc hyalin très pur, plus large et plus étalée à la partie antérieure. La vésicule contractile, généralement unique, i)eut se trouver dans différentes ré- gions du corps, mais se voit le plus fréqueunnent en arrière, et c'est presque toujours dans cette région (pfelle éclate. • Amœba Umax. — 1. Un individu en progression rapide. — 2. Variété se rapportant à la même espèce. — .3. Houppe caudale, dans une Amœba limax typique. — 4. Noyau dans ses dittërcntes déforma- tions. — 5. Déplacement d'un individu eu masse, en une seconde, la queue restant seule fixée. GENRE AMŒBA 37 La iiartie postérieure de l'aiùiiial est, comme dans toutes les Amibes sans excep- tion, formée d'un plasma en apparence plus concentré que celui du reste du corps, mat et souvent visqueux. Comme dans beaucoup d'autres espèces également, ce plasma caudal se résout en une sorte de houppe caractéristique, et dans VAmœba Umax, cette houi)pe, surtout dans une marche rapide, tend à se diviser en filaments serrés, droits, d'un bleu mat et d'apparence flocomieuse, qui forment, par leur ensemble, un capitule de baguettes rayonnantes (fig. 3). Le noyau est d'un bleu pâle, sphérique en principe et souvent ovoïde, mais toujours sujet à des déformations continuelles, entraîné qu'il est dans les torrents qui courent au sein du plasma. La membrane en est fine et souple. Le nucléole, grand, pâle et compact, est séparé de la membrane par une marge claire et hyaline assez étroite. Lors des dé- formations du noyau dans son ensemble, ce nucléole prend lui-même part aux déforma- tions, et ses bords restent parallèles aux parois de la membrane nucléaire (fig. 4). La taille, dans cette espèce, est excessivement variable, soit d'une localité à l'autre, soit suivant les individus. Les gros exemplaires n'arrivent guère au delà de 100 ^. Cette description s'appli(iue à une Amibe que l'on rencontre un peu partout et qui peut être considérée comme espèce type ; mais il faut bien avouer que le terme Amœha Umax devrait être considéré non comme constituant une forme spécifique précise, mais comme représentant tout un groupe d'Amibes, différentes les unes des autres mais se rap- prochant par les caractères généraux qui viennent d'être indiqués. Si l'on ajoute qu'un nombre considérable d'espèces bien caractérisées, tout en gardant leurs caractères bien nets, peuvent prendre momentanément la forme limax, on reconnaîtra (pie les observa- tions sur ce groupe ne sont pas aisées. On pourrait pourtant distinguer dès aujourd'hui quelques variétés bien tranchées. J'en ai représenté une dans la figure (fig. 2). Cette variété, qui se trouvait nombreuse dans une de mes pêches, se distinguait de l'espèce type en ce que la houppe caractéristi- que de l'arrière était normalement remplacée par de véritables pseudopodes allongés, en nombre variable et formant comme les racines d'un arbre. Parfois, connue dans l'hidividu représenté par la fig. 2, il n'y en avait qu'un seul. J'ajouterai en passant que, quehjues minutes après avoir présenté la forme indiquée à la fig. 2, la queue de l'Amibe revêtait déjcà celle de la fig. 3. 38 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN En outre cette variété était sujette à se ramifier à la partie antérieure et rappelait en somme VAmœba Prnteus, dont à certains moments elle ne se distinguait alors que ])ar l'existence, il est vrai concluante, d'un noyau d'une structure absolument différente. Cette variété me parait se rapporter aux figures 1, 2 et o de la planche VII de Leidy, considérées par ce dernier comme représentant des formes de VAmœha villosa de Wallich. J'ai retrouvé également dans une de mes pêches, et en nombre immense, une forme qui cadre assez distinctement avec VAmœha gracUis de Greeff (41). et en même temps avec celle qu'en 1890 j'avais moi-même et sans connaître le travail de Greeff décrite pré- cisément sous le nom de Amœba gracUis (85). Tous les individus, très pâles, de très petite taille, étaient d'une mobilité extraordi- naire. Je n'ai jamais observé d'Amibes si capricieuses ; elles couraient comme affolées, puis s'arrêtaient, et poussaient dans différentes directions deux ou trois pseudopodes, dont l'un finissait par prendre le dessus et entraîner l'animal, qui prenait alors une forme allongée et étroite. Parfois l'animal se tordait tout d'une pièce sur lui-même, fixé par sa queue seu- lement, et la partie libre tâtait dans le liquide en se haussant comme ])our trouvei' un point de fixation; d'autres fois même c'était la queue aussi bien que la partie antérieure qui abandonnait son soutien, et l'animal restait alors fixé par son milieu. Bien que ces petites Amibes aient présenté des caractères spéciaux, leur noyau était celui d'une Amœha limax, et j'ai cru devoir les considérer connue des iiulividus jeunes de cette dernière espèce. Amwha gnttida Dujardin (23). Cette espèce, toujours très petite, rappelle VAmwha lintax par la forme de son noyau, unique, à membrane souple et déformable, et à nucléole central compact, d'un bleu mat et très clair. Elle s'en distingue sur- , „ „ .,.„.. , „ ,, tout par sa forme toujours peu allongée. Amœba giilfula. — 1, 2 et d. Dinereutes formes d un '■ ' ^ ' même iiulividu. - 4. Noyau. gg rapprochant généraleuieut d'un ovale élargi en avant. On a eu tort cependant d'indicpier cette espèce comme gardant cons- tamment peiulant la marche sa forme habituelle elliptique; elle s'étale souvent à la GENRE AMŒBA 39 partie antérieure (fig. 2), parfois s'y creuse d'une encoche plus ou moins profonde, de manière à donner naissance à deux pseudopodes qui d'ailleurs ne sont jamais que d'exis- tence fugitive. Plus souvent il se produit dans ses côtés de brusques ruptures d'équi- libre, des déchirures pour ainsi dire, par lesquelles fait irruption une portion de l'endo- plasma, qui se répand au dehors sous forme d'une large expansion protoplasmique (fig. 3) '. Ce phénomène se produit souvent lors des changements de direction ; c'est alors le lobe de nouvelle formation qui prend la tête, et les courants internes viennent s'y jeter, en même temps que la tête primitive se fond dans la masse générale. Mais le plus souvent l'Amibe court droit devant elle, gardant en somme sa forme obovale, et avec rapidité. On voit pendant la marche que les petites inclusions de toute sorte, grains brillants, proies en digestion, et même les vésicules contractiles et le noyau, sont constamment entraînés d'arrière en avant par les courants internes, mais s'arrêtent à une certaine distance de l'extrémité aplatie, tandis que les parties plus liquides et dénuées de granulations vont plus loin et se répandent à l'extrémité antérieure comme une eau qui coulerait sur une faible pente et gagnerait toujours du terrain. On trouve généralement dans cette espèce une grande vésicule contractile, et parfois plusieurs; leur place normale est en arrière, et c'est presque toujours là qu'elles éclatent, mais elles peuvent, comme on vient de le voir, courir dans le plasma, entraînées par les courants internes. UAmaiba giittiila est en principe dépourvue de houppe caudale ; cependant le plasma y est plus concentré que partout ailleurs, et parfois j'y ai observé la formation de légères dentelures. La taille est variable, généralement de 30 à 35 u. On trouve cette espèce un peu partout, quoiqu'elle ne soit pas très comnunie. Il est fort probable d'ailleurs que comme VAnmha Umax elle représente plutôt un groupe qu'une seule espèce bien caractérisée. Frenzel et Delage ont réuni cette amibe au genre Hyahdiscus, créé pour les espè- ces qui ne pousseraient jamais aucun pseudopode. ' Ce pliénoiuène d'expansion brusque d» plasma se rencontre ilu reste dans d'autres Amibes; il est de même nature que celui qui sera d(H'rit comme caractéristique de Amn-ba /iiiiicola; mais dans cette dernière espèce tout se passe avec plus de rapidité et de violence, et en même temps le processus est devenu pour ainsi dire physiologique. 40 ■ FAUNE RIIIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Aniivha liniicohi Rhumbler (98). J'ai trouvé en assez grande quantité, à l'Asile des Vieillards, une Amibe qui répond si exactement à la description que Rhumbler donne de son Amœba Umicola, que je ne puis mieux faire que de reproduire ici les termes mêmes de cet observateur. « Sur le fond quelque peu vaseux de mes cultures vit une Amibe de 54-GO ^x en dia- « mètre, plus ou moins globuleuse, qui ne modifie que rarement sa forme pour prendre * une apparence plus ou moins ovale ou ellipsoïde. Ses pseudopodes ne deviennent jamais « longs, ils sont ovales et lobés. Toute l'Amibe est si bien remplie de petits corps en appa- « rence foncés ou noirs, qu'on ne peut rien voir d'un noyau ni d'une vésicule contractile; « les pseudopodes seuls sont parfois dépourvus de grains, transparents et presque vitreux. « Cette Amibe, que je n'ai pu identifier à aucune des espèces qui me sont connues, et que « j'appellerai du nom de Aniœha limicoJa, arrive parfois à une phase de formation toute « particulière de pseudopodes. De l'ectoplasina fait irruption un courant d'ectosarc qui « se déverse sur le côté à la surface de l'Amibe. Les inclusions foncées sont d'abord ani- « mées, dans l'ectoplasma déversé, d'un mouvement tourbillonnant désordonné, et ai'- « rivent jusqu'à la surface, de sorte qu'il ne peut pas y avoir eu là d'ectosarc au préa- « lable; mais peu après cet ectosarc apparaît. Ce n'est pas l'ectoplasma, lequel a été « recouvert par l'endoplasma sorti du corps, qui est arrivé peu à peu à la surface, mais « l'ectoplasma s'est formé à nouveau de l'endoplasma écoulé, car l'ancien ectoplasma « est encore visible sous le nouveau et ne disparaît que plus tard, après que la couche « superficielle a acquis son caractère ectoplasmique. » L'amibe que j'ai trouvée moi-même correspondait parfaitement à celle de Rhumbler et m'a montré toutes les particularités dont cet auteur fait mention. Comme elle aussi, on la trouvait dans la boue noire. L'espèce que j'ai étudiée était, il est vrai, plus petite, mesurant 20 ^ en moyenne, mais cette différence, qui pour un Rhizopode testacé serait caractéristique, perd ici de son importance à cause de la taille éminemment changeante des Amibes. Outre les grains foncés dont parle Rhumbler, les exemplaires que j'ai étudiés renfer- maient aussi des inclusions cristallisées très régulières, en petit nombre. La plupart des GENRE AMŒBA 41 Amœhalim/cola. — let2. Le même incUvidu. — 3. Un autre; le plasma renferme un gros globule brillant. — 4. Un individu ju-oduisant un jet violent de plasma, dans lequel passera plus tard tout le reste du corps. — 5. Noyau. — 6 et 7. Variété se rattachant à cette espèce, sous deux formes différentes. individus possédaient une vésicule contractile de très grande taille. Quant au noyau, que Rhumbler n'a pu examiner que sur une préparation colorée et dont il n'a pu indiquer la structure, je l'ai toujours trouvé relativement très gros, sphérique, peu ou pas déformable, et renfermant de nombreux petits nucléoles plutôt allongés que ronds, rassemblés sous la membrane nu- cléaire (fig. 5). A l'égard de cette production caractéristique de pseudopodes, j'ai fait les mêmes observations que Rhumbler. La fig. 4 montre dis- tinctement l'Amibe telle qu'elle était après l'éruption du plasma in- terne, et ce plasma se durcissant à la surface en un nouvel ectosarc, tandis que la région où la rupture s'était produite reste bien visible. 11 est à remar- quer que tous mes dessins et toutes mes notes relatives à cette espèce datent de juil- let 1900, plusieurs mois avant le moment où j'ai pu prendre connaissance du travail de Rhumbler. Comme ce dernier, j'avais cru reconnaître là une espèce nouvelle que pro- visoirement j'avais classée dans mes cabiers sous le nom de Amœha vorticosa, mais avec un i)oint de doute, car elle me paraissait se rapprocher de bien près de VAma'ha hiteola dont il va être question. Les figures 6 et 7 montrent à deux états différents une Amibe qui rappelle la précé- dente par des éruptions violentes et répétées d'endoplasme, formant les uns après les au- tres de nouveaux pseudopodes. Par contre, elle en diffère par l'existence de nombreuses vacuoles dans le plasma, d'un noyau du type Amœha Umax, et d'une houppe caractéristi- que formée d'un nombre restrehit de filaments allongés. Peut-être aurait-il mieux valu la rapprocher de V Amœha Umax que de V Amœha Umicola. En 1890, j'avais décrit (85) sous le nom de Amœha luteola une Amibe d'un beau jaune citron, trouvée également dans la boue d'un étang. A part la couleur, cette Amibe ne se distingue guère de V Amœha Umicola, et déjà à cette époque je disais : « La progres- 6 42 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN sion se fait par une suite de ruptures brusques et de solidifications du plasma. » L'endo- plasma était toujours plus ou moins rempli de pierres et le noyau se montrait identique à celui de VAniwha UmicoJa. Or à Genève, également dans un petit étang boueux, j'ai retrouvé cette même Amibe, parfois à peine jaunâtre, d'autres fois d'un jaune citron, renfermant des pierres, une vésicule contractile et un gros noyau du même type. Les phénomènes de locomotion étaient également identiques. UAmœha luteola variait de .30 à 60 y.. Peut-être ces deux Amibes, limicoh et luteola, ne seraient-elles que deux for- mes ou variétés d'une même espèce. Une autre espèce, Amœha nndosa, décrite en 1S90 avec VAmœha hiteoJa, et trouvée dans le Rhin à Mayence, représente également une forme très voisiné. Les figures 21, 22 et 23 de la pi. VIII de Leidy, consacrées à de petites Amibes trouvées dans un abreuvoir à vaches, c'est-à-dire probablement aussi dans la boue, me semblent, tant par leur apparence que par les détails que Leidy ajoute à leur sujet, se rapporter à YArna'lxi Umicola. Amœha fluida Gruber (40). Gruber a trouvé cette Amibe dansl'aquariumd' eau de mer de l'UniversitédeFribourg- en-Brisgau, puis ensuite dans le port de Gênes. Elle se distingue, d'après Gruber « par une « coloration brun rougeâtre très peu prononcée, liée en apparence aux grains qui remplis- « sent en nombre immense le corps jusqu'à son bord le plus extérieur. Le plasma est très « dilué, si bien même que les petits grains s'y trouvent dans un mouvement moléculaire per- « pétuel. La locomotion se fait par jets de plasma brusques et successifs ou par un écoule- « ment régulier. Le noyau paraît homogène et composé d'une multitude de petits grains. » L'Amibe que j'ai trouvée moi-même, en quantités immenses, au marais de Bernex, diffère sur quelques points de celle de Gruber. Elle est plus grande, variant en général de 50 à 120 p., et renferme toujours une vésicule contractile que V Amœha fluida de Gruber ne parait pas posséder. Mais il faut remarquer que cette dernière n'habitait que l'eau de mer où la vésicule contractile disparait presque toujours. En somme cependant, l'Amibe que j'ai trouvée répond si exactement soit à la descrip- (iENKE AMCKBA 43 Amoeba fluida. — 1, 2, 3. Individus différents, sous des for- mes variées. — 4. Noyau. — 5. Un autre noyau, plus grossi. — 6. Exemplaire vu de côté, reposant sur le sol. tion, soit aux figures que donne le professeur de Fribourg, qu'on ne peut guère hésiter à les identifier l'une à l'autre. C'est une espèce à caractères très nets et toujours facile à distinguer des autres Amibes. La forme est quelque peu variable, tenant le milieu entre celle de VAmœha Umax et de VAinalm giittitla, s'étalant parfois en avant ou se creusant d'une entaille peu profonde, mais sans jamais se diviser en pseu- dopodes allongés. Le plasma est toujours jaunâ- tre ou d'un jaune brunâtre, et la colo- ration, comme le dit Gruber, est liée à la présence de myriades de tout petits grains jaunes, transparents, qui remplissent le corps entier jus- qu'à la limite même de l'ectosarc. Outre les courants internes qui les emportent dans la masse liquide de l'eudoplasma, ces grains sont animés d'un mouve- ment moléculaire perpétuel, très facile à constater. Ces granulations très petites ne sont d'ailleurs pas les seules qu'on rencontre dans le plasma; ce dernier en renferme toujours d'autres en grand nombi'e, des grains de diffé- rente taille, mais toujours bien supérieurs aux premiers, parfaitement globuleux, incolores (bleuâtres) et brillants. Le noj^au est très caractéristique et à lui seul permettrait, parmi d'autres Amibes, de reconnaitre de suite VAmœha fliiida. Il est toujours très apparent, au moins lorsque l'animal s'aplatit dans sa marche, et rappelle à première vue un pyrénoïde tel qu'on en trouve dans beaucoup d'organismes inférieurs végétaux. Examiné de plus près, on voit qu'il possède une membrane extrêmement délicate, mais nette et bien dessinée; puis vient une zone de suc nucléaire peu abondant et très clair; cette zone généralement étroite s'élargit considérablement (connue d'ailleurs c'est le cas pour tous les noyaux des Rhizo- podes) lorsque le noyau se trouve artificiellement comprimé. Le nucléole, très gros, et déli- mité sur ses bords par une ligne particulièrement nette et franche, est en apparence com- pact et granulé; mais en l'examinant attentivement on voit (ju'il renferme toujours un 44 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN certain nombre de vacuoles bien arrondies, parfois très petites et très nombreuses, phis souvent en petit nombre, cinq ou six à peine et alors plus grandes. Ces vacuoles, dont nous aurons à constater la présence dans d'autres lUiizopodes, ne doivent d'ailleurs être assimilées ni à des vésicules contractiles, ni aux vacuoles ordinaires du plasma ; ce sont, suivant toute apparence, plutôt des lacunes creusées dans la masse des nucléoles. Il faut ajouter que le nucléole doit être dans cette espèce, comme dans tant d'autres Rhizopodes et dans tous peut-être, attaché à la paroi interne de la membrane nucléaire par des lilaments, géiléralement invisibles sur le vivant, mais que j'ai pu de temps à autre apercevoir. La fig. 5, par exemple, représente un noyau oîi l'on voyait parfaitement le nucléole étiré à ses deux extrémités et prolongé d'un filament qui allait rejoindre la paroi de la membrane. Il existe toujours une vésicule contractile; parfois on en voit deux ou trois, tenqio- rairement sans doute. En outre, on constate, mais souvent après compression de l'animal, souvent l'existence de très petites vacuoles disséminées dans le plasma. Cette espèce est rapide dans sa marche ; elle pi-ocède le plus souvent par ondes brusques, tourbillonnantes, fantastiques, qui forment coup sur coup de nouvelles expan- sions pseudopodiques en avant du corps, et toute l'Amibe s'avance comme une onde vivante. L'extrémité postérieui'e de l'animal est généralement arrondie, mais le plasma y semble glutineux, et parfois, dans une marche rapide, on voit se former en arrière des dentelures ou des franges qui représentent un commencement de houppe. Gruber a décrit, comme provenant aussi du port dcî Gênes, une Amœba flaoescens, plus grande que la première (200 «), « très riche en fines granulations et extraordinai- « rement liquide... Sur le vivant il est impossible d'y découvrir un noyau, mais après colo- « ration on s'aperçoit qu'il en existe un grand nombre. Les imclei de V Amœba flaves- « cens... renferment un corps chromatique foncé, entouré d'une marge claire. » D'après la description d'ailleurs très brève de Gruber, comme d'après les figures qu'il y ajoute, V Amœba flavescens ne diffère de V Amœba fliiida que par la présence de GENKE AMŒBA 45 nombreux noyaux. Or, dans le marais même où vivait en si grand nombre VAmoAa fliii(h(,yAi rencontré également ([uelques individus, plus gros (200 (x, dans leur état habi- tuel, jusqu'à 350 à l'état allongé en limace), et qui tout en se montrant à tous les autres égards, par sa couleur, ses graïuilations, sa locomotion, etc., identi(iue à Y Amœha fUiida, en différait cependant par l'existence de nombreux noyaux. Ces noyaux restaient presque toujours invisibles, mais en comprimant l'animal, j'ai pu les observer distinctement sur le vivant. Ils sont en somme conformes à ceux' de VAmaha fl/iida, mais beaucoup plus petits (10 IX environ). De plus, en outre de la grande vésicule contractile, il existait un certain nombre de vacuoles rondes disséminées dans le corps. En somme, nous avons Là V Amœha flarescetis de Gruber. Cet observateur rappro- che également V Amœha flavescens de son Amo:ha prima, tout en y voyant deux espèces distinctes en raison de la taille différente des noyaux et du corps entier. Mais Gruber n'a vu les noyaux de VAmu^ha flavescens qu'après coloration, et cette dernière obscurcit toujours et détruit généralement toute la structure interne; moi-même, après les avoir examinés sur le vivant, j'ai pu m'assurer que non seulement la grandeur, mais la struc- ture du noyau est toute différente dans ces deux espèces (voir Amo'ba prima). Si l'on constate que Gruber a récolté V Amœha fluida comme V Amœha flareseens dans le port de Gênes, et que je les ai retrouvées toutes deux vivant en compagnie dans le marais de Bernex, si l'on songe en même temps que les deux Amibes de Gruber, à traits si accusés, ne diffèrent que par la taille et par la présence d'un ou de plusieurs noyaux, on ne peut s'empêcher de les regarder comme des formes de la même espèce, et c'est comme telles que je les ai considérées ici. Il est extrêmement rare, il est vrai, beaucoup plus même qu'on ne le croit généra- lement", de constater l'existence d'une même espèce sous deux états différents, miinu- cléé ou plurinucléé. Mais cela existe pourtant, par exemple, d'une manière je crois certaine, dans le genre Gromia, et très probablement dans quelques Khizopodes nus (Amœha, Biomijxa?). ' Les descriptions d'espèces tantôt uni-, tantôt plurinucléées sont dans la grande généralité des cas le résultat d'observations imparfaites ; dans presque toutes celles que j'ai pu Contrôler sur le vivant, j'ai vu que, à part la différence des noyaux, des caractères parfaitement précis et conslants indiquaient qu'il y avait là des espèces différentes. 46 FAUNE KIIIZOPODlyUE DU DAWSIN DU LÉMAN Aniœha fjranulosa Gkuber (46). Cette espèce se distingue par la présence « d'une quantité innnense de petits grains « réguliers elliptiques, (pii remplissent le corps presque complètement et paraissent de « nature siliceuse. La taille est forte, de 300 [x. de longueur. » Bien que, à part la mention d'une vacuole contractile et d'un noyau « vésiculaire, » c'est-à-dire revêtant la structure habituelle des noyaux des Rhizopodes d'eau douce, la description de Gruber ne renferme guère d'autres détails, il me semble que c'est bien à cette espèce qu'il faut assimiler une Amibe que j'ai trouvée en grande abondance au marais de Bernex. Cette Amibe, de grande taille, 250-.300 a en moyenne, mais pouvant arriver au dou- ble lorsque l'animal est allongé, est toujours bourrée d'une intinité de petits grains bril- lants, très réfringents, de teinte plutôt jaunâ- tre lorsqu'on les examine un à un sous un fort grossissement, mais dont l'ensemble prend une nuance d'un noir violet. Ces grains, toujours réguliers et pointus aux deux extrémités, paraissent à première vue simplement elliptiques. Mais un examen plus attentif y fait reconnaître des cristaux bicuspi- des, dont les arêtes sont arrondies (tig. 2). Quant à leur nature, je ne crois pas qu'elle soit siliceuse, mais plutôt qu'il faut y voir des graiiis d'excrétion analogues à ceux de tant d'autres Rhizopodes, et consistant soit en ortho- phosphate (SCHEWIAKOFF 104), soit en oxalate de chaux. Je n'ai du reste pas fait de recherches spéciales à ce sujet. Le noyau, sphérique, à membrane nette et forte, atteint en général la taille de 50 y.. La masse chromatique y est représentée par une quantité innombrable de petits nucléoles arrondis qui le remplissent à ])eu près tout entier, en formant une couche plus serrée au voisinage de la membrane. R existe toujours au moins une vésicule contractile, que l'on voit souvent immobile Amœha yranidusa. — 1. Animal en marche, — 2. Détails du plasma, sur un des côtés. — 3. Noyau. GENRE AMŒBA 47 à l'extrémité postérieure de l'individu, tandis qu'on en remarque une autre courant dans le corps en même temps que les inclusions de toute nature que ce dernier peut contenir. Parmi ces inclusions je mentionnerai des poussières de granulations incolores extrêmement fines, puis souvent des corps brillants, jaunâtres ou verdàtres, globuleux ou de formes variables (fig. 2), et qui me paraissent représenter des « corps luisants, » « Glanzkorper, » et jouer peut-être le rôle de spores. Les mouvements, généralement peu rapides, sont analogues à ceux de VAmœha proteus, avec production sur différents points du corps de larges pseudopodes dans l'inté- rieur desquels pénètre bien vite l'endoplasma avec ses inclusions. J'ai trouvé un jour trois individus si bien entortillés les uns dans les autres que le tout ne faisait qu'une masse, mais sans qu'il se fût produit aucune soudure véritable, car on pouvait voir nettement les contours de chaque individu. Sous l'influence de la lumière, les trois Amibes se séparèrent et partirent chacune de leur côté. Dans un autre marécage, à Gaillard, j'ai trouvé à différentes reprises une Amibe de forte taille (.300 fi en moyenne, 500 à l'état allongé), que d'abord j'avais considérée connue une forme plurinucléée de VAmœha proteus, mais qui peut-être se rapprocherait plus de V Amœba granulosa de Gruber. Elle était, comme cette dernière, bourrée de petits grains bicuspides, qui revêtaient alors une structure parfaitement cristalline avec arêtes vives; mais, chose curieuse, quelques-uns des exemplaires avaient tous leurs cristaux, sans exception, non plus bicuspides, mais rectangulaires, avec arêtes et angles parfaits, et appartenaient selon toute apparence au système quadratique. Tous ces individus étaient porteurs de petits noyaux, de 6 ^j. de diamètre, au nombre de plusieurs centaines. Dans un individu à cristaux quadratiques dont j'ai fait une étude détaillée, ces noyaux portaient une grande quantité de nucléoles extrêmement petits, de moins de 1 /x peut-être, logés en une seule couche sous la membrane, tandis que les individus à cris- taux bicuspides avaient des noyaux à nucléole très pâle, compact et central. En sonnne, il est possible, probable même, que ces deux formes plurinudéées repré- 48 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN sentent deux espèces distinctes, et peut-être n'ont-elles ni l'une ni l'autre rien à faire avec VAma'ba grannlosa. Mais n'ayant pas fait de ces deux Amibes une étude suflfisani- ment complète, je me contenterai de les mentionner. Amœba prima Gruber (46). Voici en quels termes Gruber définit cette Amibe: « Diamètre 300 p. environ. Plasma hj-alin assez consistant, avec peu de granulations. Ce plasma est pour la ])lus grande partie refoulé (verdriuigt) par de nombreuses vacuoles liquides serrées les unes « contre les autres et peu va- ^ (=®S::~-^ « riables de taille. Les pseudo- « podes sont larges; la loco- « motion est généralement cou- « lante. Noyaux nombreux, de « structure vésiculaire, c'est-à- « dire avec un gros nucléole « central, qui fréquennnent « peut se résoudre en plusieurs « fragments. Ces noyaux ont « 10 p.. Généralement ils sont « invisibles. » Gruber pense en même temps que la fig. 12, pi. V de Leidy (07), sous le nom de Amœha riïïosa représente cette espèce, ce qui me parait pro- bable également. L'Amibe que je vais décrire et que j'ai récoltée soit dans le lac à 20 mètres de pro- fondeur soit sur les rivages du lac à la Pointe-à-la-Bise, me semble tant par sa taille et ses caractères généraux, que surtout par la structure de ses noyaux, se rappoi'ter avec une certitude suffisante à V Amœba prima. Elle en diffère cependant par certaines parti- cularités, mais dont une seule a réellement de la valeur. Amœba prima. — 1. Individu en marche. — 2. Un autre, avec pierres et cristaux, et deux vésicules contractiles fortement en saillie. — 3. Fragment plus grossi. — 4. SiAérule brillante. — 5. Globules de plasma avec granulations internes. — 6. Noyau. — 7. Individu converti presque tout entier en sj)hérules bril- lantes. GENRE AMŒBA 49 Cette i)articuliirité concerne les vacuoles dont parle Gruber : après avoir observé comme ce dernier la présence d'une infinité de petites vacuoles serrées les unes contre les autres, mais sans compression réciproque, qui remplissaient le plasma tout entier à l'ex- ception de l'ectosarc hj'alin et pur, je m'avisai de comprimer fortement l'animal et je pus constater que ces soi'-disant vacuoles étaient en réalité de petites boulettes sphériques, claires et lisses, de plasma hyalin, lesquelles renfermaient chacune dans leur intérieur quelques granulations très petites et qui semblaient devoir représenter des produits de digestion (fig. 5). Ces boulettes, que j'ai pu isoler une à une, semblaient par leur nombre constituer la masse presque entière de l'endoplasma. Les nojaux, au nombre approximatif d'une centaine, n'étaient également visibles sur le vivant qu'après compression. Leur diamètre était de 7 y. '/a environ et tous, sphéri- ques, à membrane fine et nette, renfermaient au centre d'un suc nucléaire hyalin et abon- dant, un nucléole déchicpieté, divisé presque toujours en deux ou en trois fragments vaguement arrondis ou sans forme spéciale et attenant les uns aux autres en une seule masse (fig. G). On voyait généralement une et souvent deux vésicules contractiles. Le corps lui-même était épais, assez consistant, sphéri(iue au repos pour s'allonger modérément et lentement pendant la marche, prenant à l'occasion la forme de limace et poussant quelquefois des pseudopodes larges à la partie antérieure (fig. 1). L'extrémité postérieure était parfois terminée en une houppe peu serrée. Dans un exemplaire qui provenait de la profondeur du lac (fig. 2), on remarquait dans l'endosarc la présence de quelques pierres et de deux ou trois cristaux de toute beauté, à arêtes vives, quadratiques probablement, puis trois grandes vésicules contrac- tiles dont deux faisaient avant la systole une saillie très forte en dehors du plasma. Mais en dépit de cette saillie et de la forme particulière de la vésicule, qui montre qu'il se produisait là une pression plus forte que partout ailleurs ou que la paroi y était moins résistante, je n'ai pu observer lors de la systole aucune évacuation de liquide au dehors, ni aucune réaction d'aucune sorte qui ait pu faire croire à cette évacuation externe, cela pas plus du reste que dans toutes les Amibes que j'ai étudiées (voir note 11 sur la vésicule contractile). Dans un autre individu, provenant de la Pointe-à-la-Bise, le corps tout entier était 50 faunp: rhizopodique du bassin du Léman bouiTL' (Ic'splK'Vulos, iiiais (Viiii aspect tout i)articulier (Hg. 7, 4). Ces sphérules, l)rillan- tes, lisses, bleuâtres, de 7 à 8 [j. environ, étaient creusées chacune d'une lumière parfaite- ment ronde (spliérique), remplie en apparence à son tour d'un plasma liquide très clair, lequel renfermait en son centre de toutes petites gi-anulations (grains d'excrétion?). Faut-il comparer ces sphérules à celles qui ont été décrites plus haut ? Je ne saurais le dire, mais ces sphérules brillantes me semblent en tout cas bien devoir être rapprochées des « Glanzkorpei-, » et représenter des spores. Après avoir soumis l'animal en question à la coloration au carmin et l'avoir gardé dans cet état jusqu'àtrois jours, je pus constater que toute la masse s'était un peu colorée, mais d'une manière générale et sans que rien décelât la présence d'aucun no.yau. En somme l'Amibe tout entière paraissait convertie en un amas de spores, mais cet amas vivant, entouré d'un ectosarc hyalin bien dessiné, porteur d'une vésicule contractile normale, d'une houppe caudale bien dessinée et de tout ])etits cristaux quadrati(iues, marchait allègrement droit devant lui comme une Amibe oi'dinaire '. Aiiirrha mphiriiia spec. nov. Cette Amibe, que je n'ai pu identitier avec aucune espèce décrite jusqu'ici, ne s'est montrée que trois fois, les 6, 12 et 19 août de l'année dernière (1900) et chaque fois représentée par un seul individu. Ces trois individus, provenant d'ailleurs d'une même localité, la Pointe-à-la-Bise, se sont montrés sous deux aspects quelque peu différents, mais pas assez, me semble-t-il, poui' qu"il faille les considérer comme espèces séparées. Les figures 1 et 2 représentent la première forme : le corps, d'un bleu cendré, très pur et clair, dépourvu de toute nourri- ture interne figurée ou de toute inclusion, à l'exception de quelques petits grains d'ex- crétion brillants, mais rempli par contre de milliards de tout petits grains moléculaires (jui couraient dans l'intérieur sous l'influence des courants liquides de l'endoplasma, est extrêmement déformable pendant sa marche. Il prend alors des formes étranges, déve- ' En 1890 (8.3) j'avais di'^cpit une Amn'lm prolciix injuvée à peu près dans le même élat, et où tout le corps était résolu en spores ou embryons. GENRE AMŒBA 51 iinoiia mphiriiia. — 1. Animal rn inurcho. — 2. Un autre. — 3 et 4. Doux cxeniplaiios d'une autre variétéV — 5. Noyau de la. forme type. loppaiit fU'S i)soiu1()podt's qui s'allongent en boyaux souvent étranglés à leur l)ase et se déforment très rapidement. La locomotion est très active et se t'ait par jets ou ondes de plasma qui se succèdent coup sur coup. En arrière on ne distingue pas de houppe véritable, mais le plasma y est plus dense et parfois il s'y forme des pro- longements ou tils glutineux (fig- 2). La vésicule contractile est très apparente, devient très volumineuse et fonc- tionne avec une très grande activité, en rapport d'ailleurs, comme toujours chez les Ami- bes, avec l'activité même de l'individu (voir note 11, vési- cule contractile). Quant au noyau, il est très difficile à distinguer, du moins en tant que noyau. Dans le seul individu ([ue j'ai pu examiner en détail, je n'ai, pendant longtemps, pu le voir que sous la forme de quelques petits grains bleus vermiculaires accolés ensemble, mais ensuite, même sur le vivant et sans aucune compression, j'ai vu que ces grains formaient avec le suc nucléaire aljondant qui les entourait et la membrane fine et arrondie qui renfei-mait le tout, un noyau parfaitement caractéristique (fig. 5). La seconde forme de VAmœba sapMnna, rencontrée elle alors une seule fois, ren- fermait deux noyaux bien visibles, très petits et à nucléole compact et central (fig. ?> et 4). Le corps se livrait également à des déformations rapides et considérables, pareilles souvent à celles qui ont été indiquées pour la première forme, mais avec tendance à former des bras beaucoup plus longs et même à prendre l'aspect d'une Amreba limax très al- longée (fig. 4). Dans ces deux formes la taille, à l'état d'expansion modérée de l'individu, était de GO ij. environ, mais sous la forme très allongée elle arrivait bien au delà; la figure 4, par exemple, représente l'individu à la longueur de 130 a. 52 FAUNE RHIZOPOBIQUE DU BASSIN DU LEMAN Amo'ha aiin/iJata siiec. iiov. Cette grande Amibe provient également du lac de Genève où je l'ai trouvée de temps à autre dans la profondeur, à 35 mètres environ. Elle est formée d'un plasma plutôt dense, peu coulant, et déploie, sans grande viva- cité, un nombre restreint de pseudopodes. L'individu représenté dans la ligure 2 et qui venait de capturer une très grosse diatomée, formait, au moment où il a été trouvé, une masse unique de mamelons ou pseu- dopodes courts rayonnants. Ces pro- longements, après exposition à la lu- mière, disparurent alors bien vite de la moitié antérieure de l'individu pour s'allonger au contraire, chacun pour son compte et d'un mouvement lent, sur la moitié postérieure. Plus tard l'animal reprit une forme plus nor- male. Pendant la marche, qui est lente, il ne semble pas y avoir jamais de houppe caudale. Cette Amibe revêt tout entière une teinte légèrement jaunâtre, ou d'un jaune grisâtre, cela grâce à la présence d'une infinité de très petits grains amorphes, jaunes, transparents, qui la remplissent complètement. On voit en outre dans l'intérieur tantôt quelques pierres (?) brillantes, tantôt des petits cristaux mal formés, rectangulaires, agglomérés parfois en petits groupes de deux ou trois. Parfois on y trouve un ou plusieurs globules brillants (tig. ]), ou bien encore des corps arrondis, plasmatiques, munis en apparence d'un noyau, susceptibles de se déformer, et qui m'ont paru représenter des embryons tels ([u'il vu sera, décrit par exemple dans le genre Pelomyxa, ou dans VAmœha nobïlis, etc. La vésicule contractile est volumineuse. Le noyau dans cette espèce est très caractéristique et je l'ai toujours trouvé de même Anucba annulata. — 1. Amibe en marche. — 2. Une autre, sortant de l'état de repos; on y voit une grosse diatomée. — 3 et 4. Noyaux à deux états différents. GENRE AMŒBA 53 type clans tous les individus observés. C'est lui qui donne à l'espèce son caractère le plus saillant, d'où le nom de Amirha anunJata que je proposerai pour cette Amibe. Dans ce nucleus, en effet, grand et sphérique, le nucléole se voit toujours creusé d'une si forte lacune ou lumière interne, qu'il finit par ne plus représenter qu'une couche mince de matière chromatique, laquelle sur une vue de coupe se présente comme un anneau étroit. Mais cet anneau ne se voit jamais complètement parfait ; il est toujours fragmenté, parfois très peu, et alors on ne verra dans l'anneau toujours plaquant lui-même contre la paroi interne de la membrane nucléaire, qu'une seule solution de continuité. D'autres fois il y aura deux déchirures et l'anneau sera représenté par deux croissants rappelant alors le noyau de VAmœha fasckidata, mais plus étroit. Plus souvent, en même temps qu'il existe une seule solution de continuité bien nette, l'anneau est aminci sur les points où d'autres solutions devront se produire (fig. 3)-, ou bien encore il est divisé en un certain nombre de lambeaux comme dans la fig. 4. Mais quel que soit le degré d'avance- ment de la subdivision du nucléole annulaire en lambeaux, jamais les lambeaux ne pa- raissent arriver à former des sphérules comme on en voit par exemple dans Amœba Proteus ou dans beaucoup de Difflugies. La matière chromatique est également ici toujours très claire, d'un ])leu verdàtre cendré. Antifha henjUifera spec. iiov. Cette Amibe rappelle à première vue VAmœha Umax; elle est allongée et marche tout d'une seule pièce, sans jamais pousser aucun prolongement pseudopodique spécial ; par contre, lorsqu'elle est tourmentée, elle peut émettre sur ses côtés de petites ondes qui disparaissent d'ailleurs bien vite. Mais tout en présentant cette analogie générale avec VAmwha Umax, elle s'en dis- tingue par difterents caractères. En premier lieu, la teinte générale de l'animal est très claire et teiul au bleu verdà- tre, tout autre en somme, bien que cette ditterence soit difficile à caractériser par des mots, que celle de V Amcvha Vimax. 54 FAUNE riIIIZOrODI(,)UK DU BASSIN Dl' LEMAN La vésicule contractile est très volumineuse, et après s'être vidée, elle se ret'ornie régulièrement de très petites vacuoles qui naissent immédiatement après la systole, gi-an- dissent et éclatent les uns dans les autres. Parfois cependant et c'est là d'ailleurs un phé- nomène qui n'est pas spécial à cette Amibe, la grande vésicule une fois formée est entraînée jusque vers la partie antérieure du corps, et alors à peine a-t-elle quitté l'extrémité postérieure qu'il com- mence à se former à cette place de petites vacuoles qui par leur réunion et leur fusion en une seule, reconstitueront une nouvelle vésicule contractile, cela en même temps que l'ancienne continue à exister. C'est là en passant une des raisons, non pas la seule, pour lesquelles on peut avancer que la vésicule contractile, si elle se conduit dans toute sa physiologie et même dans sa structure, par l'existence de parois propres, connue un véritable organe qui ne peut pas être assimilé aux vacuoles ordinaires, n'a qu'une exis- tence éphémère et ne représente pour ainsi dire qu'un phénomène, car elle ne vit que d'une systole à une autre (voir note 11, vésicule contractile). Dans notre Amibe, il ne parait jamais se former de houppe en arrière du corps, mais cependant le plasma semble y être tout particulièrement glutineux, et on y trouve souvent des quantités de petits débris accolés, qui semblent comme noyés dans une poussière gluante. L'endoplasma, très liquide, renferme des millions de très petits grains incolores, puis des petites boulettes jaunâtres qui proviennent de matières digérées, et enfin deux sortes d'éléments qui sont alors caractéristiques de cotte esi)èce. Les premiers sont représentés par des cristaux, eu nombre assez considérable, et (pii méritent uiie mention toute particulière. Ils sont d'une pureté admirable, clairs et limpides, à facettes et à angles parfaits et de tailles variables ; les plus gros atteignent 6-7 [j.. Malgré leur régularité géométrique, il est difficile, à cause des reflets qui se produisent sur leurs arêtes, de se rendre un compte exact de leur système cristallin. Dans ceux (]ue j'ai le mieux examinés, les prismes vus de coté étaient les uns parfaitement rec- tangulaires et d'en haut représentaient un carré parfait; d'autres étaient bipyramidés 0- — Amœba ieri/îlifera. — 1. En marche. On voit des petits débris ag- glutinés à la queue. A droite trois cris- taux, celui du milieu vu d'en haut. En bas un noyau. GENRE AMŒBA 55 avec sommets troïKiués l't à quatre arêtes également; d'auti'os enfin étaient dos prismes tronqués à angle droit, mais iiuuiis suivant toute apparence de six arêtes latérales. En somme, il semble qu'il y ait eu là un mélange du sj'stème quadratique et du système hexa- gonal. Un second caractère spécifique réside dans l'existence non pas d'un, mais de nom- breux noyaux. Ils sont très difliciles à voir; sur le vivant on n'en distingue que quelques- uns, et rarement, par échappées; mais après carmin j'en ai trouvé trente. Ils sont très petits et très pâles et renferment un nucléole central homogène, entouré d'une zone claire de suc nucléaire. Toute cette description est malheureusement basée sur l'étude d'un seul individu, mais je suis persuadé qu'il y a là bien une espèce particulière. Rien en elle, sauf une analogie de forme, ne rappelle VAmivha Vuna.r. Elle se rapprocherait par contre plus de VAmœha liicens dont la description va suivre, mais cette dernière est uninucléée et s'en distingue également par certains détails, il est vrai moins importants. Anuiha lucciis Frexzel, spec. nov. Saccamœha hicens Frenzel. Frenzel a subdivisé les Amibes en plusieurs genres et a créé le genre Saecaiiuvha « pour des espèces qui « sont, il est vrai, susceptibles de déformations plus grandes que « le genre GnUuUdl/im, mais dont pourtant les pseudopodes peuvent être considérés « comme des expansions en forme de hernie et ne deviennent jannxis digités ou « étoiles. » Il définit la Saccamwha hicens comme une ximibe atteignant la longueur de 70-75 p. et caractérisée par la présence de grands cristaux cubiques ou en partie quadratiques de 5-6 fi au maximum, tout à fait incolores et clairs et brillant d'un éclat très fort qui les fait paraître comme des joyaux. Frenzel parle encore d'un noyau dont il n'a pas pu distinguer clairement la struc- ture, mais qui, d'après lui, est sans doute vésiculaire avec « morulit, » c'est-à-dire avec nucléole interne central et granulé. Il n'a pas trouvé de vésicule contractile. 56 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN M J'ai rapporté du lac de Genève, et d'une profondeur de 35-40 mètres, à deux re- prises différentes, une Amibe qui me parait bien identique à celle de Frenzel, mais que je ne vois pas de raison pour séparer des autres Amibes, c'est-à-dire du genre Amœha, par une nouvelle désignation générique. La taille est de 100 !^, à l'état modérément allongé, tel qu'il est indiqué sur la figure. Le corps est très légèrement teinté de jaune à cause des granulations infiniment petites qui le rem- plissent. On l'emarque en outre dans le plasma des grains brillants, globuleux, puis surtout les cristaux caracté- ristiques dont parle Frenzel. Dans les deux individus examinés, ces cristaux, peu nombreux (six dans un des exenq)laires et une douzaine dans l'autre), atteignaient jusqu'à 15 fjL de longueur. Ils étaient hyalins, d'une pu- reté et d'une limpidité admirables, et tout en eux, les facettes, les arêtes et les angles, présentait une régula- rité absolue; on aurait pu les comparer à des joyaux de la plus belle eau'. Ils semblaient tous appartenir au système quadratique mais avec pyramides tronquées plus ou moins près de leur base, jusqu'à prendre parfois l'aspect tabulaire. Vus de côté, on aurait pu les prendre pour des cristaux hexagonaux, mais ce n'était, m"a-t-il paru, qu'une appa- rence due à la réfraction (fig. 3). Le noyau, globuleux, est unique. Dans l'un des individus le nucléole était compact, dans l'autre, il se trouvait creusé d'une lumière centrale arrondie et la masse chromati- que représentait alors un anneau très large. Il existait toujours une vésicule contractile grande et fonctiomiant régulièrement. Frenzel n'en a pas trouvé dans sa Saccatwrha iHceiis, mais sans doute parce qu'il n'a Amœba lucens. — 1. En marhe. — 2. Noyau. — 3. Cristaux, l'infé- rieur vu d'en haut. ' J'aurai, dans le cours de cet ouvrage, plusieurs fois encore l'occasion de parler de grands cristaux réguliers renfermés dans le plasma des Rhizopodes nus ou testacés. Souvent leur présence est constante, normale, physiologique ; d'autres fois ils semblent plutôt accidentels, et ne constituent pas un caractère spécilique. Chose curieuse, j"ai remarqué que c'était surtout dans les eaux pures du lac que les Rhizopo- des forment les cristaux les plus beaux et les plus réguliers. GENRE AMŒBA 57 pas suivi l'animal assez longtcnips '. En effet la vésicule contractile ne manque jamais dans aucune Amibe d'eau douce et lorsqu'on ne l'a i»as vue, c'est qu'on n'apas attendu de la voir apparaître. Peut-être d'ailleurs quelques vacuoles pleines d'un liquide trouble, dont Feenzel mentionne la présence, représentent-elles en réalité, Tune d'elles au moins, la vésicule contractile. Amivha Troteiis RuSEL spec. Ber Meine Protens, Piosel 1755. rrofens diffUiens, îMiiller 17SG. Vihrio Proteus, Gmelin 1788. Volrox Proteus, Pallas 1766. Amo'ha princeps. Ehrenberg 1831. Amlhapiinceps, Dujardin 1841. Aniœha ramosa, Fromentel. Amœha communis, Duncan 1877. Amœha proteus, Leidj' 1878. Cette Amibe est avec VAiiKvha terricoJa celle que l'on a le plus souvent décrite, sous les noms les plus vai'iés et fréquemment, il faut le dii'e, en confondant sous cette dénomina- tion des espèces différentes. Leidy, après avoir montré que Rosel est le premier qui ait en fait donné des détails précis qui permettent de reconnaître cette espèce, et s'être livré lui- même à une discussion serrée des travaux parus jusqu'à lui sur le sujet, décrit à son tour tout au long VAmœba proteus, et les planclies I, II, IV, VII, VIII de son grand ouvrage nous donnent un nombre considérable de figures se rapportant à cette description. Mais il faut bien avouer que malgré des renseignements utiles et des observations fort bien faites, les études de Leidy n'ont guère amené d'éclaircissements sur le sujet. Dans un désir louable de simplification, il a fait rentrer dans cette espèce plusieurs formes dont il a bien reconnu les particularités, mais qu'il regarde soit comme des jeunes, soit comme des as- pects spéciaux ou de simples variétés. C'est ce que montrent, encore mieux que ses expli- ' Frenzel n'a du reste rencoiilré que quelques individus de cette espèce. 58 FAUNE mnzopor)i(,)UE du bassin du Léman cations, les nombreuses figures qu'il a consacrées à cette espèce, et qui, bien que se rap- portant en etiet pour la plupart à ce qu'on pourrait appeler V Aiiurha protaus typi(iue, désignent parfois certainement autre chose '. II sera d'ailleurs peut-être encore pendant bien longtemps diiïicile de décrire VAmœha prof eus d'une manière claire et précise ; fort probablement existe-t-il plusieurs Amibes autonomes, mais présentant les caractères généraux de VAmœha proteus, qui les feront longtemps encore prendre les unes pour les autres. Pour moi, je considérerai ici comme Amirha l'rotcus typique une grande Amibe, très changeante dans sa forme, développant suivant le moment de longs pseudopodes droits ou rameux, ou bien susceptibles parfois de prendre la forme Umax, et renfermant toujours un noyau unique, volumineux et ovoïde, d'est ce dernier caractère qui peut être considéré connue le plus important : VAm(i'hapy(,ti:tis type a toujours un noyau ovoïde. Cette Amibe est une des plus communes que l'on soit appelé à rencontrer, comme en même temps l'une des plus grandes. Elle arrive fréquennnent à une taille de 300 p. et parfois plus, mais cela seu- J /~\ lement lorsqu'elle est allon- gée. Au repos on la trouve souvent sphérique ou bien, plus fréquemment encore, à l'état indiqué par les fig. 1 et 2, c'est-à-dire en étoile, ou pourvue de prolonge- ments dirigés suivant toutes les directions de l'espace. Mais api'ès un instant et sous l'influence de la lu- mière, on voit les rayons de cette étoile s'allonger, chacun pour son compte, et donner lieu à la formation de nombreux pseudopodes dans l'intérieur desquels un courant marche d'arrière en avant, entraînant les inclusions de l'endoplasme. Peu à peu cependant, ces Amœba Proteus. — 1. Individu (■ommi'ii(;ant à déployer des pseudopodes dans toutes les directions. — 2. Un autre, dans le même état. — 3. Un autre, dans une marche rapide. — 4 et 5. Noyaux d'une variété d'Amœlia Proteus. — 6. Noyau de la forme typique. — 7. Un des nucléoles du noyau 5. — 8. Extrémité de la queue. Voir Amivhd limirohi. Aiiin'bd nilliln, Avui'ha iiobitis. Aiiiirliii rcxperliUo. (iEXr.K AMŒBA 59 pseudopodes rentreiit dans la masse générale et TAmibc s'allonge, glissant rapidement sur le sol, prenant parfois, dans une marche très rapide, la forme tyi)i(iue Umax (fig. 3), plus souvent se bifurquant ou déployant plusieurs pseudopodes. Ces derniei's ne sont pas nécessairement aplatis, mais souvent au contraii'e offrent une forte épaisseur, tout comme d'ailleurs l'animal tout entier lorsiiu'il est dans une eau libre et que le couvre-objet ne le comprime pas. Pendant la marche, l'extrémité postérieure prend l'apparence caractéristique du plasma gluant, à contours pâles et indécis, et il se forme une houppe, souvent très régu- lière, de prolongements généralement courts, mais d'apparence quelque peu variable sui- vant les individus (tig. 3, 8). En arrière aussi prend naissance une vésicule contractile (jui peut être entraînée en avant par les courants et alors à peine est-elle loin qu'il s'en forme une nouvelle comme si la première n'existait pas. L'animal dans cette espèce est presque toujours rempli d'inclusions de toute sorte, de nourriture digérée ou en cours de digestion, de petits grains de toute nature, de sphé- rules brillantes (grains d'excrétion) et parfois aussi de petits cristaux quadratiques, soit tronqués à angle droit, soit bicuspides. Le noyau (fig. 6) est toujours unique et assez volumineux (35 y. environ); toujours également ovoïde ou ellipsoïdal, mais s'il est vu suivant la direction du grand axe, il se montre alors naturellement arrondi. La masse chromatique y est représentée par une grande quantité de petits nucléoles qui vont se loger sous la membrane en plusieurs couches. La membrane nucléaire elle-même est plutôt forte, mais assez souple, et susceptible de se déformer lorsque le noyau emporté par les courants de l'endoplasme rencontre un obstacle. Il est, comme il a été dit plus haut, fort probable qu'il existe plusieurs Amibes auto- nomes, mais si rapprochées de VAiiKvha proteits qu'elles ne peuvent, dans l'état actuel de nos connaissances, en être détachées. Quelques-unes cependant, tout en présentant un air de parenté indiscutable, offriraient sans doute dès maintenant des caractères distinctifs suffisants pour les en séparer. Je voudrais en citer une que j'ai pu étudier spécialement 60 FATTNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN et qui probablement représente un type distinct. Je n'ai pas cru cependant devoir pour le moment la séparer de V Amaiba proteiis et cela par un sentiment de prudence peut-être 'exagéré. Cette Amibe, que j'ai récoltée en grande quantité dans les marécages de Gaillard, puis de Bernex, revêt la taille et l'apparence de V Amœha proteus ; elle se comporte de la même façon et déploie ses pseudopodes de la même manière. Elle est néanmoins plus faci- lement portée à prendre une forme étoilée, et lorsqu'on la surprend à l'état de repos, pour la voir après un instant, sous l'influence de la lumière, déployer ses pseudopodes, c'est un spectacle étrange et presque saisissant que d'assister à ce véritable « ruissellement » de bras qui, partant d'un centre, dévalent de tous côtés en cascades et finissent par former une étoile à cent rayons. Cette variété cependant présente deux caractères qui la distinguent aisément de l'espèce type. Le premier et le moins important peut-être réside dans la présence cons- tante d'une infinité de petites vacuoles qui remplissent le plasma, mais sans se comprimer les unes les autres; sur l'animal non aplati ces vacuoles ne sont à la vérité que rarement visibles, mais après compression on les distingue facilement. Le second caractère distinctif consiste dans la présence d'un noyau (fig. 4 et 5), tou- jours parfaitement globuleux, jamais ovoïde, grand, (33 ju), très beau et très pur pour ainsi dire, et rempli de milliers de nucléoles plus petits et d'un bleu verdâtre plus clair que dans V Amœha Profc/is typique. Ils sont d'autant plus nombreux et serrés qu'ils s'éloi- gnent plus du centre du noyau, mais pourtant on en rencontre partout. Dans un des indi- vidus examinés, ces petits nucléoles étaient tous, malgré leur taille minime, creusés d'une lumière centrale (fig. 7). On peut ajouter également que cette Amibe est plus délicate que V Amwha proteus et conserve beaucoup moins longtemps sa vitalité. Dans un exemplaire qui avait été exposé à l'action de la glycérine, le corps en se rétractant avait laissé derrière lui comme une pellicule très fine et très régulièrement couverte sur toute sa surface d'un guillochage de petits points*. ' Dans les notes à la fin du volume, il sera rendu compte des expériences que cette espèce m'a four- nies sur la vésicule conlraclile, ainsi que sur la méroloraie du plasma et sur quelques autres particula- rités. GENKE AM(EBA 61 Aniiiha nUlda spec. iiov. Amœharrote/is, in Leidy pi. I, fig. 7, II; tig. 9, etc.? Leidy a dû voir cette Amibe, à diverses reprises même, tout en la confondant avec l'espèce précédente, et plusieurs de ses figures, par exemple la fig. 9, pi. II qui représente le noyau si caractéristique, me semblent devoir" s' j' rapporter sans aucun doute. Mais après ravoir rencontrée à maintes rejirises et dans différentes localités (Pointe- à-la-Bise, Bois de la Bâtie, S'-Georges, Asile des Vieillards, Rouelbeau), et l'avoir étu- diée tout au long, j'ai pu me convain- cre de l'autonomie de cette Amibe, qui sera toujours facile à distinguer des au- tres. La taille est très forte; à l'état de repos, sphérique et sans pseudopodes, r Amibe dépasse gé- néralement 200 u et lorqu'elle est allon- gée elle atteint faci- lement 5 et 600 p.; ■ un individu qui avait pris la forme d'une limace très allongée, avec un simple renfle- ment en arrière, arrivait même à 1100//. La forme est excessivement changeante. Il arrive souvent qu'on la trouve au repos, sphérique, avec une bordure de franges arrondies d'ectosarc très clair qui se détachent très franchement du corps (iig. 2); ou bien l'Amibe est tout entière connue hérissée de gouttelettes ou de larmes hvalines brillantes, lesquelles de distance en distance sont Amœha iii/ida. — 1. Iiulivulu en marche. — 2. Un nuti-e, sortant de l'état de repos. — 3. Un antre, en inardie, très faiblement grossi. — 4. 5, (i. Différents aspects du noyau. — 7. Une des formes de la houppe. — 8. Globules (embryons?) dans des vacuoles, et renfermant de petites diatomées. C'2 FAUNE RIIIZOl'ODIQUE l)V lîASSIX DU LÉMAN parfois rassc'iiibl(''i's en sri^ppi-'i^ autour (Vun filanieiit axial de plasma concentré et mat («g- 7). rendant la marche, la forme est excessivement variable; tantôt c'est une masse uni- (iue, lari;e, avec peu ou pas de pseudopodes, s'avançant pour ainsi dire majestueusement devant elle connue un fleuve vivant (fig. 1); tantôt c'est un arbre à ramifications nuilti- ples; tantôt il n'existe pour ainsi dire i)lus que des bras très allongés, et l'Amibe ressemble à certains poils ramifiés de plantes. La teinte de l'animal est toujours plus claire que dans l'espèce précédente, malgré les noud)reuses inclusions que renferme le plasma. Ce dernier est renq)li de poussières de granulations très fines, puis de grains bleus d'amidon, de proies à tous les états de diges- tion, de cristalloïdes bicuspides à arêtes vagues, parfois de petits cristaux quadraticpies. Il renferme également de teuq)s à autre des corps luisants (Glanzkôrper), et presque toujours un nombre restreint de corps arrondis ou allongés, de teinte jaunâtre ou vert bouteille, souvent logés dans une vacuole. Ces corps arromlis m'ont d'abord paru repré- senter des boulettes de nourriture, ou bien encore des parasites ; mais après les avoir examinés plus à fond et les avoir comparés avec les éléments presque analogues que j'ai rencontrés dans ditt'érents liliizopodes et dont il sera question plus tard {rcJntiii/.m. etc.), je crois pouvoir y reconnaître de véritables embryons. Ces corps, en ett'et, dans VAniœha nitida, se présentent sous différents aspects : tantôt pre.squc brillants et se rapprochant des « Glanzkôrper, » tantôt mats, tantôt pourvus d'une mend)rane fine, tantôt sans enve- loppe; ils renferment de petites granulations ou bien en apparence de petits grains d'amidon, ou bien encore des petites diatomées, qui elles-mêmes semblent en cours de digestion (fig. 8) '. Tous ces éléments sont entraînés dans les courants de l'endoplasma et roulent confusénu'nt les uns à côté des autres. Quant à ces courants eux-mêmes, ils sont dans cette espèce particulièrement inté- ressants à observer (tig. 1). Ils prennent (sur une Amibe de forme Umax) naissance en arrière du corps, autour de la vésicule contractile, sous forme de petits ruisseaux (jui, dans leur course d'arrière en avant, se rejoignent les uns les autres et finissent par ' Ces flintoiiircs, d"iiilU'Ui-s tirs iiPttos et recnnnnissaliles, sont toujours c.vti-èniemeiit peliles, ne 'lô- imssnnt qnelqiiefois pas G-7 fi île longueur , on n'en remarque pas, en général, de si petites dans la nature, ou |)lutot on les laisse passer sans les voir: mais l'Amilic sait parfaitement les trouver. GENRE AMŒIiA 63 former des rivières. Le courant, en effet, n'est pas unique, mais il en existe plusieurs en même temps, par le fait que le plasma de l'endosarc est divisé en un certain nombre de canaux ou de rainures longitudinales par des parois comi)actes, d'ailleur.s éphémères elles-mêmes, se détruisant et se reformant d'un moment à l'autre. On distingue parfai- tement, dans cette espèce, les canaux les uns des autres, avec les courants d'abord plus ou moins parallèles qui finissent par se rejoindre pour se fondre en avant du corps en une seule masse liquide. Leidy a parfaitement bien vu ces courants, qui sont représentés dans la figure 7 de sa planche I. Il dit incidemment à ce propos: « Tandis qu'il n'y a pas de distinction absolue « entre l'ectosarc et l'endosarc, tous deux étant la continuation de la même masse pro- « toplasmique, dans les mouvements de l'animal l'endosarc semble couler entre des parois, « plus ou moins épaisses, formées par l'ectosarc. » Leidy mentionne le fait à propos de son Amœha Proteiis, mais il est plus que pro- bable que les individus chez lesquels il l'a constaté représentaient V Amœha nitiihi. Bien qu'il ne le dise pas expressément, ses paroles doivent se rapporter surtout à Tinilividu représenté par la tigure 7 de la planche II, à propos duquel nous lisons dans le texte exphcatif des planches : « La partie postérieure de l'individu, avec trois lobes en forme « de mûres..., etc. Le noyau, bien que présent, était généralement difficile à voir. L'en- « dosarc paraissait couler entre des parois épaisses de l'ectosarc, qui semblait plissé lon- '< gitudinalement. » Or, dans Tiiulividu représenté, la grande taille, le noyau peu visible, la queue mamelonnée et les courants entre les parois sont des caractères qui ne semblent guère ici pouvoir se rapporter (lu'à V Amœha nitida. Leidy se trompe d'ailleurs sans doute en considérant ces partitions connue des plissements de Vedosarc. Ce dernier, chez les Rhizopodes, n'est pas une substance spé- ciale, c'est un plasma de surface, spécialisé pour les fonctions qu'il a à remplir, modiiié même peut-être dans sa structure intime, mais cela seulement d'une manière temporaire; il peut, comme nous l'avons déjà vu (Anwha Umkola), devenir eudosarc lorsqu'une vague de plasma vient à le recouvrir et que d'externe il devient interne, tandis que l'endoplasma, s'il arrive à la surface, se transforme tout aussi facilement en ecto- sarc. Pendant la marche, l'extrémité postérieure du corps preml une apparentée opaque, 64 FAUNE RinzOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN finement poussiéreuse, les contours du plasma y deviennent moins réfringents (comme toujours du reste chez les Amibes, mais ici d'une manière plus frappante) et quelque peu déchiquetés ; ou bien aussi, et c'est là un caractère qui semble particulier à cette Amibe et à VAvtœha nohUis, le plasma s\- divise en gouttelettes allongées, serrées les unes con- tre les autres comme les grains d'une mûre. Chacun de ces grains renferme en son centre alors, dans la plupart des cas, un petit cristalloïde ou un petit grain d'excrétion (c'est du reste ce qu'on remarque aussi sur les individus au repos et à ectosarc divisé en sphérules ou en grappes). Mais l'élément le plus caractéristique de cette espèce c'est le noyau. Il est très grand, atteignant en général un diamètre de 50 ^. et parfois un peu plus, et très pâle, si bien qu'on rçste souvent quelque temps sans l'apercevoir. La membrane en est mince et défor- mable. La matière chromatique est représentée par un nombre considérable de petites sphérules d'un bleu tendre, qui sont disposées les unes à coté des autres sous la membrane ; et alors, et c'est là un caractère probablement d'une très grande importance (voir plus loin Fdomiixa ixiradoxa)^ ces petits nucléoles, réunis en une seule couche sous la mem- brane nucléaire et serrés les uns conti'e les autres, forment un tout pour ainsi dire con- tiini, une enveloppe qui, tout entière, se replie sur elle-même, se plisse, s'invagine et peut donner lieu à la formation de véritables circonvolutions, en entraînant dans ses replis la membrane nucléaire qui s'invagine aussi (fig. 4, 5, G). Il semble que dans cette espèce les petits nucléoles, plutôt que de renoncer à former une seule couche qui. vu leur masse les obligerait à la formation d'un noyau trop volu- mineux, ont préféré s'invaginer et garder ainsi une large surface sans augmenter les dimensions de ce noyau. Mes observations sur les Rhizopodes en général m'ont conduit en effet à l'opinion que, tout au moins chez les espèces à pseudopodes lobés : 1" la masse de la substance nucléo- laire est d'une manière générale proportionnelle à celle du noyau tout entier; 2" la taille du noyau lui-même, et dans ces espèces plurinucléées la masse formée par la réunion des noyaux, est proportionnelle à la masse de l'individu, et 3" il semble exister pour le vo- lume du noyau chez les Rhizopodes un maximum absolu de 70 ij. environ, au delà du(juel sa taille deviendrait luiisible; aussi les très grosses espèces sont-elles pour ainsi dire tou- GENRE AMŒBA 65 jours plurimicléées (Pelomi/ra, Anirrha nohills^). Or dans VAmwha riHhla, qui est unimi- cléée et cle très grande taille, et où les nucléoles semblent s'obstiner à ne former qu'une couche mince, il n'y a plus qu'un arrangement possible, celui de plissements. h'Amu'lja iiifida renferme toujours une vésicule contractile, qui, en raison de la taille de l'individu, devient très grande elle-même. Parfois on en voit deux. J'ai trouvé un jour un individu porteur d'algues commensales, en parfaite santé, mais peu nombreuses. C'est là du reste un cas anormal, cette espèce ne présentant pas en général de phénomènes de symbiose. Anurha nolilis, spcc. nov. yl«Ui'6«2J>'o/e^/.s Leidy, i. p. pi. II, tig. 7? En 1899 j'avais décrit (89) connue se rapportant à VAinaim Profc/is de Leidy, tout en présentant en même temps des caractères qui en faisaient une variété particulière, une grande Amibe, que depuis ce temps j'ai rencontrée fréquemment et dont après une étude détaillée, j'ai été obligé de reconnaître la parfaite autonomie. C'est probablement la plus belle et la plus grande des Amibes vraies et je proposerai pour elle la qualification de i/ohiliti. Elle n'est d'ailleurs pas spéciale aux profondeurs du lac de Genève ; je l'ai retrou- vée dans diverses localités, à la Pointe-à-Ia-Bise, à Bernex, à Troinex et à Florissant. C'est ])ourtant dans le lac qu'on rencontre les plus beaux exemplaires ; ils y sont plus clairs, plus purs pour ainsi dire, et c'est là qu'ils renferment les cristaux les plus grands et les plus réguliers. La taille ordinaire, à l'état modérément allongé, est de 500 à 000 //, mais elle peut arriver bien au delà. L'individu représenté par la fig. 2 avait 880 f/., un autre de même forme à peu près et tout à fait libre dans un verre de montre rempli d'eau, arrivait à 900 ij.. ]\Iais ces longueurs sont parfois dépassées, et un individu par exemple que j'ai ' Ce qui, d'ailleurs, ne veut pas dire que les petites espèces ne puissent pas être plurinucléées. On trouvera plus de détails sur ce sujet à la note 10, qui traite du noyau. 66 FAUNE l!HlZOrOI)I(,)rE DU BASSIN DU LEMAN trouvé à l'état de ropos, avec des pseudopodes étoiles rayonnants très courts, avait un diamètre, y conii)ris ces pseudopodes, de 550 a: à l'état de limace il serait sans doute ar- rivé à 1200. Sa taille est donc à peu près égale ou un ])eu supéi'ieurc à celle de VAmo'ha nitida. Comme ai)parence générale, c'est également la même. Pendant la marche elle éprouve des changements extraordinai- res, elle court rapidement et l'on voit des torrents impétueux circuler dans des lacunes ou canaux internes. Le corps res- semble alors à un tronc d'arbre imueux à fortes nervures. On retrouve ici également les corpuscules moléculaires par milliers, les petits grains ])lus ou moins cristallisés, le ]»lus souvent bicuspides et ar- rondis sur leurs arêtes, parfois des corps luisants, des globules gras en apparence et ces peti- tes masses de plasma dont il a été parlé dans VAniaha i/itiila et que j'ai considérées connue des embryons. Ici j'ai pu les examiner plus en détail encore ; ces embryons (fig. 4), en i)rincipe globuleux, de 7 à 10 u en moyenne, sont cependant mous et déformables, et les petites diatomées qu'ils en- globent souvent les obligent surtout à modifier leurs contours; ils renferment presque toujours des petits grains qui paraissent provenir de digestion et parfois des vacuoles ; l'embryon représenté parla fig. 4, à droite, contenait par exemple deux petites diatomées, quelques petits grains brillants, une boulette de chlorophylle claire et une grande vacuole, mais que je n'ai pas pu voir fonctionner comme vésicule contractile. Amœha ndbilis. — 1. Eu marche. — 2. Une autre, en marche éga- lement. — 3. Noyaux. — 4. Embryons? — 5. Cristaux. - 6. Ex- trémité d'un des filaments de la fig. 9. — 7. Une des formes delà houppe caudale.— 8. Exemplaire attaqué par des filament? para- sites. — 9. Détails d'un jiaquet de filaments. (iEXlîE AMŒliA 67 J'ai trouvé parfois également dans le corps de cette Amibe des algues clilorophycées en a])parencc bien jjortantes. La vésicule contractile est très grande; elle se forme en arrière, d'abord sous f(n'me de petites vacuoles qui éclatent les unes dans les autres. Souvent, à peine formée, la vési- cule quitte sa place, entraînée par les courants, et, tout comme les autres inclusions, elle est portée en avant, revêtue d'une membrane véritable quoique éphémère. A peine est-elle partie qu'il s'en forme d'autres en arrière, de sorte que parfois on en trouve trois ou quatre disséminées dans le corps, en même temps qu'il en existe une à la queue. Le plasma semble aussi être fréquemment rempli de très petites vacuoles qui ne sont d'ailleurs visibles que sur un animal très fortement comprimé. Peut-être existeraient-elles également dans VAmœha nitida, où je ne les ai cependant pas vues. Dans une de mes récoltes, provenant de Bernex, où ces Amibes étaient nondn'euses, un grand nombre (trois sur cinq en moj'enne) portaient en arrière une ou plusieurs touffes de filaments sur lesquels je m'arrêterai quelque peu : IjEIDY a créé le genre Ouramœba poui- deux Amibes terminées en arrière par des filaments « flexibles, cylindri(iues, tubulaircs. inarticulés ou articulés, ressendjlant aux « fils mvcéliaux des champignons, parfaitement passifs, ni rétractiles ni extensibles. » Après avoir regardé d'abord son Ouramœha comme une Amœha prof eus traînant après elle un faisceau de filaments mycéliens parasites, Leidy s'était mis à examiner plus attentivement d'autres individus et était arrivé à la conclusion que ces filaments faisaient réellement partie de la structure de l'Amibe, qu'il appela alors Ouramœha vora.r. Mais après avoir pris connaissance des travaux de Archer et de Wallich, qui avaient décrit les mêmes appendices dans VAnwha rillosa en les considérant comme des filaments mvcé- liaux, Leidy paraît s'être converti aux idées des observateurs anglais, ou plut('>t disons être revenu à son ophiion i)remière. Il ajoute pourtant que la solution de cette question n'est pas encore définitive, car il se présente une objection importante dans le fait que ces filaments ne prennent pas naissance d'un mycélium renfermé dans le plasma de l'animal. Je ne pense pas que cette objection soit vraiment bien importante, car s'il n'existe pas de mycélium véritable, on trouve au moins, au point de naissance de chacun de ces filaments, soit une petite proéminence ou tête, soit une sorte de corne. La figure 9 montre 68 FAUNE KIIIZOrODIQUE DV BASSIN DU LÉMAN trois de ces filaments dans leur position naturelle au sein du plasma, dans lequel ils étaient plongés pour la sixième partie environ de leur longueur. L'un d'eux prend nais- sance sur une sorte de corne, puis bientôt se ramifie par deux dichotomisations succes- sives; les deux autres n'ont qu'un petit boj^au basai et se divisent tout de suite en deux seuls filaments. J'ai remarqué également, tout à coté du point de naissance de ces fila- ments, mais libre au sein du plasma caudal, un petit corps incolore de 7-8 u. à peine de diamètre, ramifié en deux ou trois branches étalées, lobées à leur extrémité, et qui lui doiniaient une forme d'étoile ou de feuille de trèfle. On aurait en somme pu le considérer comme le commencement de la germination d'une spore '. Quoiqu'il en soit, ces filaments ne peuvent, à mon avis, représenter autre chose que des cryptogames parasites. Ils sont incolores, tubulaires, souples et quelque peu élas- tiques dans leur ensemble, mais à parois rigides quoique minces. On ne remarque pas dans leur intérieur de partitions véritables, mais par-ci i)ar-là un petit lambeau de plasma bleu brillant, bouchant la lumière interne, en donne l'apparence. A leur extrémité un peu renflée, ces petites masses de plasma bleu sont disposées les unes derrière les autres, de manière à simuler des partitions véritables. Chacune a généralement sa masse entaillée d'une encoche (fig. 6). Ajoutons que je n'ai pu colorer ces filaments ni en violet par le chlorure de zinc iodé, ni en rouge par le rouge Congo ; mais le premier de ces réactifs les fait passer au jaune vif. L'acide sulfurique concentré les dissout facilement. En somme, il est probable que nous avons là une variété de cellulose analogue à celle de certains champignons infé- rieurs. Leidy décrit une autre Amibe, OuyamœhahotuVtcanda, qui n'est i)robablement que VAm(d>a Protcus munie de filaments appartenant à un cryptogame différent. Je puis ajouter que deux fois j'ai trouvé ces appendices (mais pas à Genève, il est vrai) sur V Amœla lyroteus ; i\\\x&i plus tard à décrire également une Amibe (Anud/a res- pc'iiiUo) pourvue occasioimellement d'appendices cryptogamiques quelque peu différents. KoROTNEEFF (59), qui ne semble avoir eu connaissance ni des travaux de Wallkh ni de ceux iV Ai cher, décrit également une Amibe dont, grâce à la présence de filaments ' liieii i|iriiy;iiil dans mes notes un dessin exticl de ce prtil eor|i>. j'.d omis, p:ii- inadvcrinnce, de le ri''LU'er ici. (iENKE AMŒIiA 6!) analogues, il fait rni genre nouveau (Lonrjlcamïa amœhina). D'après lui, ces filaments ne sont pas autre chose que des prolongements ou pseudopodes qui se seraient formé des enveloppes constantes, des « gants. » Il rapproche alors cette Amibe du Stïfoconche Zandea, ce curieux organisme voisin des radiolaires et dont on a fait l'ordre des Taxopudes. Et pourtant les figures de Korotneeff montrent bien qu'on a attaire à des filaments iden- tiques à ceux que nous venons de décrire; elles indiquent même les pseudo-partitions de l'extrémité. Dans notre Anin-ha nvhiJis, la partie postérieure de ranimai se présente pendant la marche, connue celle de VAiinila )iiti(la, tantôt pi(pietée d'aspérités très petites (fig. 7), tantôt pourvue de lobules en forme de mûres. Jusqu'ici et malgré certaines ditt'érences de minime importance, rien m' nous auto- riserait à séparer cette espèce de VAiurrha nitida. Mais il me reste à signaler un caractère de première valeur : cette espèce renferme toujours un nombre assez considérable de noyaux et ces noyaux sont d'un type dittèrent de ceux de l'espèce précédente. Ils se présentent généralement comme des sphérules de \^ i>. environ de diamètre (fig. 8), mais en les suivant attentivement pour les voir sous toutes leurs faces, on cons- tate la plupart du temps qu'ils sont légèrement ovoïdes; dans certains individus provenant du lac de Genève, je les ai trouvés plus allongés, le grand axe étant au petit connue 3 est à 2 et alors le noyau arrivait à 18 fx (fig. 3). Ces noyaux étaient généralement au nombre d'une soixantaine, parfois plus et souvent moins nondjreux dans les exem])laires peu volumineux. Dans tous ces noyaux, la substance chromati(pie était rassemblée en une couche superficielle sous la membrane nucléaire, sous forme de petits nucléoles étalés et parfois soudés les uns aux autres par leurs prolongements amincis. Cette espèce est délicate et a toujours disparu de mes bocaux plus rai)idement que les autres Illiizopodes qui y étaient renfermés. . WiLSON (121) a décrit sous le nom de Fdomyxa caroUnensis un organisme qui me paraît avoir certaines analogies avec le précédent. Mais l'espèce est plus grande, les noyaux plus volumineux, le plasma plus vacuolisé et je ne crois pas devoir identifier ces deux Amibes l'une avec l'autre. Leidy a probablement rencontré à diverses reprises VAnudm uahills, qu'il a re- gardée alors connue une Amœha protcits. Il dit à la page 42 : « Plusieurs fois j'ai ren- 70 FAirXE miIZOrODIQUE DU BASSIN DIT LEMAN « contre deux miclei dans le même individu, comme on peut le voir dans la fig. 2, pi. I. « Plus fi'é(juenuuent il m'a été impossible d'en distinguer un seul, quoiipi'il soit probable « que dans la plupart des cas, sinon dans tous, ce noyau était cadré à la vue par d'autres « éléments derendosarc. Parfois cependant, mnuc dai/sde f/raiids spfcuntn^ d'une trans- « parence exceptionnelle et (jui n'étaient pas obscurcis par la présence de nourriture ou « autres inclusions, comme dans l'individu représenté dans la fig. 7, pi. II, j'ai été incapa- « ble de découvrir un noyau. » Or la figure dont jiarle Leidy concerne un individu de la taille de (i.Sû «, bien supé- rieure à celle de VAmwha proferis typique, et dans le(|uel sont dessinées en grand nombre des spliérules claires que Leidy, dans l'explication de la figui-e, appelle des bou- lettes de nourriture incolore. Je pense que ces globules n'étaient autres que les noyaux; les boulettes de nourriture n'ont pas cette apparence, et d'autre part un noyau uniipie et volumineux n'aurait guère passé inaperçu dans un exeuq)laire aussi favorable à l'obser- vation. En somme ces deux Amibes, vHifht et tniJiiJis. ne se distinguent l'une de l'autre que par un seul caractère de grande valeur, le noyau. -Je serais disposé, malgré l'impor- tance de ce caractère, à croire à l'identité de ces deux formes, la nohUis n'étant qu'une pliase plus avancée de la nitida. On pourra voir plus loin, à propos de la Vdomy.ra pam- iloxa, quelles sont les raisons qui me font croire à cette identité. Toutefois j'ai cru devoir ici décrire séparément ces deux Ami])es. AiiKrha i-'ilhiy.a AVallicii ( 1 iSj. AiiKi'ha pi-'iiireps':' Carter i. p. Tricha iiinhd lihtaY Fromontel. Amaha rillosa in Leidy. D'après Wallicii, VAiiurhu riUoy.a se distingue suilout de VAiiiivha profc/is par des contours plus ou moins claviformes ou palmés. Elle est différenciée en une région anté- rieure terminée par une zone ou une tête villeuse. Elle porte généralement des pseudo- podes peu nomJjreux, éitais. digités, dirigés en avant et peu disposés à se ramifier. GEKIIE AMCEBA •1 Leidv de son coté a décrit tout au long cette espèce, tout en constatant ([u'il n'a ])as été assez heureux pour rencontrer des spécimens positivement caractéristiques. ]Mais on peut aller plus loin et avancer sans hésitation que sous le nom de Amœha vlUosa, Leidy décrit plusieurs formes spécififpies ditt'érentes. Il y a trois ans, j'avais mentionné (89) comme devant se rappi>rter à cette espèce un individu trouvé dans le lac de Genève. L'aimée dernière j'en ai revu plusieurs, récoltés dans ce même lac, à 40 mètres de profondeur. INIalgré certaines différences de caractères, il me semble (lu'il n'y a i)as de raison pour séparer la forme du Léman de celle de W.\LLlcii, et je la décrirai comme Amœha riUusa, tout en constatant (pi'il n"y a i)as identité com- plète. Une différence importante entre ces deux Amibes réside cependant dans l'existence constante et normale dans VAiiuiIm rillosa du lac de Genève d'une couche serrée de va- cuoles, iunuédiatement au-dessous de la surface du corps. Ces vacuoles (fig. n), variables de grandeur, sont serrées les unes contre les autres, mais rarement assez pour se conq)rimer mutuellement et prendre une structure alvéolaii-e. Wal- LICH mentionne, il est vrai, la présence de vacuoles dans l'ectosarc de son Amocha vil/osa, mais il ne semble pas avoir vu de couche vacuolisée étendue; Leidy n'en parle pas du tout. Il est bon -d'observer cependant que ces vacuoles sont extrême- ment délicates et difficiles à voir et que le plus souvent on ne les remarque nettement (jue sur des individus comprimés ; aussi Wal- LICH a-t-il pu ne pas les distinguer. Je me permettrai de remarquer à ce propos, mais comme une hypothèse qui n'est pas soutenue par des expériences probantes, qu'il n'est pas impossible que dans certains Rlii- zopodes le plasma soit vacuolisé ou non suivant l'âge ou le moment ; c'est ce que mes obser- vations sur la Felomijxa paJustrk et quehpies autres Rhizopodes m'ont fait quelquefois Amœha villusa. — 1. Animal en marclie. — 2. Un individu vu de côté, fixé en même temps à la lamelle et au couvre-objet. — 3. Noyau. — 4. Boulettes bril- lantes. — 5. Asiiect de la surface vacuolisée. 7'2 FAUXE l!IIIZ01'0I)I(,tUE DU liASSIN DU LEMAN l)cii8L'r. J'ai cru iiiêuu' constater dans deux ou trois occasiojis (lu'une forte compression au- rait i)oiir résultat, sur certaines espèces, de provorpier une vacuolisation presque subite de Tectosarc. C'est donc avant tout sur la formation habituelle de la houppe caudale caractéris- tique que je me baserai pour l'identification de cette espèce. Cette houp[)e tend dans l'Anucba rillosa à revêtir la forme de filaments nombreux, droits, longs, cendrés, granulés ou perlés, qui couronnent comme d'un chevelu toute l'extrémité postérieure, ou bien se réunissent sous la forme d'un capitule. Parfois de cette couroinie rayonnante part une se- conde série de filaments de même nature, mais plus longs et moins serrés. C'est ce qu'on peut voir dans la fig. 1, qui malheureusement ne donne que de loin une image de la réa- lité ; les filaments y sont mal représentés, sans détails, et trop larges comparativement à leur longueur '. La taille de cette Amibe est forte, généralement de 200 jj. environ et souvent plus. Dans sa marche, l'animal est peu sujet à se ramifier; il forme généi-alement un tout assez compact, rappelant un triangle dont la (pieue formerait un des angles, mais un triangle dont les coins s'arrondiraient en lobes siiuieux et dont les côtés se creuseraient plus ou moins profoiulément. L'Amibe est jjarfois cependant bien plus changeante, se ramifiant ou ])re- nant même la forme linia.r; mais le fait est rare. La fig. 2 représente un individu (pii, ram- pant d'abord sur le porte-objet, avais émis un large pseudopode dans une direction verti- cale; puis ce bras, en tâtant dans toutes les directions avait rencontré la face inférieure du couvre-objet et s'y était attaché. Tout l'animal vu de côté avait alors la forme d'un T ou d'un E. Le plasma contenait généralement beaucoup d'inclusions de toutes sortes, petits grains brillants, diatomées, aussi des pierres, qui rendaient l'animal plus foncé. J'y ai trouvé également des boulettes brillantes, renfermant des cristalloïdes, ou divisées en granulations arroiulies (fig. 4) et (jui représentent peut-être des corps luisants reproduc- teurs. Le noyau, de 3G u à .38 jx environ, plutôt ovoïde, renferme une grande quantité de ' Mes liyiircs représentant les liliizo[iodes nus sont malheureusement puur la plupart trop petites. Le fait provient surtout de ec que j'avais fait réduire mes dessins origiiiau.x de '/j ; plus tard, reconnaissant que cette réduction est en réalité très forte, j'ai tout fait réduire de '/o ; "lîi's les Amibes étaient déjà ter- minées. GENRE AMŒBA /ô petits nucléoles rassemblés surtout dans une position superficielle sous la paroi nucléaire. Parfois il m'a paru parfaitement sphérique. Il existe une vésicule contractile, plutôt paresseuse, (lui prend naissance en arrière du corps et souvent émigré dans le plasma tandis qu'il s'en reforme une autre en arrière. Elle peut atteindre une taille très forte, jusqu'à GO i^. Il est à remarquer que dans cette espèce comme dans tant d'autres où j'ai observé le fait, la vésicule contractile, bien que très loin de son lieu de naissance où il en existe déjà une autre à sa place, peut continuer encore longtemps à s'accroître (voir note 11, vésicule contractile). J'ai retrouvé également cette espèce dans l'étang de l'Asile des Vieillards; elle y était de tous points conforme à la description précédente, toute vacuolisée et portant une houppe de môme nature, mais avec un plasma moim propre que dans celle du lac et avec un noyau en apparence parfaitement sphérique (tig. .5). Amo'ha fasckidata spec. nov. Cette Amibe s'est trouvée dans deux de mes récoltes, opérées à la même époque, le 20 et le 23 octobre 1900, l'une au marécage de Troinex, l'autre à l'étang du Bois de la Bâtie. Tous les caractères en étaient dans ces deux localités absolument concordants. La taille est de 140 p. en moyenne, la teinte générale plutôt claire. L'animal, dans sa marche, a presque toujours la forme représentée par la figure 1 . De la partie postérieure partent des bras qui se por- tent en avant, en s'aplatissant et s'étalant quelque peu et en faisant avec la ligne de direction de l'Amibe des angles variables, mais en coulant en somme pres- que tous dans le sens même de cette direction ; quel- ques-uns seulement s'échappent suivant une ligne normale à la direction générale et s'ar- rêtent alors bien vite dans leur marche. 10' Amœba fasciculata. — 1. Forme habi- tuelle. — 2. Noyau. 74 FAUNE rJllZOPODIQUE DU lîASSIN DU LÉMAN rendant ce temps il se forme, et c'est là également un caractère constant et normal de l'espèce, en arrière de l'Amibe des pseudopodes plus étroits, droits, peu ou pas aplatis, clairs et dépourvus d'inclusions, qui vont en s' écartant les uns des autres et en montrant des points de l'espace opposés à ceux qu'indiquent les pseudopodes vrais ou antérieurs. Ces pseudopodes ou appendices caudaux représentent en effet simplement la houppe carac- téristique des Amibes, houppe qui prendrait ici normalement l'apparence de véritables pseudopodes. La résultante de ces différents processus est de donner à l'Amibe en marche l'aspect d'une plante que l'on viendrait de déraciner. Le plasma n'offre aucun caractère particulier; il renferme toujours par milliers des petits grains brillants qu'on peut assimiler aux cristaux dont il a plusieurs fois été ques- tion jusqu'ici, mais (pii, dans cette espèce, ne semblent pas revêtir jamais de formes géo- métriques. On y trouve aussi des grains brillants plus gros, parfois de l'amidon, des proies (diatomées, etc.), puis des vacuoles qu'on ne voit guère qu'après compression. La vésicule contractile est grande, prend naissance, comme toujours, en arrière, et semble très peu sujette à abandonner cette région pour courir dans le plasma; du moins l'ai-je toujours vue à la même place. Le noyau est tout à fait caractéristique (fig. 2); dans tous les individus que j'ai examinés, il s'est trouvé absolument le même. Sa taille est de 18-19 ij., en moyemie; il est pâle, mais presque toujours très visible, l'animal, dans la région du noyau étant géné- ralement aplati. Il montre une membrane nette mais délicate, et un nucléole qui ne laisse entre lui et la pai'oi interne de la membrane nucléaire qu'une marge très étroite, géné- ralement même invisible, mais que l'on voit s'étaler par compression du noyau (voir fig. 2, qui représente un noyau quelque peu comprimé). Le nucléole lui-même est alors ce qu'il y a de plus caractéristique dans la constitution de ce noyau : il est formé d'un plasma cendré bleu pâle, parfois rempli de petits points clairs qui semblent représenter des lacunes ou vacuoles, et toujours divisé en deux croissants égaux qui se regardent l'un l'autre; ou plutôt, faudrait-il dire, creusé d'une lacune si forte que la matière chromatique ne figure plus que deux coupes ou écuelles très minces sur leurs bords, très épaisses au fond, de sorte que chacune, vue par la tranche, a la figure d'un croissant. Ces croissants ne sont d'ailleurs jamais parfaitement en faucille, mais prennent plutôt, par leur réunion, la (iEXKE AM(K1!A i ■1 fornie (riiii dont la courbe interue est sur chaque moitié inoins forte que la courbe externe. Parfois on distingue parfaitement, allant d'un ci-oissant à l'autre, une ligne délicate qui rejoint les cornes opposées de deux croissants et ferme le cercle interrompu repré- senté par ces derniers; plus rarement les deux cornes sont continues l'une à l'autre par leur plasma même, aminci à cet endroit. VAinœha fasckulata se reconnaîtra toujours à ces deux caractères principaux : la forme particulière de l'individu et de la houppe caudale, et la structure du noyau. Je n'ai pu rencontrer nulle part de description qui me permette de supposer que cette Amibe ait jamais été signalée. Aniœha dacarmiJcs spec. nov. Je n'ai malheureusement trouvé qu'un individu qui me permette de décrire cette Amibe, au marais de Bernex, mais j'ai pu l'étudier longtemps, et il m'a paru si caracté- ristique qu'il ne faut guère douter qu'il y ait Là une espèce spéciale. D'autre part, il ne m'a pas été possible de la rapporter à aucune description à moi comme. Sa forme, quoique très changeante, rappelle dans toutes ses modifications certains champignons du genre Clararia et son aspect tout entier l'éloigné de toute autre Amibe. D'un pied large et noueux partent un nombre assez considérable de pseudopodes, qui s'allongent en massue, puis s'étalent à leur extrémité, parfois en y produisant des lo- bes arrondis ; ou bien au contraire on voit s'élancer de l'extrémité d'un pseudopode, comme d'un seul jet, un autre pseudopode, un fil pour ainsi dire, qui bientôt s'élargira à son tour par afilux de plasma venant le recouvrir. Toutes ces transformations se font très rapide- Amœba chvarioides. — 1. Forme haliituelle. — 2. Jlarc-hi:' rapide. — 3. Noyau. 76 FAUNE lillIZurODIQrE DU BASSIN DU LÉMAN ment et on a parfois peine à les suivre, mais toujours l'animal garde sa configuration par- ticulière, sauf lorsque, dans une marche rapide, il prend temporairement la forme de limace. Il marche alors tout droit sans se déformer beaucoup, lançant devant lui des ondes de plasma clair. Mais, même à cet état de limace, l'espèce est encore i"econnaissable à la forme de la houppe. Cette dernière est composée de prolongements peu nombreux, cylindriques, étroits, relativement longs et droits, qui ressemblent à de petits pseudopodes. Parfois, à la base de ces filaments, le plasma est également mamelonné. Ces filaments existent toujours, sauf naturellement quand l'animal est au repos, ou bien (pie, ne sachant où aller, il est lui-même en étoile, avec des bras regardant de tous les côtés; mais à peine est-il parti, qu'une partie caudale se détermine nettement et que la houppe commence à s'y former (pareille observation peut d'ailleurs se faire sur toutes les Amibes en général). Il existe une vésicule contractile, et dans le plasma on remarque par moments quel- ques vacuoles. Le noyau m'a paru relativement très peu volumineux; mais il faut remarquer que cette Amibe se ramifie et s'aplatit considérablement, et occupe plus de place que la masse de son plasma ne semblerait le faire croire ; aussi est-il bien possible que ce noyau ne fasse pas exception à la règle générale qui veut que le volume du nucléus soit en rapport avec la masse du plasma somatique. Dans l'individu examiné, ce noyau renfermait un nucléole fragmenté en quatre ou cinq lambeaux, amorphes, difiérents d'aspect suivant le point de vue, attenant les uns aux autres et réunis au centre. L'animal était très pâle et ne contenait connue inclusions que des petits grains clairs et d'autres moins nombreux, plus volumineux. Sa taille était de 125 [j. dans sa forme la plus habituelle, indicpiée par la fig. 1. AiitO'ha hotryllis spec. nov. Comme dans l'espèce précédente, cette Amibe ne s'est montrée (pie sous la forme d'un seul individu, mais, comme elle aussi, elle ])réscntait des caractères si évidents et si accusés que je n'hésite pas à la décrire. CKNliE A MCE 1) A Je l'ai trouvée dans les spliaigiies d'une tourbière de montagne, aux Pitons (Salève). C'est une espèce de taille assez faillie, mais dont j'ai malheureusement omis de noter les dimensions; d'après mes souvenirs elle arriverait, dans la forme représentée parla fig. 1, à 80 |U environ. Le plasma est d'un bleu tendre, d'une teinte claire, mais en même temps cendré et comme finement ponctué, et cette dernière apparence est produite pai- une véritable pous- sière de granulations extrêmement petites qui remplissent l'endosarc. A part ces granulations, l'endoplasme ne renfermait dans l'individu en question que quelcpies grains vert bleuâtre, brillants, dont l'un dans une enveloppe, et des- quels je ne saurais indiquer la nature. I^e corps tout entier est caractérisé par sa forme particulière, extraordinairement va- riable, mais toujours pourtant gardant l'appa- rence générale d'un corail à bras très courts, trapus et arrondis. Les figures 1, 2 et 4 ne donnent qu'une idée très incomplète des formes fantastiques qui se succèdent d'un moment à l'autre dans l'individu. Ces transforuiations incessantes sont d'ailleurs plutôt lentes, en rapport avec la consistance du plasma qui est plus ferme ici que dans la plupart des Amibes. Tout dans cette espèce, le tronc et les bras, est arrondi, rien ne parait jamais s'aplatir. L'animal ne semble jamais glisser sur le sol, mais procéder plutôt par une suite de déformations successives, pendant les(iuelles il suit pour ainsi dire les mouvements de fornu^tion et de déformation continuels de ses bras. La plupart de ces derniers ne touchent pas au sol, mais sont dirigés vers la pleine eau, et beaucoup tendent à monter tout d'une pièce suivant une ligne verticale. Dans l'individu examhié, l'animal, primitivement sous la forme représentée par la fig. 1, passa après un instant à la forme de la fig. 4 ', reposant sur le sol par quelipies pointes de ses Amœha bulri/lUs. — 1 et 2. Formes habituel- les. — 3. Individu dressé sur le sol. — 4. Au- tre individu, vu de côté. — .5. Noyau. ' Diins celle espèce el |)ar inadverlance, j'ai numéroté les ligures au liasard. 78 FAUNE RHIZOrODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN pseudopodes dont toutes les extrémités étaient relevées en pleine eau. Un instant après, il figurait une croix, puis il revint à la forme de la fig. 2, rappelant l'aspect primitif, et passa encore par une demi-douzaine d'évolutions bizarres pour arriver enfin à la forme de la fig. 3, où l'animal tout entier n'était plus qu'une colonne, arrondie en mas- sue à son extrémité su]3érieure et fixée au so\ par un pied rétréci, mais pourtant étalé juste à son point de fixation sous forme de quatre prolongements ou pieds à peine indi- qués. On remarquait dans cet individu plusieurs vésicules, jusqu'à six suivant le moment, qui toutes étaient contractiles et dont l'une devenait énorme avant de se vider. La queue ne présentait pas de houppe, ou plutôt il faut dire qu'il n'y avait pas de queue généralement déterminable, mais lorsque, connue dans la fig. 3, il existait une par- tie postérieure bien accusée, le plasma s'y concentrait et y prenait la teinte cendrée ca- ractéristique. Le noyau (fig. 5) était globuleux ou plutôt très légèrement ovoïde, très pâle, quelque peu souple et déformable et renfermait un nucléole compact, bleu clair, cendré, noyé dans le suc cellulaire peu abondant. A»ia'ha goiyojiia spec. nov. Cette Amibe se trouvait en très grande abondance au mois de mars de cette année dans un étang de Florissant. Je l'ai récoltée également, mais une fois seulement, à 35- 40 mètres de profondeur dans le lac de Genève. Sa forme au repos est en principe globuleuse, mais à peine exposée à la lumière, elle déploie ses bras et prend l'aspect représenté par la fig. 1. C'est du reste le plus géné- ralement sous cette dernière forme qu'on la trouve même au repos. Si l'on suit alors un instant l'animal, on le voit prendre les apparences les plus va- riées, développer dans toutes les directions de l'espace des bras généralement peu nom- breux, et posé, pour ainsi dire, tantôt sur les uns tantôt sur les autres, il se meut à l'aventure, d'une marche lente, comme une araignée sur ses pattes, ou parfois en roulant GENRE AMŒBA 79 en apparence sur ses pseudopodes. Ces derniers, pendant ce temps, sont dans une trans- formation perpétuelle ; ils s'allongent, se raccourcissent, rentrent dans la masse commune pour renaître ailleurs, ou se meuvent tout d'une pièce en explorant le liquide ambiant, et la forme générale se modifie sans cesse. L'animal prend volontiers, par exemple, l'aspect d'une croix, ou plutôt celui que l'on voit représenté par la tig. 2 où il n'j' a plus que de longs bras, le corps central étant réduit à une quantité presque négligeable. Il aime aussi à se fixer par un de ses pseu- dopodes sur un objet quelcon- que ou sur des débris végé- taux, tandis que les autres bras se développent comme des tentacules et le font res- sembler à une bj'dre (fig. 7) ; dans la fig. S, il ressemble à une coupe posée sur le sol. Pendant toutes ces trans- formations les bras gardent trois caractères que l'on peut considérer comme spécifi- ques : 1" Ils sont toujours ar- rondis à leur sommet, jamais pointus comme ceux de VAinœha radiosa ; 2" cbacun pris à part peut être regardé comme étant partie intégrante du plasma somatique plutôt que comme un pseudopode bien spécia- lisé; et toutes les inclusions et grains brillants de l'endosarc y pénètrent et circulent jus- qu'à leur extrémité ; 3" ils sont, dans leur généralité, de même largeur de la base au som- met et arrondis sur toute leur longueur. La description qui vient d'être donnée ne concerne cependant que l'animal considéré à l'état de repos ou de marche lente. Tout change lorsque la progression doit être plus rapide. On voit alors quelques pseudopodes se rétracter sur eux-mêmes, le courant axial qui les parcourt marchant de leur extrémité à leur base, tandis que d'autres s'étalent, conriueiit les uns dans les autres, se fondent en une seule masse, et enfin nous avons une Amwha gorgonia. — 1. Forme de repos. — 2. Autre forme; loco- motion lente. — 3. Marche rapide. — 4, 5, 6. Différents aspects dans la marche lente; en 6, passage à la marche rapide. — 7. In- dividu attaché au sol par un bras. — 8. Animal reposant sur le sol par une base plus large. — 9. Noyau. 80 FAUNE RIII/OrODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Amœha Umax, parfois ménie pourvue d'une houppe caudale déchiquetée, (jui se met à marcher droit devant elle d'un mouvement accéléré. Le plasma ne présente pas de traits particuliers. Dans son intérieur on voit des petits grains hrillants qui peuvent courir, connue nous l'avons vu, jusqu'à l'extrémité des bras, et qui parfois sont renfermés dans de petites vacuoles ; puis des résidus de nourri- ture, sous forme de très petites boulettes entourées aussi de vacuoles et qui, dans les individus examinés, semblaient provenir des chromatophores de petites desmidiées qui remplissaient l'étang- par milliers. Il existe une vésicule contractile qui, lorsque la masse du plasma central est réduite à peu de chose par suite du déploiement des pscudojjodes, fait fortement saillie au dehors avant la systole. Grâce à son volume elle ne pénètre jamais dans les bras, non .plus que le noyau. Ce dernier est globuleux, possède une membrane très fine et une zone étroite de suc nucléaire entourant un nucléole central, grand, clair, finement pointillé et creusé de quelques vacuoles. Dans la figure 9, ce noyau est comprimé et la marge de suc nucléaire se montrait plus large qu'elle ne l'est sur un noyau à son état normal. •■ Ij^ Amœha (/orgoriia est assez variable de taille; à l'état représenté parla figure 1, elle a environ 100 [ji. Peut-être faudrait-il rapprocher cette Amibe de celle que Frenzel a décrite sous le nom de Stijlamœha scssiUs. Frenzel la donne connue un lîhizopode fixé, lequel aurait deux pôles, le pôle du pédoncule et celui des pseudopodes ; phj'siologiquement parlant, cette Amibe serait à rapprocher d'une Acinète. Le noyau, vu seulement après l'action de l'acide acétique, renferme un inicléole central; la vésicule contractile n'a pas été ob- servée. Les dessins concernant la Stijlamaèa sessiUs rappellent l'individu représenté ici par Ia figure 7. Je serais porté à croire que Frenzel a vu un peu plus loin qu'il n'aurait fallu, et que la Stylamœha sessilis ne diffère pas autant qu'il le croit des Amibes ordinaires ; mais les rapprochements qu'on pourrait faire entre elle et V Amœha f/orf/onia ne me l)araissent pas assez certains pour identifier ces deux espèces l'une à l'autre. GEXIÎE AMŒBA SI AiiKrJta hijlohatcîi spcc. iiov. L'Amibe qui vient d'être décrite était remarquable par la bizarrerie de ses formes ; celle-ci est sous ce rapport encore plus extraordinaire. A l'état de repos absolu, on la trouve le plus souvent sous la forme d'un buisson touffu ou d'une mûre. Mais à peine se met-elle en mouvement qu'elle commence à prendre les apparences les plus fantastiques, qu'on pourrait comparer tantôt à un petit singe, tantôt à un chameau, à une croix, etc. Comme la précédente, elle déploie des bras arrondis, mais généralement plus longs et moins nombreux, rarement plus de G, et souvent légèrement gonflés au sommet (fig. 5). Pen- dant la marche ces bras se défor- ment continuellement, en tâton- nant de tous côtés. Les fig. 1 à 4 donnent quelques-unes des défor- mations d'un même individu dans l'espace de dix minutes; dans la fig. 4 en particulier, l'Amibe est fixée au sol par un seul point, en relevant dans le liquide ses quel- ques pseudopodes. Tout l'animal revêt une teinte d'un vert cendré, à laquelle contribuent des myriades de très petits grains verdàtres, sans formes cristallines, qui remplissent le plasma comme d'une poussière. La vésicule contractile est de taille normale. Quant au noj'au, il est un des plus curieux que l'on trouve chez les Rhizopodes. Son volume est de 20 i^. environ, sa forme sphérique. La membrane nucléaire est très fine, mais bien nette. Le nucléole, pâle et cendré, se montre toujours et sans exception sous la forme d'une demi-sphère, parfois arrondie sur .ses bords terminaux, comme dans la fig. 8, mais beaucoup plus souvent tronquée brusiiuement par une ligne (jui figurerait l'équateur du noyau (fig. 7); quelquefois on y voit deux pointes ou cornes latérales à peine dessinées (fig. S). L'autre hémisphère du noyau est creux, mais alors bien souvent on voit les con- Amœha hylohates. — 1, 2. 3. 4. Le même iiiiliviilu, à diflërents états. — 5. Autre imlividu. — G, 7, S. Noyau. 82 FAUNE RIIIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN tours (lu nucléole se prolonger en une ligne très fine et rester visibles sur un cercle com- plet (fig. 6 et 7), cercle limité par une zone étroite et annulaire de suc nucléaire. En résumé on pourrait comparer cette apparence à celle que présente la lune à son premier quartier, ])ar une belle nuit et lorsque la lumière cendrée éclaire pourtant la moitié sombre de notre satellite et permet de le voir se détacber du ciel ; ce dernier serait alors représenté dans notre noyau par la marge de suc nucléaire. Mais un fait curieux également réside dans la présence, non pas nécessaire, mais que Ton peut constater dans le 50 % des noyaux examinés, d'une petite masse de plasma l)iïle, biconvexe, accolée à la ligne circulaire qui semble fermer la spbère dessinée en partie par le nucléole, et cela juste au pôle libre de cette spbère (fig. 7). En d'autres termes, on pourrait encore comparer le nucléole à une mappemonde dont on aurait d'abord retrancbé un des bémispbères tout entier ; puis on aurait mis l'autre bémispbère dans un globe de verre de capacité juste suiïisante, mais après avoir collé à la paroi interne de ce ballon et à sa place naturelle, la zone des régions polaires à i)artir de SO degrés, prise sur riiémisphère retrancbé. Tous les noyaux que j'ai examinés attentivement, c'est-à-dire plus de vingt, ont montré absolument le même type de nucléole (voir note 10). Quant au plasma de ce der- nier, il renferme toujours dans son intérieur des lacunes ou lumières, tantôt sous la forme d'une grande vacuole accompagnée d'autres très petites, tantôt montrant plusieurs va- cuoles de taille variable. VAiiiœhahylokdcs lient pas d'une taille ti'ès forte, mais elle arrive, grâce à ses longs bras, à une longueur assez considérable ; la fig. 1 représente un individu de 200 jj., la fig. 5 im autre de 250 «. Elle s'est trouvée en quantités considérables, aux mois de mars et d'avril derniers, dans le marais de Bernex. GENRE AMŒBA 88 Dans une autre localité, à l'Asile des Vieillards, j'ai retrouvé en assez grande al)on- dance une Amibe que je crois devoir rapprocher de la précédente, bien qu'il faille la con- sidérer comme une variété distincte qu'on pourrait appeler simjyhx. Elle en diffère par sa forme, qui est pres(iue toujours celle d'une limace ; parfois ce- pendant je l'ai vue développer quelques pseudopodes arrondis et courts, mais en sonuue jamais elle n'a revêtu l'aspect caractéristique de YAmœha hylobates. A part la configuration générale, tout coïncidait avec cette dernière, la taille, la teinte, les inclusions, la vésicule contractile, et surtout le noj^au, parfaitement identique à ce que nous venons de décrire. La fig. 2 représente un noyau où l'hémisphère mi- cléolaire est vu d'en haut, aussi parait-il tout à fait rond. La fig. 1 montre un ani- mal rampant sur une grosse bulle d'air qui s'était formée sous le couvre-objet; on le voj'ait très bien alors, par transparence, adhérer à la bulle par la surface inférieure de son corps, avec des petites expansions qui semblaient particulièrement destinées à fixer l'animal. Il glissait alors d'un mouve- ment régulier, les courants de l'endosarc amenant d'un jet continu des ondes de plasma qui se déversaient en avant, tandis que la partie postérieure de l'animal était peu à peu entraînée. Cette même région du corps porte une diatoméc prête à être expulsée et renfermée dans un petit sac à mem- brane protoplasmique. J'ajouterai que ce même individu, après avoir rampé un instant devant lui sur sa bulle, s'arrêta, souleva son extrémité antérieure en tàtaiit le liquide, parut se recueillir une minute, puis la queue devint la tête et vice versa, et l'animal repartit en refaisant le chemin parcouru. La fig. 3 montre une vésicule contractile au moment de la systole, et où pénètre le plasma venant de l'intérieur, tandis qu'à l'extérieur, où se trouvent des centaines de gra- nulations très petites, aucune réaction quelconque ne se produit permettant de supposer une expulsion de liquide (voir note 11). Amœha hylobates, var. simplex. — 1. Individu ram- pant sur une bulle d'air. — 2. Noyau. — 3. Vési- cule contractile pendant la systole. On voit à l'ex- térieur des petites granulations libres, qui ne sont pas chassées par la systole. 84 FAUNE RIIlZOrODIQUE DU liASSIX DU LÉMAN Amœha vitrera Hertwig ot Lesski! sj)i'c. (57). Dactylosphœrium cUrcemn Hertavig et liESSER (57). Amœba polypodia F.-E. Schulze (1(17). Cette Amibe est l'une des espèces, peu noiiiln'eusos, (pie Ton i)eut identifier d'une manière certaine avec les descriptions des auteurs. Elle a été décrite presque en même temps par Her'I'WIG et Lesser (1S74) et F.-E. Schulze (1875). D'après les premiers de ces observateurs, le corjjs est arrondi, formé d'un plasma homogène transparent, rempli de grains verts ou jaunes. Les pseudo- podes sont coniques ou digités, rayonnant dans toutes les direc- tions. La surface est générale- ment, mais pas toujours, recou- verte d'un manteau de petites aspérités. Schulze ne mentionne pas la présence de ce recouvrement sétiforme, que je n'ai pas re- ti'ouvé non plus. Mais je ne crois pas (ju'il y ait lieu de douter de l'identité des deux formes trou- vées par ces deux observateurs, d'autant plus qu'une des figures, qui s'applique à la variété rugueuse, semble faire croire que Hertwig et Lesser ont pu réunir à cette espèce la Diiiamœba mirahilis de Leidy. Considérant qu'il serait actuellement prématuré de séparer cette espèce des Amibes ordinaires, je la traiterai, de même que Schulze, connne telle sous le nom iV Amœha. V Amœha vitrœa se rencontre la plupart du temps sous une forme assez régulière- ment étoilée (fig. 1). Le corps central, arrondi en dôme, se dirtérencie alors nettement de la zone des pseudopodes qui l'entourent. Il renfenuc toujours une grande quantité de petits grains jaunes, qui ne pénètrent pas dans les bras, mais remplissent tout l'endosarc. Amœha vitrxa. — 1, 2, 3. Formes diverses. — 4. Noyau. GENHE .\:\KEBA Nf) Ce dernier, en outre, contient presque toujours un nomlji'e assez (■onsi(lérul)Ie de boulettes de nourriture, souvent dans des vacuoles, puis des débris de toute sorte, i)arfois même des pierres, qui obscurcissent le corps central et ne le font guère s'accorder avec la qualification de vitrœum que Hert\\'ig et Lesser lui ont appliquée. Il existe une vésicule contractile u. c'est-à-dire bien inférieure à celle de VAinœha veyHirtiUo. Les trans- formations que peut subir FAniibe ne sont pas indiquées. Si Ton y ajoute (pie la tigure donnée par Mereschkovsky est encore moins explicite que le texte, on conviendra que ce serait plutôt introduire de l'obscurité dans le sujet que de réunir sous un même nom deux formes que plus tard on pourrait trouver n'avoir rien à faire l'une avec l'autre. Leidy, de son côté, a donné trois figures (tig. 22, 23, 24, pi. IV), (pi'il rapporte à « une Amibe incertaine, mais probablement variété de ^-1. proti'm, » et dont il ne dit rien de plus, mais qui, par contre, me semble devoir, avec quelque probabilité, se rapporter à YAmu'ha respertUio. Entin Parona (84) décrit une Amœha (VKjHala qui présente de grandes analogies de forme avec les trois figures de Leidy ; mais l'observateur italien n'est pas plus explicite que Mereschkovsky, et rien n'est moins certain que l'identité de ces différentes espèces. VAmœbavespcrtilio n'est pas très rare; je l'ai trouvée dans un grand nombre de stations, entre autres à la Pointe-à-la-Bise, à Gaillard, à IJernex, à liouelbeau et à l'Asile des Vieillards. Sa taille est très variable; dans les individus à pseudopodes courts, comme par exemple dans la fig. 5, elle est le plus généralement de 70 u. Elle est excessivement changeante, mais cpiel que soit son aspect, et sauf exception toujours temporaire, les pseudopodes ont toujours nne forme conique, anguleuse; leur extrémité est en principe acérée; mais parfois la pointe peut s'arrondir pour un instant. Le plus souvent on la trouve sous la forme représentée par la fig. 5, rappelant une patte de canard ou une aile de chauve-souris; ou bien fréquemment sous la forme 2 ou 1, mais il faudrait pour ainsi dire épuiser toutes les combinaisons possibles pour indi- quer les divers aspects de l'espèce. Quand l'animal a la figure d'une patte d'oie, il est toujours considérablement aplati, surtout en avant; mais dans les autres formes qu'il est susceptible de revêtir, il peut devenir très épais et, par exemple, se dresser counne l'in- dividu rejjrésenté par la fig. (i, (jui ne tient au sol ({ue par un i)ied étroit. 94 FAUNE KHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN Mais la forme extrême à laquelle cette Amibe peut parvenir est la forme étoilée (fig. 3), qui semble être celle de repos complet et telle qu'on la trouve rarement, et pour peu de temps seulement. Il est pour ainsi dire impossible alors de distinguer cette Amibe de YAiiKvha rad'iom, et il faut attendre, pour s'assurer de son identité, qu'elle entre dans une phase différente. C'est ainsi que l'individu représenté par la tig. 4 et dessiné dans son état étoile, mais au moment oîi ses pseudopodes perdaient leur rigidité et se rétrac- taient, passa peu à peu à l'apparence de la fig. 5; la fig. 2, au contraire, montre un exemplaire qui, peu à peu, en arriva à la forme 3. En sonnne, on voit que dans cette Amibe il existe deux états, l'état anguleux, le plus habituel, et l'état raj'onné plus rare. Pendant la marche Amœba vesperlilio. — 1. 2. Formos habituelles, en marche lente. — 3. Et;\t vQiiiflp niii co ramiro- de repos. — 4 et 5. Passnge de l'état de repos à l'état de marche rapide. On ^ ; 1 ' 11 voit, attachés à cet individu, des filaments parasites. — 6. Individu dressé d^f. touiours de la sur le sol. — 7. Noyau. forme indiquée par la fig. 5, il ne se produit i);is de houppe véritable en arrière, mais le plasma y change de consistance et y devient remarquablement gluant. Il porte alors très fréquemment des débris de toute sorte, des diatomées, etc. ; à la Pointe-à-la-Bise, dans les liippuris du ri- vage où les vagues jettent continuellement des poussières de sable fin, les individus traî- naient souvent une grosse pierre brillante agglutinée à leur queue. Comme inclusions du plasma, on remarque presque toujcnirs un grand nombre de grains verts extrêmement petits, puis souvent des grains d'excrétion plus gros. On y cons- tate également toujours la i)résence d'un noyau sphérique, à grand nucléole compact et GENRE AMŒBA 95 tout couvert de points très petits qui probablement représentent des vacuoles ou lacunes en nombre immense. Dans un individu, j'ai trouvé un jour deux noyaux. Il existe le plus généralement une vésicule contractile, souvent deux ou trois, dont l'une semble être la principale et arrive à un volume plus considérable, puis en outre, presque toujours, un assez grand nombre de vacuoles disséminées par-ci par-là et qui apparaissent et disparaissent comme si elles jouaient le rôle de vésicules contractiles. Il me reste à parler de certains appendices que l'on voit représentés dans les fig. 4 et 5. Ayant trouvé un jour une Amœha vespeHilio rayonnée, et dont trois des bras se distin- guaient des autres par des contours plus réfringents et un certain renflement à leur base, en même temps qu'ils semblaient implantés dans un coussinet formé par l'ectosarc, je ne tardai pas à constater que, tandis que les bras se rétractaient les uns après les autres, ces appendices restaient absolument inertes et rigides. Puis l'Amibe prit la forme angu- leuse représentée par la fig. 5 et partit en abandonnant ces faux pseudopodes qui restè- rent sur place, complètement immobiles ; cette même fig. 5 montre un de ces appendices encore relié à l'Amibe par une poussière à peine visible de matière visqueuse. En les examinant plus minutieusement, je pus m'assurerque ces appendices, creux, renflés à leur base et s' effilant en une pointe acéi'ée, possèdent une membrane à double contour d'appa- rence cellulosique et représentent sans doute des parasites analogues à ceux que nous avons vus chez VAmœba nobilis, tout en se rapportant à un type spécifique dittérent. Ce qu'il y avait de singulier dans l'individu en question, c'est qu'il portait ces para- sites comme des rayons qui semblaient lui tenir lieu d'organes de protection. Amœha spumosa Grubee. Nous avons vu qu'il n'était guère possible d'identifier V Amœha vespertiU.o avec V Amœha angulata de Mereschkovsky. Peut-être l'Amibe que je vais décrire s'en rap- proche-t-elle de plus près; mais comme elle est surtout caractérisée par la présence constante de grandes vacuoles, elle me parait plutôt se rapporter à V Amœha Hpiimosa de Gruber dont elle ne différerait que par ses contours le plus souvent anguleux et par une taille supérieure. 96 FAUNE EIIIZOrODIQUE DU RASSIN DU LÉMAN Tous les exemplaires, en nombre restreint, que j":ii examinés, provenaient du marais de Bernex. Ils variaient entre 50 et 12") a de diamètre à Tétat habituel rei)résenté par la figure. La forme était celle d'une patte d'oie, du moins peiulaiit la marche rapide. La par- tie antérieure était alors élargie, étalée et garnie de lohes généralement pointus. Parfois cependant il s'3' produisait des expansions lobées, cou- lantes, mais qui finissaient ai)i-ès (pielque temps par s'appointir. Pendant ce temps, la i)artie])ostérieure. plus étroite, se montrait formée d'un })lasma cendré, plus concentré, et se garnissait de mamelons arrondis, mais sans former de véritable houppe. On voyait également sur le corps quelques lignes très fines, longitudinales, qui seudjlaient être l'indice de la ditterenciation de l'ectosarc en une pellicule extraordinaireuient mince, mais sans (pie j'aie pu m'assurcr de la réalité du fait. Le plasma renfermait toujours une grande quantité de vacuoles, de grandeurs diver- ses et i)arf()is atteignant jus(iu"ii 30 ij. de diamètre. Ces vacuoles, sans être suffisamment serrées pour donner lieu à une structure alvéolaire, lorsqu'elles venaient à se t(uicher éclataient quelquefois les unes dans les autres pour en former de plus grosses. Je n'ai pas dans cette espèce pu suivre le fonctionnement de la vésicule contractile proprement dite, mais il doit y en avoir une, car mes dessins montrent plusieurs vacuoles naissant les unes à côté des autres tout en arrière de l'animal, sans doute pour reformer une vésicule, comme cela se passe dans toutes les Amibes. Le plasma, clair, était rempli de grains brillants, mais infiniment plus petits que les gros grains caractéristi(iues de VAmwliu (jnunilosa; il ne renfermait pas générale- ment beaucoup de proies. La figure montre cependant une grosse diatomée à la partie postérieure de l'individu, et accompagnée d'une immense vacuole qui plutôt qu'une vacuole de nourriture devait être une vésicule contractile. En effet, après avoir quitté cet individu un instant pour le reprendre un peu jtlus tai'd. je lu' trouvai plus cette grande CKNKK ,\M(K1!.\ !»7 vésicule, mais bien trois autres plus petites qui se fonnaieiit à la même ])lace. sans doute pour éclater les unes dans les autres et n'en faire plus qu'une seule. Le noyau, la plupart du temps bien visible, est souple et change de forme d'un mo- iiK'iit à l'autre comme celui de VAiiKt'hii liiuu.r. etc. La membrane nucléaire est fine mais bien nette, et renferme un gros nucléole comi)act, pâle et cendi'é, entouré d'une marge plutôt éti'oite de suc nucléaire. Connue il a été dit plus liant, ce n'est pas sans liésitation (pie je crois devoir assi- miler cette Amibe à VA)ii(rha sj)/iiiiosa de Grure?.. Voici (jnelle est la diagnose de ce dernier : « Longueur 0,(»"2ô mm. Ici les grains (caractéristiques de YAmœha fimtuiloso) « manquent complètement ; par contre le plasma est rempli d'iwie quantité de vacuoles « petites ou grandes, qui lui domient un aspect écumeux. Noyau vésiculaire. Les pseudo- podes sont des expansions émoussées. » Il n'y a donc guère que la forme des expansi(ms pseudopodiques qui diffère dans ct's deux espèces. (tRtibrr figure également un noyau à diff'éi-ents états de détormation et absolument identitpie à celui fpie j'ai ti'ouvé moi-même. Aniii'lni relata PaRONA (84). Parona a décrit sous ce nom une petite Amibe à « corps transparent, incolore, à « endoplasma peu granuleux, avec imcléus très visible et arrondi. Vésicules contractiles « grandes et bien distinctes. Exoplasma sans structure ; pseudopodes lamelliformes très « minces, arrondis sur les bords et faits à la manière d'un voile, dans lequel on remarque « en formation d'autres pseudopodes plus petits et mamelonnés. Les granulations de « rendo])lasma se meuvent très vite dans l'intérieur delà masse, et rapides aussi sont les « mouvements de toute l'Amibe. » Bien que Parona ne soit pas plus explicite à ce sujet, il me semble certain, tant d'après la description de cet observateur (pie d'après les figures, ([ue l'on doit sans liésita- tion rai)]iorter à cette espèce une Amibe (pie j'ai trouvée en assez grande abondance et en différentes saisons, soit à la Pointe-à-la-Bise soit au Bois de la Bâtie. La plupart du teuqis on la rencontre avec l'apiiarence indi(piée par les fig. 1 et 2 a. 13 98 FAT'NE miIZOrODIQT'E DU lîASSIN DU LKMAK et qui rappelle celle d'un CocUiopodimn ou d'un Ht/alodimis (rMhkundm); mais même sous cette forme et du premier coup d'dùl elle se distingue facilement de ces deux orga- nismes, du premier par le manque de toute enveloppe ponctuée, du second par l'absence de couleur rouge et du mouvement de brassage intérieur qui caractérise cette espèce. Il existe d'ailleurs l)ien d'autrt's différences, noyaux, vacuoles, etc., sur lesquelles il est inutile d'insister. VAmœla relata rampe sous cette forme connue une vague de plasma, en étalant de- vant elle et sur ses côtés une large nappe d'ectoplasme clair. En arrière elle est dépourvue de marge; le plasma s'y concentre, y devient glu- tineux et se couvre par- fois, mais pas toujours, d'aspérités (lui lui font un commencement de bouppe caudale. Mais le caractère le ])lus distinctif de cette espèce, c'est la présence très babituelle d'un pseu- dopode de nature spéciale et qui temporairement au moins remplit les fonctions de tentacule. Ce tentacule prend naissance de la manière sui- vante : Si l'on suit un instant dans son évolution un individu pareil par exemple à celui que re})résente la fig. 2, on voit bientôt s'y dessiner à la limite du plasma central et de la marge byaline d'ectosarc, une ligne onduleuse ou arquée, qui marque en réalité les con- tours d'une petite vague de plasma clair produite à cet endroit. Cette vague s'avance alors et empiète toujours plus sur la zone hyaline de ceinture (fig. 2 h), sur laquelle on la voit se détacher franchement ; puis elle la rejoint et la dépasse (fig. 2 c), et finalement, deve- nant plus étroite en même temjjs que ])lus longue, c'est un véritable pseudopode allongé, cylindrique, jamais ramifié (fig. 3 et 4), qui pointe en i)lein liquide et en avant de l'Amibe. La fig. 5 montre un individu vu de côté et le i)seudoi)0(le antérieur déployé en tentacule Ama'ha irlala. — 1. Marche rapide. — 2. a. h. c. L'ormation du psinido- pode tentaeiiliforme. — 3. Le même, avec tentacule déi)loyé. — 4. lin autre, avec deux tentacules. — 5. Le même que fig. 3, vu de côté. — G. Le même un instant plus tard ; à gauche il a atteint par son tenta- cule la paroi du couvre-objet; à droite il a quitté le porte-objet imur passer au covcr. — 7. Noyau. GENIÎE A>I(KI1A <)<) et dirigé vers le liant. Un jour sur un individu arrondi et trau(|uilie. j'ai \u un second pseudopode de même nature se former en arrière en même temps (pi'il s'en pioduisait un en avant, mais le fait doit être rare (fig. 4). Le pseudopode antérieur normal ne sendile d'ailleurs pas garder bien longtemps sa nature de tentacule, nuiis bientôt il s'abaisse et s'étale à terre, devenant alors pseudopode véritable. Il faut ajouter que parfois le pseu- dopode arrive à une longueur plus considérable que les figures ne le représentent ici ; l'individu représenté fig. 4, par exemple, allongea les deux pseudopodes opposés l'un à l'autre, que l'on voit dessinés, et cela si bien qu'il prit ra])parence d'un ver, renflé simple- ment en son milieu par le plasma central, en même temps que les inclusions, diatomées, etc., de ce plasma pénétraient dans ces nouveaux bras. Cet individu ne resta d'ailleurs (lue peu de temps sous cette forme et reprit bientôt celle d'un Hyalodiscus. La tig. 6 montre le même exemplaire que celui de la fig. 5, mais examiné (piebpies minutes plus tai'd. Cet animal avant rencontré par l'extrémité de son tentacule dressé la paroi du couvre-objet, s'y fixa par cette pointe qui bien vite s'étala en prenant une forme discoïde (fig. 6 à gauche), puis une fois bien attachée attira à elle tout le reste de l'indi- vidu, lequel se détacha tranquillement du sol et, suspendu un instant dans le liquide, alla lentement rejoindre le couvre-objet (fig. (i à droite). Quant à l'endoplasma dans cette espèce, il est généralement assez pur et clair lors- qu'il ne renferme que les petits grains jaunâtres que l'on y voit toujours en grand nombre; mais très souvent on trouve dans cette espèce une grande abondance d'inclusions et de proies de toutes sortes qui en rendent l'examen plus difticile. Le noyau est relativement peu v((luniineux, sphérique et à grand micléole central compact (fig. 7). On ne le voit souvent (pi'avec peine, à cause des inclusions diverses dont nous venons de parler. Il est extrêmement rare (pie Ton ne trouve (pi'une seule vésicule contractile; norma- lement il en existe plusieurs, 2, 3, 4 et rarement plus de 5. C'est cequePAR(jXA a égale- ment constaté dans cette espèce. 100 FAUNE RHIZOPODK^trK DC DASSIN Dl' LKMAX AiiKilxi alrcdhifa'^ Meheschkovskv (.si ). Il est regret table que Mekescukovsky, dans les différentes Amibes (iiril a décrites, ait presque toujours donné des renseignements si vagues, (|ue Ton ne peut guère espérer recoiuiaitre les espèces. Pour ce (|ui conci'rne son Aiiurlin idrcuhifa. il la caractérise de la manière suivante: « Forme très variable. Le contenu est pres(iue entièrt'ment foruu'' d'une grande (juantité « (plusieurs dizaines) de vacuoles assez grandes, si bien serrées les unes contre les autres « que de tout le proto])lasma il ne reste guère qu'un réticule. Deux sortes de grains inter- « nés, petits, d'autres plus grands en faible (piantité (4), régulièrement arrondis et très « réfringents. i)robablement des gouttes d'buile';' — Xo.vau petit. » L'auteur ne se raj)- pelle pas s'il existe une vésicule contractile. Il indicpie la taille de son Amibe comme « très forte, » à peu près 0,021 mm. IMais ces 21 y. m^ représenteraient qu'une très petite Amibe. Probablement y a-t-il une erreur d'impression. L'Ami])e (pie j'ai rencontrée moi-même à dittërentes reprises et dans deux localités, le lac de Genève à oO mètres de profondeur et le marais de Lossy, n'a guère de connuun avec la descrii)tion de Mereschkovsky (pie la présence constante de grandes vacuoles, mais à défaut de renseignements plus détaillés sur les autres caractères distinctifs, il n'y a pas de raisons pour supixiser que ces caractères digéreraient dans les deux Amibes, et je ne crois pas devoir les séparer l'une de l'autre. U Amœba ahrolata, telle que je l'ai récoltée, est caractérisée par une tendance ex- ceptionnelle à la formation de grandes vacuoles (pu remplissent le corps presque entier, mais, il faut le reuuir(iuer, en gardant toutes leur f(»rme parfaitement si)liéri(pie, c'est-à- dire sans se comprimer les unes les autres. Ces vacuoles sont de grandeurs diverses, gé- néralement volumineuses et en petit nombre. Elles occupent parfois un espace si c(jnsidérable dans le ])]asnui que ce dei'iiier est refoulé et ne figure plus jxtur ainsi dire qu'un réticule ou un cadie (pii enserrerait les vacuoles. Bien que changeant peu à peu de taille et disparaissant lentement du plasma, tandis qu'il en vient d'autiTS à leur place, on ne peut pas dans leur ensemble les assimiler à des vésicules (iKNKK .UKKHA 101 contractiles. Mais il en est une qui fonctionne alors particulièrement couiuie telle et par- fois même c'est la plus grosse. Elle peut arriver à une taille énorme; la grande vacuole de la tig. 2 par exemple, devint encore plus volumineuse qu'elle n'est représentée, puis éclata ou plutôt se vida, comme une vésicule contractile ordinaire, mais à moitié seulement. Dans cotte espèce le plasma est presque toujours plein de granulations claires très petites ; les inclusions plus grandes et les proies sont, grâce à cette tendance à la vacuo- lisation, conteimes dans de grandes vacuoles, coimiK' on le voit dans la tig. 1 et 2, où les va- cuoles renferment de petites diatomées. J'y ai trouvé également un jour un gros globule bril- lant pareil à ceux dont parle Mereschkovsky. (^)uant aux pseudopodes, ils sont presque toujours très courts, lobés et conicpies (tig. 2), rai-ement plus allongés (tig. 3) ; la tig. 1 montre un individu au rejios et arrondi. Le no3'au est sphériijue et renferme un nucléole central compact, très distinct et peu volumineux. Le nucléus lui-même tout entier est d'une taille remarquablement faible rela- tivement à celle de l'individu, mais ([uand on songe (pie les vacuoles occupent un espace souvent supérieur à celui du plasma, on ne trouve plus lieu de s'étonner de la taille mi- nime du noyau, qui après tout est encore en rapport avec la masse du plasnui dans cette espèce. Ce nucléus se voit noyé le plus souvent au milieu des vacuoles connue un être à part; d'autres fois il est fortement l'ejeté de coté par ces vacuoles mêmes, comme dans la tig. 4 où l'Amibe n'était plus guère cpi'une paroi autour d'une iunnense vésicule, cette dernière d'ailleurs flanquée d'autres beaucoup plus i)etites. La i)lupart des individus arrivaient à un diamètre de 60 à 80 u. Au nuirais de Lossy, en même temps que des individus de cette taille, il y en avait de beaucoup plus petits, qui m'ont paru être des jeunes. Dans plusieurs occasions, j'ai iiu constater (lue l'ectoplasme, dmaï Anidiia alrmlata. Amœha nlceolata. — 1. Au rei)os. — 2. Mar- che lente. — 3. Marche raiiidc. — 4. Autre individu au repos, avec une vacuole très vo- lumineuse. 102 FAl'XE KlIIZoroDiyrE l)i; liASSlX I)(: LÉMAN était limité par uiil' liiniie claire et nette, et paraissait durei en une véritable pellicule à double contour, (pii semble montrer dans cette espèce un acheminement vers le type Amœha terrico/a. où Fectosarc est revêtu d'une membrane. Mais ici le fait est bien moins apparent que dans respèce dont la description va suivre. Aiuirha c'itrhia spec. nov. La plupart des exemplaires de VAinrrha alrcoUita avaient été récoltés dans le lac de Genève où ils vivaient, connue tous les lîhizopodes de cette provenance, dans la couche brune et veloutée qui tapisse le fond sur de vastes espaces, et que Forel a appelée le « feutre organique. » L'Amibe dont il va maintenant être question s'est rencontrée exclu- sivement dans ces mêmes stations, où j'en ai trouvé (]uelques exemplaires à deux reprises différentes, en octobre 1900 et en avril 1901. Elle présente à première vue d'as- sez grandes analogies avec VAmtvla alreolutu. aussi les avais-je primitive- ment réunies, mais un examen plus approfondi m'a montré qu'il fallait les séparer. U Amœha citrhia est i)lus grande que la précédente; son diamètre est environ de 130 /a. Elle est très légèrement teintée d'une nuance jaune citron délicate, mais qui ne semble pas devoir être toujours présente '. La forme se départit très peu de ses contours arrondis; l'ectosarc entoure le corps ' J'ai le souvenir d'avoir rencontré quatre ou cinq de ces Aniilies, mais mallieureusemenl mes notes et mes dessins ne se rapportent qu'à deux individus ; dans l'un d'eux la nuance citrine iMait très accusée, quoique très délicate; quant à l'autre, mes notes ne disent rien. Cesl celle qui avait été trouvée la pre- mière, en octiilire 1900. et la mémoire me fait défaut au sujet de cette coloration. Amœba citrina. — 1. Forme habituelle. — 2. Une partie de l'animal, plus grossie. — 3. Noyau. — 4. Marche rapide. — 5. Cristal renfermé dans le plasma. GENRE AMŒRA 103 coinnip (riine ceinture hyaline étroite, et de temps en temps s'élargit localement en une onde (|ui se répand lentement sur les côtés de l'animal; mais jamais cette onde ne semble s'allonger en un véritable pseudopode, et sur l'individu le plus longtemps examiné, le maxinmm de déformation a été celui que représente la tig. 4. Ce peu de dispositions à la formation de pseudopodes est en rap])ort avec l'existence d'une véritable peau ou cuticule extraordinairement iine, simple durcissement, si l'on veut, de l'ectosarc, mais homologue à la membrane beaucoup plus nette de VAnurha ter- ricohi. Cette pellicule est d'ailleurs si peu apparente sur le vivant, qu'on peut fort bien ne pas la remarquer; mais sur un individu resté longtemps dans de la glycérine addition- née de carmin, on pouvait voir très nettement la peau fine et résistante, avec de petites plissures. Quant au carmin, après plusieurs heures on n'en voyait pas encore trace dans l'intérieur, et ce n'est qu'après 18 heures que la matière colorante eut pénétré suflisam- ment pour colorer faiblement le noyau. C'est là un phénomène parfaitement identique à ce qui se passe dans VAmœha terrkola. Le plasma lui-même est prescjue en entier représenté par des vacuoles, serrées les unes contre les autres et prenant parfois, grâce à leur compression réciproque, une struc- ture alvéolaire. Toutes ces vacuoles s'arrêtent sur les contours du corps en une ligne très franche, qui les sépare nettement de l'ectosarc (fig. 2). Il faut observer cependant que ces vacuoles, si elles existent toujours, sont en même temps très délicates, et que sur l'un des individus spécialement examinés, elles ne se dis- tinguaient presque pas lorsque l'animal prenait sa forme de repos pres(iuesphérique; mais une compression légère suffisait pour les montrer nettement. Le plasma renferme encore une quantité immense de tout petits grains brillants, arrondis, de 1 /ji à peine, rassemblés entre les vacuoles comprimées, ou noyés dans les parois mêmes de's alvéoles; déplus un certain nond)re de globules plus gros, réguliers, très brillants; quelques proies sous forme de diatomées; enfin dans l'un des exemplaires, on voyait un cristal incolore, parfaitement limpide, à facettes nettes et parfaites, et d'une grandeur remarquable, de 8 à 10 ^ (fig. 5). Le plasma renferme également toujours au moins une. et le plus souvent deux ou trois vésicules contractiles, qui fonctionnent normalement mais d'une manière paresseuse. On les distingue facilement des vacuoles ordinaires en ce (jue jamais elles ne ])articipent 104 FAUNE r,inz()i'oi)i(,)rE Dr p.assin du i^kafax il la foniK' alvc'olairc pi'ddiiite par la coiiiijrcssioii; ollcs gardent toujours leur t'oniR' par- faitement arrondie (tig. 2). C'est là un t'ait «lui d'après mes observations, mais peut-être à (pichpies exceptions près, est général chez les Illiizopodes et semble montrer dans la vési- cule une force de tension osmoti(iue, ou de « tui-gescence, » comme disent les botanistes, considérable, qui lui permet de refouler sans se déformer elle-même les vacuoles ordinai- res (jui l'entourent. Le noyau est grand, spbéricpie, et renferme un suc nucléaii'e abondant, dans kMpiel se voient des grains ou luicléoles bleuâtres, logés surtout sous la paroi nucléaire. Dans les deux individus examinés, le noyau, bien (|ue de même tyi)e, différait en ce sens fjue l'un d'eux renfermait un nombre considérable de ces petits nucléoles, et l'autre une (|uan- tité plus faible (tig. 3), mais alors beaucoup ])lus grands. Nous avons vu que VAmœf/a alreohda. très vacuolisée, avait un noyau de faible vo- lume. h'Aniaha cifriiia. très vacuolisée aussi, en possède un très grand. 11 send)le y avoii' contradiction avec la règle générale ; mais en réalité, dans cette esjjèce, si le noyau est volumineux, la masse de la matière nudéolaire ou chromatique y est faible (fig. 3). Je reviendrai sur ce sujet dans la note 10 sur le novfiu. Anui-ha fcrricola EHl^ENBEIiO spec. (28) Amœha rerrucosa Ehrenberg 1S3S (28). Corycie (?) Du.iardin 1852 (24). Amœha natams Perty 1852 (92). Ahhi'Imi qmi(JriliiH'(da Carter (17). Thecamœha quadripartita Fromentel 1 874. Amœha rerrucosa Leidy (67). Amœha terricola Greeff (41). Amu'ha shn/I/fi(?J Greeff i. p. (41 ). Il n'y a pas d'Amibes dont on se soit tant occupé que de Y Amœha terricola. Les des- cri])tions des anciens auteurs, Emuenberg, Du.urdin, Pertv, Fromentel, ])ermettent (iENUR AMŒBA 105 déjà de recouiiaitre l'espèce dans ses grands traits, bien qu'il reste dés incertitudes ou que l'on y remarque des mélanges avec d'autres Amibes voisines. Carter a décrit une Amo'ha qiiadnlhieaia, qui re])résente sans doute en même temps YAmœla ferricola et celle qui sera décrite plus loin sdus le nom de A)U(rba striata. ("est également ce que l'on peut dire de la description de Leidy. Greeff, dans sa belle monographie des Amibes terrestres (41), a traité le sujet plus à fond et donné les renseignements les plus détaillés sur cette espèce, en même temps qu'il subdivisait ce que l'on avait pu apercevoir et traiter jusque-là connue AiikiJui vernicasa en cinq espèces, Ania'haferricoki, Amœba si- j»77/.s'. Aniœha splueroi/KcIcosKs. AdiuIki fihrilhisa et Anurha alha. D'autres observateurs entin ont étudié cette Amibe, et en tout i)remier lieu il faut citer Rhumbler, qui dans son bel ouvrage sur l'analyse des i)hénomènes vitaux dans la cellule (98), s'est occupé à diverses reprises de cette espèce intéressante entre toutes. Mais il s'en faut de beaucou]) (jue nous soyons renseignés d'une manière complète sur cet organisme; et comme j'ai pu en faire une étude assez détaillée, j'apporterai ici à mon tour les renseignements que mes observations m'ont fournis. VAmœha terricolà typique est une 7\.mil>e de grande taille, qui d'après Greeff peut arriver à un maximum de 300 à 350 ,u. C'est ce que j'ai également constaté, mais il faut dire cependant que la taille de 300 a correspond déjà à des individus très grands, qu'on ne rencontre que rarement. La feinte générale est la ])lupart du temps légèrement jaunâtre, et d'un jaune sale qui m'a semblé provenir de l'ésidus de nourriture, fragmentés en véritables poussières qui remplissent l'endosarc ; Greeff pense également que la coloration provient de la nourri- ture. Cependant on trouve souvent des individus simplement grisâtres ou complètement incolores, et dans certaines stations je n'ai rien remarqué de jaunâtre. Ce qui frappe à première vue dans cette Amibe, c'est sou apparence parcheminée, froissée ; la surface, à bords réfringents, est parcourue par une quantité de lignes qui s'entre-croisent, et que l'on ne tarde pas à voir représenter des plissements nombreux. Faxûii, après un examen plus attentif, on finit par reconnaître que l'ectosarc de l'Amibe est limité sur ses bords par une ligne à double contour, et qu'il y a là une pellicule véritable ou membrane extrêmement fine, ([ui entoure tout l'animal connue un sac fermé de toutes ]iai'ts. 14 106 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN L'existence d'une enveloppe membraneuse véritable, qui d'abord a passé pour n'être qu'une ajtparence, semble maintenant, après les recherches de Greeff et de Rhumbler, généralement reconiuie connue certaine. Mais pour beaucoup de naturalistes encore, elle ne représente qu'un durcissement temporaire de l'ectosarc, et comme cette question de l'existence ou de l'absence d'une véritable niembiaiie est d'une très grande importance pour la physiologie des llhizopodes en général, tous les faits que l'on pourra apporter tendant à confirme!' toujours plus solidement l'existeiu-e de cette membrane, mériteront d'être cités '. En premier lieu il y a l'apparence même, (]ui doinie l'impression d'une pellicule à double contour bien nette. L"api)arence est une chose il est vrai trouqjeuse, mais dans le cas présent elle semble devenir une certitude, \)-av exeni])le lorsque, en examinant la vési- • cule contractile par le côté, on voit cette dernièi-e se détacher franchement de la paroi interne de la pellicule membraneuse (voir la ])lanche relative à la note 11) ou bien encore lors(iue cettti vésicule, vue d'en haut, se monti-e i-ecouveite de lignes entrecroisées dans lesquelles on reconnaît les plissements d'une membrane (même planche, note 1 1). Cette pellicule se voit encore lorsque, au i)assage d'un courant de glycérine, le jjlasma interne se rétracte et laisse un espace libre enti'e lui et la membrane. Certaines niaiii])ulations chimi(|ues peuvent également l'isoler; Rhumbler a trouvé que des individus traités à la lessive de potasse faible. ])uis laissés plusieurs jours dans une solution d'oxyde de fer ammoniacal sulfuré, n'étaient plus représentés que par leur couche ectoplasmique, itarfois par leur noyau ou par des boulettes de nourriture, mais que tout le plasma avait régulièrement disparu. Mais sans avoir recours aux réactions chimiques, on peut bien souvent rencontrer des Amibes mortes, et d(mt il ne reste plus que la pellicule i»lissée, avec un amas de pous- sières jaumitres représentant le plasma. Dans une de ces Amibes, de grande taille, (jui devait être morte depuis ])eu, on remarquait, outi-e (iuel((ues restes de ce plasma agglo- mérés en un petit image ixtussiéreux, un noyau ratatiné mais encore bien conservé et très ' Mes observations sur la iiii'iiibrane de VAmn'I/u Irniroln oui •■li: faites surtout au cours d'une étude sur la vésicule contractile, étude que l'on trouvera relatée tout au long dans la note 11. Il est évident que si l'animal est entouré d'un sac l'eruié de toutes parts et très résistant à la pénétration, la vésicule contrac- tile en se fermant sous cette pellicule semblera devoir se videi' à l'iiilérieur du corps et non à l'extérieur. GENEE AMŒBA 107 caractéristique, et nue nii/piiU/i/t' paifaifeiiinif rivante, de longueur supérieure à celle de TAiiiibe, de sorte ([u'elle (knait se recourber eu demi-cercle pour trouver place à l'inté- rieur du sac. Elle glissait alors de t(nis les cotés, cherchant ])artout un passage, ne trouvant pas et s'obstinant à clierclu'r encore, mais toujours en vain, ('onmient était-elle entrée dans ce sac feruiéy Je suppose à l'état de kyste dont l'Amibe se serait emparée. Dans des mousses restées pendant deux mois complètement à sec renfermées dans une boite, j'ai trouvé un jour un grand nond)re (ÏAmaha ter) kola parfaitement en vie, Amœba terrlcola. — 1. Aspect habitui-l, -mi repos. — 2. Noyau. — 3. Individu enkysté. — 4. Progression rapide. — 5 et 0. Individu se préparant à la défécation. — 7 a, b, c, d, e, formation d'une déchirure par compression, et phases de la réparation de la membrane. — 8. Déchirure très étendue, réjiarée par un étranglement de la membrane. — 9. Em- bryons ? internes. mais à l'état de dessication; on voyait alors très l)ien ce sac ratatiné, puis à l'intérieur une masse grise et poussiéreuse représentant le plasma, et un noyau à nucléoles ratatinés aussi (ces Amibes une fois dans l'eau revenaient, je l'ajouterai en passant, parfaitement à la vie). Quelques individus étaient réellement enkystés, c'est-à-dii-e que le plasma interne 108 FAUNE RHIZOPODIQUK DU BASSIN DU LÉMAN contracté s'y était entouré d'une membrane hyaline, lisse, à double contour (tig. 3); la liellicule membraneuse externe ne s'en voyait alors que mieux. Cette enveloppe, ajoutons-le, présente une résistance extraordinaire à la pénétration, par exemple des matières colorantes. En traitant les individus i)ar le carmin au borax, qui sous la même concentration colorait en un instant d'un beau l'ose les noyaux des Ami- bes ordinaires, il fallait attendre généralement au lendemain pour obteinr un résultat suflisant, mais si à un moment donné, et avant qu'aucune coloration eût pénétré à l'in- térieur, on déchirait renvel(q)pe, après quelques minutes on voyait le noyau se couvrir d'une belle teinte carminée. Il me reste k parler, à pi'opos de Tenvelnp])!' de V AhkiIhi ferricuhi. de différentes ex- périences que j'ai faites sur la résistance de cette mendjrane au déchirement, et qui eu même temps ont fourni des renseignements d'une autre nature qui ne seront pas sans in- térêt. Si, après avoir isolé une Amalxi. fcrricola dans une goutte d'eau, on recouvre cette goutte d'un couvre-objet, on peut, tout en gardant l'oeil au microscope, faire subir à l'animal une compression graduelle au moyen d'un petit morceau de papier buvard introduit avec précaution au bord de la lamelle. On constate alors (jue l'enveloppe, au lieu de crever, présente une force de résistance extraordinaire, jusqu'à s'aplatir presque comme une pièce de momiaie. Mais si un peu avant ce terme extrême, et après avoir enlevé le papier buvard, on produit avec une pointe émoussée une pression brusque sur le porte-objet ', au voisinage aussi rapproché que possible de l'Amibe, on voit la membraiu- éclater sur l'un des côtés, dans une région très circonscrite, et très souvent de manière à ne s'ouvrir qu'en un petit trou, par lequel sortent des petits grains violemment expulsés. Mais l'eau revenant tout aussi vite que l'aiguille a quitté le couvre-objet, l'expulsion des petits grains cesse, et l'on ne voit plus qu'un trou rond, bien distinct, au devant (hupiel se trouve un amas tlocomieux de grami- lations maintenant immobiles (tig. 7 a). A peine alors une ou deux minutes se sont-elles pas- ' La compression graduelle par le seul retrait de l'eau fait également éclater l'enveloppe, mais d'une manière plus irrégulière, et, avant qu'on ait eu le temps introduire à nouveau de l'eau sous le couvre-objet, l'animal a souvent le temps de se vider presque complètement. Au moyen d'une pression brusque et sans papier buvard, on évite le départ de l'eau, ou plutôt celle-ci revient aussitôt et d'elle-même. GENRE AMŒBA 109 sées, que cet orifice est déjà entouré de petits plissements rayonnants, signe d'une invagi- nation commençante (fig. 7 b.). En effet, l'enveloppe commence à se reployer en dedans, toujours plus, et après un instant on voit cette invagination sous la forme d'un tube interne très court, dont l'extrémité est terminée par un amas de substance nmcilagineuse remplie de petites bulles à parois épaisses, et qu'on peut considérer comme un bouchon destiné à oblitérer tenq)orairement l'orifice du tube. Ce tube continue alors à s'enfoncer dans l'intérieur du plasma, en se recourbant plus ou moins, et en se rétrécissant, surtout vers le milieu de sa longueur (fig. 7 d.). Puis le rétrécissement devient toujours plus fort, et enfin les ])arois internes du tube vieinient à se toucher, et à en oblitérer complè- tement la lumière ; ils se soudent alors, et peu à peu le tube, dans la région de soudure, se résorbe; la partie invaginée en continuité avec la surface de l'Amibe revient lentement à la surface, en s'étalant touj(mrs plus comme uiu> membrane continue, et bientôt il n'y a plus de trace, ni d'invagination, ni de i)erforation (pielc()n(iue. Quant à la partie distale du tube invaginé, avec son bouchon vacuolisé, elle finit également par se résorber, mais avec une lenteur extraordinaire, et tandis que le phéno- mène tout entier, à partir de la perforation de renveIop])e jus(|u'au moment où à la surface tout est rentré dans l'ordre, n'a. pas duré plus d'une demi-heure, on voit encore souvent le lendemain cette portion du tube, comme un petit laud^eau brillant, avec quelques vacuoles (fig. 7 e.). J'ai cru pouvoir constater que parfois aussi ce lambeau, au lieu de se résorber par une simple dissolution, s'émiette en fragments t(nit petits, qui vont se perdre dans le plasma comme une poussière. Telle est la marche du phénomène sur des individus où la compression artificielle n'a produit qu'une faible déchirui-e dans l'enveloppe. Mais si la déchirure est très forte, il n'y a plus d'invagination possible, ou plutôt l'invagination n'est plus qu'un étra)igieiiient, qui se produit en dessous de la déchirure, puis vient peu à peu resserrer l'Amibe et lui donner l'appai-ence d'un sac d'écus. L'individu représenté par la fig. S, par exeuqde, avait subi une déchirure immense, concernant un tiers au moins de sa surface, et par laquelle était sorti à peu près la moitié de son plasma interne. ]Mais il se forma peu à peu un étranglement, (jui après une demi-heure fut assez prononcé pour présenter l'apparence de la fig. 8, où la membrane se voit presque soudée au niveau de l'étranglement. Obligé d'abandonner temporai- 110 FAUNE RIIIZOPODKirE DU HAJSSIX DU LÉMAN rement r.animal, je le retrouvai raprès-inidi du même jour îsous la forme d'une Amibe parfaitement noruuUe. L'Amibe s'était alors débarrassée de la partie iinitile de sa mem- brane en l'abandonnant au dehors, plutôt que dans son endosare même. Ces phénomènes peuvent alors nous faire comprendre la nature de ces invaginations, « Einstulpungen, » que Greeff a parfois remarquées dans VAinwba ferricola. FRANCE (32) les a observées également; voici ce (}u'il dit à ce sujet: < Dans des individus contrac- tés de VAinœha verrucosa, j'ai pu constater presque toujours cette invagination particu- lière de la pellicule. On peut la suivre, connue un canal étroit, jusque dans l'intérieur du corps, et ce canal ne disparait que dans la région du noyau. » Pour moi, ces tubes invaginés de Greeff n'étaient pas autre chose que ceux (|ui vieinient d'être décrits, et provenaient soit de ce que l'animal était en train de combler un orifice formé après évacuation de nourriture digérée, soit au contraire de ce qu'ayant capturé une grosse j)roie il s'agissait de résorber le tube restant après l'invagination de cette proie. Rhumbler (i).s) a montré en effet que la capture des proies se fait par un procédé tout à fait analogue d'invagination. L'enveloppe ectoplasmique forme autour et à la base de la proie un bourrelet qui la recouvre toujours plus haut, jusqu'à ce que le bourrelet se referme et se soude complètement sur ses bords de manière à ne plus laisser trace d'orifice, en même temps que la proie entourée encore de la i)e]licule de recouvrement a été entraînée dans l'intérieur par un phénomène d'invagination. < L'anneau d'ecto- « plasrae, » dit-il, « est devenu une sphère creuse d'ectoplasme, qui s'est moulée sur « l'amas de Zooglea. Le manteau d'ectoplasme reste encore quelque temps comme une « enveloppe brillante autour de cet amas arrivé maintenant à l'intérieur de l'Amibe; « mais après quelques minutes, dix environ, il perd son éclat et finalement ne se laisse « plus distinguer de l'endoplasme. « Je n'ai pas eu l'occasion d'assister à la capture de la nourriture, que Rhumbler décrit absolument connue, avant la lecture de son ouvrage, je pensais qu'elle devait être. Par contre j'ai été plus heureux pour ce qui concerne la défécation ou l'évacuation des résidus de nourriture. Les fig. 5 et 6 représentent deux individus tels qu'ils ont été trouvés; dans la fig. 5, l'Amibe portait un gros sac mendn'aneux. qui sortait d'une rainure ou invagination annulaire de l'ectosarc, et {|ue l'on voyait distinctement faire encore partie du corps; il renfermait de la nourriture. Ce sac s'étrangla toujours plus, au GENËE AMŒBA 111 fond de l*invagination, puis fut expulsé au deliors. Dans la fi^. 6, l'invagination semblait avoir été beaucoup plus profonde, puis on aurait dit qu'après la séparation du tube en deux moitiés la ])artie invaginée en continuité avec l'enveloppe était revenue à la surface en grimpant sui- le tube. Quoi qu'il en soit, tout ce sac de nourriture fut soudain lancé au dehors, et alla tomber un peu en avant de l'Amibe, connne s'il avait reçu une impulsion voulue, et bien que rien dans l'animal ne montrât aucun changement. Quant à la membrane de l'Amibe, il est fort probable qu'elle a dû à ce moment procéder, pour fermer l'ouverture encore existante, à une nouvelle invagination, laquelle serait aloi's identique à celle qui a été décrite plus haut. Malheureusement j'ai été empêché à ce moment de suivre plus loin le processus. Fa\ résumé tout seud)le montrer que dans VAiiurha terr/eola il existe une membrane véritable, très fiiu", souple, mais extrênuMuent résistante. Une fois cette membrane déchirée ou ])erforée, l'animal est incapable de reformer la partie manquante par un simple durcissement de son ectosarc; il doit, pour y arriver, mettre en rai)port les .s/nff/YP.s mêmes de son envelopi)e qui peuvent alors se souder l'une à l'autre, et c'est pourquoi l'invagination devient nécessaire. On peut remarquer, et c'est ce que Leidy semble avoir déjà constaté, que VAiiKeha terrkola renferme en général peu de lunirriture, et (jue celle qu'on ,y voit est le plus sou- vent représentée par de grosses proies, Infusoires, lîotifères, etc. Le fait me parait pro- venir de ce que l'Amibe a, pour chaque capture, à se livrer à un travail considérable, en même temjjs qu'elle subit une certaine perte de membrane qu'il faudra plus tard ré- parer. Aussi, pour les petites proies, semble-t-elle comprendre qu'elle se donnerait trop de peine pour peu de chose ; à moins (lu'elle n'y mette une sorte de vanité, et (pie, fière de sa forte taille, elle ne veuille donner raison au proverbe latin: AqnUa vou rapif miiscas. L'exjmlsion des proies ne seudde d'ailleurs pas être précédée nécessairement d'une hivagination de la membrane autour du sac expulsé. Rhumbler, qui a observé l'expulsion de filaments d'O.swV/ff/vVf, parle simplement d'ime fente encore quelques minutes béante après le rejet de l'algue. Il a également été témoin de ce départ brusque de la pi'oie ; l'algue sortit de l'Amibe « sans que cette dernière eût fait le moindre mouvement, connne si elle en avait été tirée par une main invisible. » Les lilaments d'Oscillaria observés par Rhiimbleh n'étaient pas non plus, à leur sortie, entourés d'uiu; pellicule spéciale. 112 Faune mii/oponiQiiR ni; bassin nu lémax Nous voyons donc qut' dans V AiiKtha teri'iroJa, rexistencx' d'une nienibi'ane implique certains phénomènes tout spéciaux pour la ])rise de la noui'riture comme pour la défé- cation. Mais peut-être faudrait-il ne jjas trop i^énéraliseï', et sujjposer (ju'il doive sui- vant les cas y avoir des variantes. C'est ainsi (pie j'ai observé dans certains iiulividus un grand nond^re de ])etites parcelles verdàtres, (pii d'ajirès certaines transitions m'ont paru provenir d'une fi'a.niuentation répétée de ])etites algues desmidiées; le ])lasma les ré- duirait i)ositivement en miettes, (pii tinissent par former une véritable poussière, latpielle resterait longtemps visible encore tlans l'intérieur de l'Annbe. Les diverses considérations (pii viennent d'être ])résentées seiid)lent donc prouver que ÏAfiiœha frrricola est revêtue d'une i)ellicule ou meud)iane véritable, tiue, résistante, qui entoure l'animal tout entiei'; que cette membrane ne jjeut être perforée par l'animal que dans des cas spéciaux ; et qu'après perforation l'orifice ne peut être i-efermé que par un rapprocliement des surfaces de la iiKMubrane. La présence de la pellicule luendn-aneuse rend également dans cette espèce les phé- nomènes de locomotion particulièrement intéressants. h'Aiiinha ferricola, de même que toutes les Amibes à enveloppe membraneuse, passe à juste titre pour être extrêmement lente dans sa marche. Riiumbler va jusqu'à dire que pour étudier les mouvements de cette espèce, on est la plupart du teini)s obligé de recourir à des ci'oquis périodiques; il ajoute pourtant qu'elle est plus vive lorsqu'elle échange sa marche « roulante » contre une marche « coulante, » tout en restant en arrière de sa i)lus proche parente, VAmœba striata. A l'état de repos ou de mouvement lent, V Amaha terr/cohi est une masse épaisse, presque sphérique, la plupart du temps d'un gris jaunâtre sale, réfringente sur ses bords, plissée, déchiquetée, en apparence inerte, et ce n'est qu'en s'armant de patience qu'on peut constater soit les courants internes du plasma, soit les fonctions de la vésicule con- tractile, soit même parfois les changements de forme du corps. Mais il en est tout autrement quand l'Amibe prend un mouvement coulant. Ce mou- vement est, il est vrai, presque toujours encore moins rapide que dans les autres Amibes, mais j'ai observé des cas rares où certainement celle-ci ne serait pas restée en arrière de V Amœha proteus. La forme est alors à ])eu i)rès celle d'une limace ou d'une palme, mais très étalée en avant, telle (pie la représente la tig. 4. En arrière, on constate toujoui's GENRE AMŒBA " 113 une modification plus ou moins forte du ])]asnui, (lui y est i)lus concentré; cette modifica- tion ne va jamais jusqu'à l'apparence d'une houppe, laquelle serait impossible vu l'exis- tence de la membrane; mais cette houppe peut être remplacée par un i)aquet arrondi, tordu, plissé et froissé. De cette partie ])ostérieure rétrécie partent alors des lignes lontiitudinales, peu nom- breuses, droites ou ondulées suivant leur position dans l'axe ou sur les cotés de l'animal, et qui sont l'expression de plissements de la pellicule. Ces lignes peuvent exister non seulement à la surface supérieure du corps, mais aussi à la face inférieure, et y pro- duire des rainures longitudinales dans lesquelles, par exemple, j'ai vu de petits grains de carmin s'engager, en formant de longues lignes (fig. 4). Pendant que l'Amibe est ainsi lancée, un courant l'apide coule d'arrière en avant. Il ])rend naissance dans Teiulosarc de la partie postérieure du corps, autour de la vésicule contractile qui le plus souvent s'y trouve, ou des petites vésicules en fornuition lorsque la grande a été entraînée au loin. On voit alors des petits filets liquides partir de ce plasma cendré, comme des petites sources jaillissant par-ci par-là et alimentées on ne sait d'où, puis descendre la faible pente qui les mène en avant, se réunir peu à peu et s'étaler en une napjie qui tout en avant a perdu sa force vive. En examinant attentivement un aniuuil ainsi lancé dans une course rapide, on peut alors, bien souvent, constater un fait très hitéressant; c'est l'existence de lignes arquées, concentriques (fig. 4), parallèles à la courbure antérieure de l'Amibe, et qui sont cha- cune formées par des digues de petits grains arrêtés là dans leur course. Voici connnent on peut expliipier la fin-mation de ces digues circulaires, qui ne man- quent jamais de se produire d'une numière plus ou moins accusée lorsque la marche est accélérée : Si nous supposons une Amibe ayant la forme de la fig. 4, mais au repos (il y a parfois des moments très courts de repos, sans que l'animal change sa forme de course, lorsqu'il est fatigué et surtout i)eu de temps avant la systole) (voir note 11), puis qu'elle se mette en niouvement, nous verrons alors le courant interne, entraînant une grande quantité de petits grains, se diriger en avant, puis s'y étaler. Les petits grains lancés alors par le courant, arrivent tout près des bords antérieurs, où ils s'ar- rêtent juste à l'instant où res])ace existant entre les deux faces, inférieure et supérieure, de l'Amibe, est égal à leur propre épaisseur. Ils dessinent alors en avant une ligne de 114 Faune rhizopodique nu bassin du léman même forme que l'Amibe elle-même, c'est-à-dire arquée. Mais à p.eine la ligne est-elle for- mée, que le bord antérieur de l'Amibe est déjà loin, la i)etite dune de grains reste en place parce que le courant n'est plus là qu'une napi)e sans grande agitation, mais les autres grains intei'iies, lancés par leur force d'inertie, passent ]jar-dessus la première dune et vont en formel- une seconde en avant. La marche continuant toujours, il se produit une suite de dunes concentri(pies, les antérieures se formant, tandis que les postérieures se détruisent, soit ])ar les courants, soit ])ar le clioc des grains qu'elles arrêtent dans leur course, et disi)araissent à la vue. Il semble que ces lignes concentri(|ues doivent être un indice d'une progression hdei- mitteide de la part de l'Amibe. Mais il n'en est rii'ii, et l'on voit la partie antérieure de l'animal progresser sans aucune sec(uisse. 11 y a là un ])liénoméne physique peut- être ditticile à expliijuer. que l'on pourrait conqiarer à ce qui se passe dans les dunes véri- tables qui se forment les unes derrière les autres bien (|ue le vent souffle sans intermit- tence, en admettant cependant que l'explication doit être ici tout autre. Il m'a seuddé parfois (pie ces petites dunes de grains déterminaient sur la ligne même de leur dépôt la formation d'un léger bourrelet de iilasma sur la partie inférieure de l'Amibe, mais je n'ai pas pu m'assurer du fait d'une manière positive. Un phénomène très curieux, et dont j'ai été à dittérentes reprises témoin dans cette espèce", est le suivant : Un individu lancé en apparence à toute vitesse, et chez lequel on voit se ])roduire coup sur coup les lignes arquées dont il \ient d'être question, peut cependant ne pas avancer du tout, et garder dans ses relations avec des points de repère fixes une position toujours la même. Si l'on essaj'e, par un examen plus minutieux, de se rendre coiiqite de la cause de ce phénomène en apparence paradoxal, on voit alors parfaitement que, tandis que les courants internes semblent faire avancer l'animal," il se produit cependant un retrait en masse, continu, du plasma, retrait égal à l'avancement indiqué par les zones successives que forment les lignes de grains. Ce phénomène pourrait, me semble-t-il, être d'un intérêt capital pour la com- préhension des mouvements chez les Amibes. Il est évident que si l'Amibe éprouve un ' J'ai d'ailleurs, il y a longtemps déjà, rapporté un pliénoniène de ce genre concernant VAmœbn Pro- teits (80). GENRE AMŒBA 115 retrait en masse, c'est d'abord que le plasma est susceptible de se rétracter (on en a vu d'ailleurs bien d'autres exemples diuis les pages précédentes, et on en verra d'autres plus loin), puis ensuite qu'il n'était i)as partout collé au sol; mais, si nous supposons qu'il ait adhéré fortement au sol ])a,r la partie antérieure de sa face ventrale, que serait-il ari'ivé? sans aucun doute que l'Amibe tout entière aurait été portée en avant; et si, une fois en avant, la partie ventrale antérieure nouvellement arrivée s'était fixée au sol, tandis que la portion auparavant adhérente se décollait, on aurait constaté un nouvel avan- cement. Il faut observer ici que cette adhérence possible du plasma des Rhizopodes aux corps sur lesquels il repose est une chose absolument certaine. Dans ces animaux l'ecto- sarc est, i)Our ainsi dire à la volonté de l'animal et temporairement, visqueux ou non, et peut passer d'une phase à Fautie en un clin d'(eil; c'est ce que montrent des observations si nombreuses et si concluantes, <ô). Amœha rerrucosa in Leidy. PI. III, lig. 37. Amœha striolata ? Perty (92). Amœha rerrucosa i. p. Carter (17). J'avais décrit cette espèce en 1890, d'après des exemplaires nombreux récoltés à Wiesbaden, et tout en la donnant comme bien certainement autonome, je pensais pouvoir l'assimiler aux petits indi\idus que Leidy a figurés dans la PI. III de son grand ouvrage, comme représentant les états jeunes de V Amœha verrucosa. Après l'avoir revue et étudiée depuis lors plus à fond, je me suis convaincu de la réalité de ma supposition. Leidy a cer- tainement rencontré cette espèce, mais il a tout aussi certainement fait erreur en la re- 128 FAUNE RIIIZOPODIQTIK DU BASSIN DU LKMAN gardant coimiic uiu' tonne jcmie. Dans VÂntœha rerr/icosa (ter ri cola), les individus les plus petits et en apparence les plus jeunes sont déjà conformes aux adultes et se distin- guent de VAmœha driata par d'autres caractères encore. Il est possible également que cette espèce doive se rapporter à VÂma-lKi strioJafa de Perty, (jui depuis 1852, Tannée où elle a été décrite, ne semble pas avoir jamais été revue. Mais la description de Perty est aussi vague (pie la figure qui l'accompagne, et il serait iuq)rudent d'eifacer le nom de striafa sous lequel cette Amibe est déjà comme, pour reprendre celui de striolata qui, après tout, représente peut-être autre cliose. V Ama'ha driata est beaucoup plus petite (pie VAma-ba ierricoJa ou vcsindata. Cepen- dant elle arrive souvent à 60 a, et ne descend que rarement au-dessous de 30 ;x. Elle est agile et relativement rapide dans sa mai'che, pendant laquelle elle garde pres- que toujours une forme se rapprocbant de l'ellipse. Rarement, et par instants seule- ment, elle atteint un degré de déformation aussi considérable que le montrent les fig. 1 et 2. La partie antérieure est dans la règle plus large et plus aplatie que la partie posté- rieure; cette dernière ne montre non plus jamais de houppe, mais elle peut, rarement, se plisser et se tordre comme dans VAimdta ferrivolu, quoique dans une mesure beau- coup plus faible. A la surface on remarque également presque toujours deux, trois, quatre lignes lon- gitudinales, rarement plus; ces lignes, très fines et qui, sur des individus très étalés et en marche rapide, disparaissent parfois complètement', indi(pient la présence d'une pelli- cule membraneuse, que d'ailleurs d'autres caractères rendent également évidente. Mais Amœha siriata. — 1. Individu en marche. — 2. Autre individu, représentant une variété par- ticulière. — 3 à 7. Déformations de la grande vacuole dans cet individu. — 8. Une des bou- lettes de plasma gris fréquentes dans cette espèce. — 9. Noyau de la forme typique. — 10. Autre noyau de la forme typique. ' Les ligures n'en portent pas, bien que mes dessins orif;in;uix en monlrent de très nettes; le fait provient siiiiplenienl d'un ()ul)li. «RNKE AMŒBA 129 cette pellicule est extrênieiiieiit tiiie, et sur les iiidiviilus très jeunes, seules deux ou trois stries longitudinales permettent d'en inférer l'existence. Le plasma est toujours rempli de myriades de ces petits grains brillants, clairs, de ' 2 fj. environ, qui donnent à toutes les Amibes à pellicule une api)arence quelque peu spéciale. Il renferme fréqueunneiit aussi ces petites boulettes pâles dont j'ai parlé à propos de l'Amœba terricola (tig. 8). La vésicule contractile pourrait à elle seule permettre une identification de l'espèce. Le plus souvent on en voit deux, l'une en formation ou déjà formée, en arrière, l'autre beaucoup plus grande, courant dans le corps. Cette dernière est alors très caractéristi- que. Elle se déforme continuellement, grâce sans doute à la présence de parois très fines et souples, et probablement aussi â une faculté de « turgescence » moindre qu'on ne le voit en général dans cet organe. Ces déformations proviennent des obstacles que dans sa course elle rencontre sur son passage, ou plutôt faudrait-il ici dire, des éléments qui la rencontrent en passant. Souvent c'est le noyau, ou bien une de ces bandes ou trabécules de plasma relative- ment compact dont nous avons parlé (Amœha nitida, nobilis), et alors elle se recourbe, s'étend, se déforme, mais sans se diviser en lobes. Plus souvent elle semble buter contre un obstacle invisible et de peu de volume, et pourrait se comparer alors à une outre entraînée par un courant et qui viendrait frapper un bâton planté dans l'eau. Dans ce cas la paroi de la vésicule s'enfonce, et cette dernière paraît bilobée; parfois elle est trilobée, ou quadrilobée, et prend enfin toutes les apparences imaginables. Lorsque l'invagination est considérable, les parois de la vésicule qui constituent les bords de cette pointe invaginée se soudent l'une à l'autre, et ne présentent plus à l'œil qu'un trabécule s'avançant à la rencontre de la paroi opposée ; enfin parfois l'invagination arrive jusqu'au contact de cette paroi, et alors il y a subitement division de la vésicule en deux, mais division le plus souvent temporaire, les deux vacuoles formées se réunissant plus tard en une seule. Les fig. 3 à 7 représentent les diverses transformations subies par la vésicule dans l'un des individus examinés ' : en 3 on voit un commencement d'en- ' Ces figures se rapportent à l'individu représenté par la fig. 2 et qui appartenait à la variété dont il va être question (ont i'i l'heure: mais dans la forme typique, la vi''sieiile se comporte de la même manière. inO FAT'NE RIIIZOrODIQrE DU BASSIN DU LÉMAN fdiicciiu'iit se prodiiiro; vn 4 la vrsiciilt' est trili)l)t''e, en 5 riiivagination est presque arri- vée à la ])aroi ()])|)Osée: en (i il va eu (lé(l(iiil)leiiient en trois vésicules nouvelles, mais en 7 deux (le ces vésicules se sont déjà réunies en une seule. La tig-. 1 montre une grande vési- cule entraînée dans le plasma, tandis que deux vacuoles en arrière en reforment une autre ; la fig. 2 renferme une graride vésicule trilobée, en même temps qu'une autre parfaitement arrondie en arrière. Le noyau dans ÏAmœhastriata est tout différent de celui de VÂnwJ)a ferrknla, mais se rapprocherait du nucléus de VAmœha Jlmax. Il est pâle, à membrane nucléaire souple, et renferme un gros inicléole parfois compact, souvent creusé d'une lumière; ])lus souvent encore cette lacune devient assez grande pour refouler la substance chromatique sous forme d'anneau, ou bien cet anneau se divise en deux fragments. Quelle (jue soit sa forme, le nucléole, bien que toujours séparé de la membrane cellulaire par une marge de suc nuclé- aire hyalin, épouse toutes les déformations, souvent assez fortes, du noyau dans son entier. \jAmwha striafa peut se trouver partout; on ne la rencontre cependant que rare- ment, mais alors en général représentée par de nombreux individus. Dans les dessins qui accompagnent cette espèce, les fig. 2 à 7 se rapportent à une forme de YAimeha striafa qui se trouvait en grande quantité au marais de Feuillasse, au pi'intemps de cette année. Elle différait de VAmœha fitriata telle qu'elle vient d'être décrite, d'abord par la présence d'un noyau plus petit, toujours muni d'un imcléole central compact, globuleux, plus réfringent que dans la forme habituelle; puis par une pellicule beaucoup plus fine, et qui ne se laissait guère deviner que par les stries longitudinales typiques, parfois même absentes; par une taille beaucoup plus faible (23 à 30 m en moyenne) ', et enfin par une certaine exagération des caractères physiologiques propres à cette espèce. C'est ainsi que, tandis que dans \' Amwhastriata on ne voit jamais de lobes très proé- minents, dans la variété de Feuillasse on remarquait parfois la formation temporaire de pi'olongements qui méi'itaient déjà le nom de pseudopodes; mais cela, il est vrai, seulement ' F.alijr. 2 a ('•It- (lossinrisiu doiililr de rii;;raii(lissoiiH'iihli' \:\ 11^'. I. e'esl piiiirqiiiii la taille parnil la mrme. CKNRK AMiKliA loi sur k'S petits individus. L'animal leprésenté par la fiy. 2, dont la tailk-, do 41 [j., dépassait la niojenne, a été examiné très longtemps sans jamais montrer de tels prolongements. Nous avons vu également que dans cette espèce il existe normalement yne grande vésicule courant dans le corps et se déformant continuellement, tiuidis (pi^nie autre, tou- jours ronde, se voit en même temps à la partie postérieure de l'aninuil. Mais dans la variété (pii nous occupe, la grande vésicule est d'une taille énorme, jus((u"à constituer par- fois la moitié du volume de l'animal tout entier; elle n'est jamais nmde, se déforme continuellement et de la manière indiquée précédennnent, et ne seud)le jamais fontionner comme une vésicule contractile normale. Oupeut la suivre aussi longtemps que l'on voudra sans la voir battre de la manière ordinaire, mais de temps à autre, peut-être toutes les demi-heures, elle semble éprouver comme une secousse, se déchire, parait se vider en partie dans l'endoplasme, mais jamais couq)lèteinent. et reprend tout de suite sa forme, avec un volume inférieur, et parfois après s'être divisée en deux fragments qui se rejoignent et se fusionnent bien vite. Pendant ce temps la vésicule contractile véritable, normale, fonctionne très régulièrement ; on la voit se vider, renaître à la même place, et se remplir à intervalles à peu près égaux, toujours absolument ronde, et sans jamais se fusionner avec la grande vésicule mobile, bien que cette dernière très souvent arrive en contact avec elle. Il ne m'a pas été possible d'arriver à une opinion précise sur la valeur systématique de cette petite forme. Est-ce une es])èce, une variété ou un état jeune ? Après avoir remarqué que les grands individus (tig. 2) se rapprochaient plus de Y Anurhastr'mta que les petits, qu'ils avaient un noyau à nucléole plus gros que ces derniers, et qu'on y remarquait mieux les stries, il m'a semblé que ces grands individus formaient un terme de passage assez bien indiqué, et que ces petites Amibes correspondent peut-être à des états jeunes de VAirniha striata. Aiiiirhd hdircafd spec. iiov. rdomy.ra rillosa. in Penabd (89). Cette belle et grande espèce n'est en réalité pas nouvelle. .Je l'avais trouvée en isDS dans le lac de Genève, et après l'avoir longtemps regardée connue une Amibe, je l'avais 132 FAUNK lUlIZ()rui)I(,)L;K DU JiASISLX Di: hKMAN fiualeiiR'Ut ia])i)ortée à la Vchmij.m viUosa de Leidy. Malgré certaines différences dont une seule, l'absence de bactéries symbiotiques, me paraissait réellement importante, et me basant sur les vacuoles du plasma, les nombreux noyaux, et surtout sur la houppe villeuse caractéristique, j'avais cru pouvoir l'assimiler sans trop d'hésitation à cette espèce '. Mais après une longue étude du genre rcloiui/.ru, il a fallu me rendre à l'évidence : non seulement il n'y a pas là de l'domyxa, mais la J'cloniyxa rillosa de Leidy, comme nous le verrons tout à l'heure, ne répond à aucune réalité objective, et ne fait que réunir sous un même terme toutes les l'elorm/xa diverses que l'auteur à ren- contrées. Il y a donc nécessité à remet- tre les choses au point, et ce rhizopode, dont je n'ai pu rencontrer l'analogue dans aucune description antérieure, de- vient alors pour moi Amœha laureafa. C'est une des plus grandes parmi les Amibes; en marche, l'individu atteint en général la longueur de 500 à 800//.;- mais je l'ai vu arriver à 1400 /x. La forme est beaucoup plus changeante que dans toutes les Fehmyxa; en général, il est vrai, peu allongée, mais bien souvent l'aniuial prend l'apparence de V Amœha Umax, ou très rarement, comme dans la fig. 1, celle de V Amœha Froteus. Le corps pendant ces déformations s'étale quelquefois plus largement, jusqu'à former un triangle arrondi. Le plasma renferme des myriades de petits grains animés d'un mouvement molécu- Amœha laureafa. — 1. ExemiUaiio ramciix. on marche. — 2. Détails du plasma alvoolisé. — 3 et 4. Noyaux, à deux phases différentes. ' Cette Amibe n'est pas ici tout à fait à sa place ; il aurait fallu la décrire après ïAtiutéa irillosa dont elle se rapproche par certains caractères. C'est seulement en elTet après avoir terminé le genre Amœba, et en me livrant à une revision du genre Pc/owy.ra.que je me suis senti convaincu de l'autonomie de VAmmlia laureala, considérée jusque-là comme Pelumijxn. Mais à ce moment les épreuves d imprimerie concernant mes premières feuilles étaient prêtes, et je ne pouvais plus guère remanier tout rarrangement primitif. (iKNKE AMŒBA 183 laire, puis des grains plus gros (2-3 f/.), brillants, très nombreux, enfin des cristaux très l)etits, soit bicuspides et à arêtes vagues et arrondies, soit quadratiques et très réguliers. On y voit fréquemment aussi des corps brillants sur la nature desquels je n'ai pas pu arriver h des conclusions précises, tantôt j'ai cru y voir les « (Hanzkorper » caractéris- tiques, tantôt de l'amidon, et il est fort possible qu'il y ait des uns et des autres. Les noyaux sont extrêmement nombreux; ils arrivent parfois à dépasser le chiffre de mille. Leur taille est de 8-lOfJt; ils sont sphériques. très clairs et difficiles à distinguer, et renferment de petits luicléoles logés sous la membrane nucléaire. Le nombre, la taille et même la forme de ces nucléoles varient quelque peu suivant l'individu ou la localité, mais le tj'pe est toujours le même (fig. 3 et 4), et en tous cas sur un même individu, les nucléoles sont toujours identiques pour tous les noyaux. J'ai souvent rencontré le noyau en cours de division; il s'allonge peu à ])eu, et les nucléoles se répartissent à chaque pôle, tout en gardant leur arrangement sous la mem- brane nucléaire, en même temps que cette dernière se rompt et forme d'abord deux hémisphères, dont les bords se ferment peu à peu en une sphère complète. La houppe caudale si fréquente chez les Amibes est ici particulièrement intéressante (tig. 1 ) \ Les éléments qui la composent ne sont pas des aspérités, des lobes, des filaments épais ou des grappes à utricules allongés ; ce sont des fibrilles longues et serrées, très régulières dans leur arrangement réciproque, et dirigées toujours per])endiculairement à la paroi du corps sur laquelle elles s'implantent; le plus souvent, grâce à la forme du lobe qu'elles entourent, elles simulent par leur assemblage une couronne de filaments rayonnants. La houppe se forme toujours rapidement, partout où il s'opère un retrait du plasma, par exemple à l'extrémité d'un lobe qui se rétracte lentement vers le corps (lig.l). La partie postérieure de l'animal, tout près de la houppe, monti-e toujours une vési- cule contractile, ou bien un certain nombre de vacuoles bien rondes destinées à la forma- tion d'une vésicule unique. En même temps on en rencontre d'autres, en petit nombre, parfois très grandes, de 20 à 40 u, et qui fonctioiuient régulièrement. Mais outre ces vésicules, le coi"i3S entier est rempli, près de la surface, de vacuoles ' dette houppe esl malheureusement à peine indirpiée sur la ligure: en I8!t9 (S!t) j'en avals dnnni- (les dessin.s détaillés (jue je regrette de n'avoir pas reproduits ici. 1?>4 FAIXK miIZolMMiK^tlK ])r HASiSIX 1)1' LKMAN très pt'titos (10 ij. on luoyeiiiR'), qui par leur iionibre arrivent souvent à se toucher, mais sans domier lieu à une pression sutiisante pour produire une structure alvéolaire. En trouvant en 1899 cette espèce dans le lac de Genève, à 40 mètres de profon- deur, et en y constatant l'absence complète des bactéries caractéristiques de la rehmyxa, j'aAais cru pouvoir e.\pli(|uer le fait par Tliabitat, qui ne ijcruiettait pas la présenc-e de ce parasite, et je ne pensais pas qu'il y eût de raison suiiisante pour séparer cet organisme de ce genre. Mais depuis ce temps j'ai retrouvé cette espèce dans deux localités, le marais de Feuillasse et l'étang de S*-Georges; dans ces deux stations, où elle se trouvait abon- dante, elle ne renfermait pas de bactéries, aussi doit-elle être traitée connue une simple Amibe. Dans la dernière de ces localités, à S*-Georges, VAmœha laareata, belle et typique d'ailleurs, était toujours d'une belle couleur verte, grâce à la présence de Zoochlorelles, extrêmement nombreuses et en bonne santé, qui vivaient en symbiose avec elle. (ienre DiiiauKrl/a Lkihv ((i7). Le genre Biiianitrla ne se distingue des Amibes proi)rement dites que par un seul caractère véritablement important ; c'est l'existence d'un revêtement tout particulier de très petites aspérités, qui recouvrent l'animal entier jusqu'à l'extrémité des pseudopodes. Leidy ajoute un second caractère distinctif qui résiderait dans la présence, non pas constante, mais fréquente, d'une couche épaisse de mucilage hyalin, couvert, lui aussi, d'une multitude de très petits spicules. JJii/aiiHrbd inirah/lls Leidy ((J7). Cette espèce remarquable doit être en même tenq)s fort rare, mais il est probable que, là où on la trouve, elle se montre en (piantités considérables. Elle était en tout cas foit nombreuse dans la seule localité où je l'ai récoltée, un étang de l'avenue d'Aïre, tout GENRE DINAMŒRA IP.f) près de Genève. Peut-être aussi la Dhmmœha ne fait-elle que do rares apparitions dans les lieux qu'elle habite, car l'étang où elle vivait et que je visite depuis plusieurs aimées dans toutes les saisons ne ni'ajamais montré la Dinama'ba que le 31 juillet 1900. Ce qui frappe tout d"al)ord dans cet animai, c'est la nature particulière de son ecto- sarc. Ce dernier est en ettet complètement recouvert, jusqu'à l'extrémité même des pseu- dopodes, d'aspérités hyalines, si petites en même temps que si nombreuses, qu'elles revêtent le corps entier comme d'une poussière. Les figures des planches de Leidy mon- trent ces aspérités sous la forme de cils ou de spicules ; dans les individus, fort nombreux, que j'ai examinés, ce n'étaient '\ ■^ & ^-^ '^" '^ w_' '/Sn." A'"/'" '?,■:/.-,/ \5 J. que des prolongements aigus très fins, mais qui ne méritaient pas le terme de spicules. Il est d'ailleurs fort possible que dans la localité où Leidy les a récoltés, les indi- vidus aient été pourvus d'aspé- rités plus fortes. On peut en effet considérer comme certain que ces petits prolongements, tout comme ceux dont il sera ques- tion dans la Pehmy.ra Bderskii, dans le Cochliopodimn erina- cemn, etc., résultent d'un durcis- sement plus ou moins prononcé du plasma, et peuvent par là se uKmtrer à des degrés divers de développement. Leidy les a vus parfois représentés par de minuscules gouttelettes, ce ({ue je puis également confirmer, et il a même trouvé des individus complètement dépourvus d'aspérités quel- conques. (^)uant à l'enveloppe nuicilagineuse dont parle Leidy, je n'ai jamais pu en constater la présence. Il est probable qu'elle ne se trouvait formée sur aucun des animaux que j'ai examinés, et peut-être cette enveloppe est-elle l'annonce d'un prochain enkj'stement, bien que les individus qui la possèdent soient ca])ables comme les autres de locomo- Dinamœha mirahilis. — 1. En marche. On voit trois grosses proies (algues) dans l'intérieur du corps. — 2. Au repos. — 3. Un fragment de l'animal, plus grossi. lo6 FAUNE RIIIZOrOPIQrE DU BASSIN" DU LÉMAN tion \ Dans la ûg. 3 qui accompagne ici cette espèce, on voit entre le plasma somati(pie de l'animal et le recouvrement d'ectosarc, une marge claire et nette que j'ai retrouvée dans beaucoup d'individus. C'est une zone de plasma hj'alin, non granulé, qui suit les contours du corps et pénètre dans la base des pseudopodes. l'eut-être ce plasma clair représenterait-il un unicilage qui à l'occasion pourrait envaliir l'ectosarc, plus tard se durcir à la surface et protéger l'animal d'une manière ou d'une autre ? Le fait n'est rien moins qye certain, mais il n'y a pas là d'impossibilité, et cela d'autant plus que le plasma dans cette espèce pré- sente effectivement des traits particuliers. Sous l'effet de la pression ou du décliirement, d'une blessure, il se divise en fragments nombreux, qui se ramassent bien vite sur eux- mêmes pour prendre ra])parence d'al)ord d'une larme, puis d'une boule. Ce pliénomène qu'on ne remarcpie pas cliez les Amibes, mais qui i)ar contre jn'ésente des analogies avec ce qu'on voit dans rchmyxaai Gyomi(i,m(miï(^ en tout cas que le plasma de la Binamwha a quelque cbose de spécial. Dans sa forme de repos, la D'inamaha niiniJi/lis se présente en général sous l'appa- rence delà fig. 2, avec des pseudopodes très courts, ramassés sur eux-mêmes. En marcbe, elle est toujours ])lus ou moins étoilée, mais quand cette marcbe est accélérée elle s'étire quelque peu, sans jamais arriver tout à fait à la forme limace. Les pseudopodes s'allon- gent aussi considérablement, larges à la base et très pointus au sommet. Il peut aussi se former eu arrière un retrait, qui dessine une sorte de houppe, mais très peu accentuée. Tout en marchant, l'animal ne s'aplatit presque pas; il semble tou- cher au sol par une petite partie seulement de sa face inférieure, et les pseudopodes paraissent simplement posés à terre par leur pointe, sans contribuer d'une manière sen- sible à la progression, même lorsque cette dernière est rapide. Elle ne l'est d'ailleurs jamais que d'une manière très relative, la Bînamœha se montrant toujours apathique. La masse générale du corps, à l'exclusion des pseudopodes, est en somme arrondie ou ovale, et toujours distincte de son enveloppe d'ectosarc par une ligne de démarcation franche et nette. Le plasma renferme un nombre considérable de tout petits grains, puis des globules ' A en juger d'après les ligures de Leidy, celte enveloppe ne repcésenterait peut-être même qu'un simple épancliement d'ectosarc, faisant bordure temporaire autour de l'individu, et sans signilication par- ticulière. GExnK mXAMŒBA 137 brillants, plus gros, et nombreux aussi. De plus, on le voit ])our ainsi dire toujours bourré (le nourriture; c'est une espèce très vorace. Leidy a constaté que ses Dinam de Greeft', globules d'apparences diverses, généralement d'un bleu mat et très pur, plus ou moins brillants sur leurs bords et qui pro- bablement représentent des sortes de spoi'es. Les résultats que m'ont fournis mes observa- la / l'elomyxa paluslris. — 1. Individu fiiiblement grossi (.50 dia- mètres). — '1. Individu jouiip. — 3. Variété? — 4. Une des sphérules de plasma résultant de l'écrasement de l'animal. — 5. Noyau de la forme typique. — 6. Noyau de la variété re- présentée par la fig. 3. — 7. Bactéries parasites; à droite l'une d'elles i)lus grossie. GENRE PELOMYXA 141 tions sur of S Glaiizkiii/).ra BrJerslii de la Peloiii/f.tv jHiItisfrift. c'est une teinte générale tii^rée, tacbetée de jaune et de bi'un, et cette nuance provient du fait que l'animal ne se remplit jamais de pierres, mais que ces pierres si caractéristiques de la J'cloiiii/.ra ^Jrt/^^s/(•/.s sont rempla- cées ici ])ar des fragments jaunes et bruiuVtres de feuilles en décomposi- tion. Et ce caractère, auquel on pour- rait être jjorté à attacher peu de va- leur, est ici certainement d'une grande importance. En ettet, ces deux Amibes, IHomyxa paludris et Pelomyxa Be- Icrsk/i, vivent à Genève côte à cote dans un même étang, où on les trouve toujours à coup sûr ; le fond de cet étang est un mélange de feuilles mortes (de marron- nier) et de boue noire ; or la Pelomyxa paltistris est toujours bourrée de particules minérales, mais la J'clotiii/.m Belevsk/i )ren renferme jamais, sauf parfois quelques-unes accidentelles, et ])ar contre elle est toujours remi)lie de fibres brunes, Pelomyxa Belevskii. — 1. Aspect habituel. — 2. Un des bords de l'animal, plus grossi. — 3. Noyau. GENRE PËLOMYXÀ 145 L'ectoplasme est toujours clair et limpide, et semble durci à la surface en une véri- table pellicule à double contour, qui apparaît encore mieux comme telle lorsqu'on décbire l'animal ou qu'on en fait une préparation au baume. Cette pellicule ne doit pourtant pas être considérée connne une véritable membrane, car elle peut se ramollir et pour ainsi dire se liquéfier très rapidement, et former des ondulations ou des vagues courtes et mo- biles. Très fréquemment aussi, et c'est là un caractère tout à fait normal et physiologique dans cette espèce, Tectosarc se couvre, presque instantanément, sur une région quelcon- que du corps ou même sur toute sa périphérie, d'une armature d'aspérités do 5 à 10 fj. et plus en longueur, très fermes, rigides, non pas toujours droites et pointues comme des aiguillons, mais i)lus souvent lobées ou ondulées (tig. 2). C'est surtout lors(jue l'animal est effrayé, qu'on le blesse ou le tourmente, que ces aiguillons apjiaraissent, et d'autant plus serrés que l'animal est plus dérangé. Cette envelo])pe de ])iquants, qui sans doute peut être envisagée comme arme défensive, n'est d'ailleurs ])as ])ermanente ; les aiguillons ne représentent que du plasma durci et peuvent disjjaraiti-e aussi vite qu'ils étaient apparus, en faisant place à un plasma hyalin très clair. A la partie postérieure de l'animal, il se foruie parfois pendant la marche des den- telures plus allongées, qui représentent alors la houppe des Amibes. Inunédiatement au-dessous de cette couche hyaline d'ectosarc, on trouve un nombre considérable de vacuoles, de volumes divers, mais si nombreuses qu'elles se comi)riment les unes les autres et domient à toute la surface une apparence écumeuse. Il existe en outre de véritables vésicules contractiles, qui se forment à la queue et se retrouvent parfois, par-ci par-là, dans le corps. Le plasma renferme également des noyaux, toujours en nombre bien inférieur à ceux de la Pelomyxa palnstris, puisque le chifire de 12 est le nombre maximum que j'ai pu constater. Ils sont, i)ar contre, beaucoup plus gros, arrivant en moyenne à 25 l^. De forme ovoïde mais peu allongée (la fig. 3 en montre un vu par son grand axe, aussi est-il parfaitement arrondi), ils possèdent une membrane fine très franche et des nucléoles presque toujours extrêmement petits, rassemblés en ])lusieurs couches sous la membrane nucléaire, comme une poussière de granulations. (^)uel(iuefois cependant, tout en revêtant le même type, les nucléoles sont plus gros. On trouve également dans le ])iasma des débris de toute sorte et des proies végé- ta 146 FAUNE RHIZOPODIQIIE Dl' BASSIN DU LEMAN taies, des grains (rexcrétiou brillants et parfois des « Glaiizkorper, » puis enfin les bac- téries parasitiques des Felomif.m, parfaitement analogues aux bactéries de Tespèce précédente. Je n'ai trouvé la Pelonii/.ia Bclershii qu'à l'Avenue d'Aire, dans un étang où elle vit en compagnie de la l'elonii/.m jxilusfris ; mais peut-être aime-t-elle surtout les feuilles mortes, tandis que cette dernière habite la boue. On jjeut, en toute saison, se procui'er là ces deux espèces, mais il arrive parfois que Tune d'elles soit très abondante dans un coin de l'étang, tandis que l'autre se trouvera plus loin. La Pelomyxa Belevskii est une espèce très typique et la i)lus facilement recoiniais- sable de toutes les l'elomtjxa; il n'en existe certainement aucune avec laquelle on puisse la confondre. Dans une étude sur la structure intime de la Felomyxa imlustm, M"*" Gould arrive à la conclusion que la Felomi/.ra « Beleostii » (sic) est identique à la Pehnnixapalast ris. Mais il suffit, me semble-il, de jeter un coup d'(eil sur les caractères spécifiques pour se convaincre du contraire : J'elonii/.mjial/istr/s. Taille maximum 2000 f/, minimum ob- servé environ 200 «. Plasma vacuolisé ou non; vacuoles peu apparentes. Pas d'envelopi»e frangée. Noyaux en noml)re immense (jusqu'à 1000 et plus), spliéri(pies, petits, 12-13 ju. Plasma toujours bourré de pierres. Pas de vésicules contractiles nettement déterminées. Pcloini/.m Belevskii. Taille maxinmm 500 u. Plasnui entièrement vacuolisé, avec grandes vacuoles serrées et apparentes. Enveloppe frangée, caractéristique. Noyaux peu nombreux (de 1 à 1 2), ovoï- des, gros, 25 IX, et de structure difiérente. Plasma bourré de débris bruns, pas de pierres. Vésicules contractiles bien nettement déterminées. Si l'on ajoute que ces caractères sont constants, et que d'autre part la première des- cription de cet organisme les indiquait déjà tous, on se demande sur quelles particularités M"'' Gould se fonde poui- identifier les deux espèces. GP]XKK PELOMYXA 147 T'clonii/.iv biiiHcleata Gruber spec. (46). Ainœba liiiiialeafd Gruber. Une espèce (pie j'ai trouvée dans deux localités, à S'-(Teorges et à l'Avenue d'Aire, se rapporte dans toutes ses particularités à la description très nette et suffisante que Gruber a donnée de inniJiiKvhabiiiMcJcata, de sorte qu'il ne peut y avoir doute sur l'iden- tité de ces organismes. Cependant nous avons encore ici une grande Amibe à mouvements lents et à déformations peu considérables, et remplie des bactéries caractéristiques des Peîoiiii/.ra, aussi me parait-il nécessaire de la faire rentrer dans ce dernier genre. La taille n'est pas très forte comparativement aux deux espèces qui viennent d'être décrites, mais elle atteint pourtant facilement 300 r/, la longueur moj-enne des individus étant en général de 200 ,«. L'ectosarc forme autour du corps une bordure très apparente. Il est clair, généralement ferme, mais pas toujours, et parfois on voit s'y former des ondes subites (lig. 1). Ce plasma superficiel est très net et franc sur ses bords, et semble à sa surface comme recouvert d'une pellicule ou d'un ver- nis brillant. Kn arrière, pendant la marche, la réfringence des contours disparait, et le corps y est terminé soit par des lobes ou des franges, soit par des aspérités déchiquetées, soit plus souvent par de véritables filaments, cylindriques, allongés, réunis en bouquets et comme implan- tés dans l'ectosarc. Ce dernier peut également, au repos, se recouvrir sur tout son pour- tour de très petites aspérités, mais à peine sensibles, et qui, rares d'ailleurs, ne rappel- lent que de bien loin celles de la Fdomij.m Belci-skil. Le plasma n'est pas, comme dans l'espèce précédente, vacuolisé; mais il renferme régulièrement une grosse vésicule contractile, parfois deux ou trois. Pelomi/.va binudeald. — 1. Forme générale. — 2. Partie liostérieure d'un individu en marche. — 3 et 4. Les deux noyaux d'un morne individu. 148 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Il est égalemi'iit proscuie toujours liourré de iioiii'rituiT, la plujjart du temps sous forme de petites algues rondes (desmidiées, etc.), que Ton y voit à tous les degrés de trans- formation digestive, passant au jaune et au rouge; généralement ces proies sont renfer- mées dans des vacuoles à membrane très nette. On trouve enfin dans le corps des grains intininu-nt jjetits à mouvements browniens, d'autres plus gros et brillants, souvent aussi quelques pierres, et toujours les baguettes ou bactéries caractéristiques, plus ou moins fines et dévelojjpées suivant les individus. J'ai constaté, comme Gruber, que les noj-aux s'y trouvaient dans la règle au nombre de deux. Jamais je n'en ai vu trois, et une seule fois un seul; peut-être le second m'a-t-il échappé. Le volume du noyau est de Md h r>'.] [j. (Oruber IJO en moyenne); leur forme est sphérique, la structure en est assez cara,cténsti(|ue, et mes observations concordent sur ce point connue sur les autres parfaitement avec celles de Gruber. La membrane inicléaire est franche et nette. La matièi'e luicléolaire ou chromatique se voit presque toujours représentée par des fragments assez gros, aux formes les plus variées, rappelant par exemjjle de petits images de plasma cendré et pâle, qui semblent se tenir les uns aux autres et former par leur réunion une sjjhère creuse disloquée en frag- ments (tig. 3 et 4). ((tuelquefois c'est un ainieau pres(pu' complet, mais formé également de fragments soudés. D'après les dessins de Grubeu,, et d'après quelques-unes de mes observations, il parait certain (pi'il existe une phase où le nucléole est compact; mais cet état ne doit coiTespondre qu'à un stage de très courte durée, presque tous les noyaux exa- minés se montrant sous la forme fragmentée. Gruber, en attirant l'attention sur l'apparence très variée du nucléole, ajoute (pie dans un même individu les deux noyaux se correspon- dent en tout cas assez bien comme ap])arence. C'est bien également là le résultat que m'ont fourni mes observations, et, j'ajouterai que ce fait ne concerne pas seulement la Pelomijju binudeata, mais en général tous les Rhizopodes plurinucléés. En règle générale on peut dire que les phases en sont an nu'nw point pour tans les iioyan.r d'nn même individn. Mais la règle n'est pas tout à fait sans exceptions, surtout lorscpf il s'agit d'espèces pourvues de noyaux extrêmement nombreux. GENRE PELOMYXA 149 Pclottuj.ra parado.ra spec. nov. J'ai récoltô cet organisme au mois de novembre dernier, dans un étang de l'Ave- nue d'Aire, juiis à l'Asile des Vieillards. Dans chacune de ces localités les individus s'y présentaient sous deux formes, plurinucléée et uniiuidéée. ,1e décrirai d'abord la première. La I'iiii/.ta jiarado.ra eut de petite taille, ne dépassant guère en moyenne 100 à 150 fj.. Elle est en principe ovoïde, mais elle peut se déformer passablement, se recourber par l'xemple en arc, mais sans jamais s'étirer fortement ni donner lieu à de véritables bifurcations. Dans cet état de marche, qui d'ailleurs est toujours lente, elle peut être garnie en arrière d'aspérités très courtes, qui représentent la houppe caractéristi(iue. Un caractère distinctif de cette espèce réside alors dans la présence habituelle de pseudopodes très courts, à peine mobiles, rigides en apparence, qui entourent le corps en tout ou en partie comme d'une ceinture défensive. Ils ne semblent en réalité contribuer en aucune manière à la locomotion, et probablement sont les houu)logues de l'enveloppe fran- gée que nous avons vu se produire sur la l'domyxa Bdavsku. Connue dans cette dernière également ils peuvent disparaître à un moment donné pour reparaître plus tard. Le plasma de surface est entièrement vacuolisé, et les vacuoles sont très petites; dans leurs mailles on voit un grand nombre de tout petits grains ronds. A part ces vacuoles, je n'ai pas remarqué de vésicule contractile, mais peut-être dans les quelques individus de cette forme que j'ai examinés d'une manière particulière, la vésicule était-elle cachée par les noud)reuses inclusions (jue le plasma renferuie. On y trouve en etitet une quantité de proies, diatomées, débris végétaux en petits fragments, puis des pierres, parfois assez grosses mais en nombre restreint; j'y ai trouvé également un cristal de quartz bipyramidé, de la plus belle eau '. Le corps renferme encore toujours les bactéries caractéristiques du genre, et entin des noyaux en noudn'e peu considérable. Dans rexeiiiplaire représenté ])ar la tig. 1, il y ' Dans le lac de Genève, j'ai constaté une fois on deux la présence d'un de ces cristaux dans le corps d'une Amibe. Il n'y a rien là de particulièrement étonnant, car dans le sable lin du fond, on trouve par- fois des cristaux microscopiques, à facettes admirables, de quartz bipyramidé. 150 FAUNE RIIIZOrODloUE DU liASSIN DU LEMAN en avait une quinzaine, de 19/7. chacun en diamètre; ils étaient parfaitement globuleux, avec de tout petits nucléoles ronds sous la membrane (fig. 4). La seconde forme sous laquelle se présentait cette Pchmii.ia. en individus peu nom- breux, était ce qu'on pourrait appeler la forme Amibe (tig. 2). L'animal, toujours allongé en limace i)endiuit la marche, et ])rogressant en une seule onde, qui montrait en avant une forte marge d'ectoplasma hyalin, était doué d'une viva- cité beaucoup plus grande que dans la forme l'c/oiiii/.a(. ]\Iais en dépit de la rajudité de la marche, ou voyait des deux cotés du corps les mêmes prolongemenrs courts, rigides, ])erpendiculaires à la surface et qui, malgré leur physionomie de pseudopodes, j ne contribuaient en rien à la locomotion, l'ius courts à la partie amérieure de l'animal, ils disparaissaient complète- ment à l'extrémité même, où se ])roduisai('ut les ondes loco- motrices: on lu' les voyait pas non plus en ariière. Le ])lasma était identiipie à celui ipii vient d'être décrit, avec débris de toutes sortes, et bactéries caractéristiques. On y voyait également une vésicule contractile petite, pares- seuse, parfois plusieurs, de très failde volume, ])ar-ci par-là dans le corps. La couche alvéolisée se trouvait égalenu'iit représentée. Mais dans cette foruu' <- Amibe. » il n'existnit alors (pruu seul noyau, très graïul, et d'une structure particulièi'e. fêtait en effet un noyau du type ipie nous avons vu dans Amu'ha n'ifhJa. sphérique ou ovoïde en princijK', mais le plus souvent déforuu'' dans ses contours; et les nucléoles, très petits et ronds, rassemblés en une seule couche mince sous la membrane, obligeaient cette meud)raii(' à si' replier, et formaient des commencements d'invagination, mais moins prononcés que dans Aiiurha. nitiiJd. Ces deux formes de la Pdomyxa paradom sont donc absolument distinctes, possé- Pelomi/j:a paiitdoxa. — 1. Excinphiirp du l;i iVniiu' l'rluiiii/.ni. — 2. Exemplaire de la forme Aviœha. — 3. Fragment du même, plus grossi. — 4. Noyau de la forme l'elomyxa. — 5 et 0. Noyau de la forme Aniwha. «KXRK PRr.OMVXA 151 (laiit l'une un nombre assez considérable de petits noyaux spliériques. Tautre un seul noyau très gros, d'une structure pai'ticulière. Mais il n'en est pas moins vrai (pie tout contril)ui' à nous faire envisager ces deux formes comme identi(pies. Vivant dans la même localité, toutes deux ])résentent les mêmes ))rol(>ngements latéraux si caractéristiipies, le même plasma alvéolisé, les mêmes bactéries, la même ap])arence générale. Le noyau lui-même peut être un sujet de rapi)rocbement. En ettet, si dans la variété amiboïde il n'existe généralement (|u'un noyau, il m'est arrivé également d'en tnniver deux. Dans une autre localité, à l'Asile des Vieillards, oii vivait cette même l'cloiiii/jv. mais avec des noyaux moins fragmentés et (pii peut-êti-e devraient en faire une variété spéciale, le nond)re de ces noyaux était très variable ; par exemple, sur quatre individus examinés l'un après l'autre, l'un avait ;^> noyaux, un autre 10, un autre 12, et le dernier 20 environ. J'ajouterai en passant (pie le vohuue de ces noyaux était en l'aisim inverse de leur nombre, et ([ue. d'uiu- manière géiu'"rale. la masse de tous les petits noyaux était à l'ensemble de l'animal (pii les renfermait connue la masse du noyau unicpie l'était également au corps entier de l'individu. Cela étant, il me sembh' qu'on ne peut guère douter de l'identité de ces deux formes. Pelomij.ia et Amaixi. Nous avons vu précédemment que dans deux Amibes, Amii'ha nitida et Aimi'ha nohi- lis. la seule dittêrence réelle se trouvait dans la n.ature unimicléée de l'une et plurinucléée de l'autre. Fiii ra])procliant ce fait de ce qui se passe dans la rdoiui/rd puiw/o.ra. et en constatant (jue dans les deux formes uninucléées le noyau lu'ést'iite cette ap])arence tout à fait exceptionnelle de plissements, je ne puis m'empêcher de croire à une identité éga- lement très probable de VAmfi'ba nit'uJa et de VAnuvba nohilis. Dans l'Amibe comme dans la J'cloiiii/.ra, les plissements seraient dus à la même cause, à un besoin de dévelopi)ement de la couclie des nucléoles. Pendant un certain temps le noyau unique suffit par ses plissements successifs à ce dévelojjpement en surface, mais il finit par arriver un moment où les invaginations ne sont plus possibles ou adéquates, et cîi le noyau se divise. Dans ces grands noyaux de la rchniiy.m iHirado.id. les nucléoles, il faut encore le mentionner, sont de très faible taille, et semblables à ceux des petits noyaux. Dans l'un d'eux j'ai trouvé un jour, outre les petits nucléoles noruuuix. deux sphérules grandes mais 152 PAtîNË RMlZOPODÎQTrR niî BASSIN DTÎ LÉMAN peu visil)los, noyées dans le suc nucléaire, à contours indistincts, et d'apparence poussié- reuse. Je ne sais counnentexplicpier leur ])résence: peut-être ont-ils ((ueUpie chose à faire avec la fragmentation du no\au. Prloiirif.ia prima (Jhihkr spec. f4(i). Amo'})a prima (tri-bek. Bien que cette esjjèce ])uisse être identitiée sans iieine avec VAmalia prima de Geubeh, il me semble ])réféi-able de la faire rentrer dans le i;-ein-e Prlaimixa, aucpud elle se rattache tant ])ar son volume, sa forme, sa natui'e ])aresseuse. (]ue i)ai' les bactéries caractéristiques. La taille est en moyenne de 'MW «, ])arfois moins et souvent ])lus. jus(prà 400 et 450. La forme est indécise, se rapprochant de l'ovale, mais sans régularité; parfois elle devient l)yrifoi lue. L'animal est ]iaresseux : il est entouré dans sa marche d'une large ceinture d'ectosarc hyalin, qui se déploie en ondulations sur les cotés du corps, mais sans que jamais on y remarcpie de ])rolongements ou ])seudoi)odes éti'oits. Il peut y avoir momentanément formation de houi)pe en arriéi'e. en fibrilles serrées et très courtes. A l'intérieur de la coudie hyaline d'ecto- sarc, se voit un plasma ])resque complètement vacuolisé, et les vacuoles semblent d'autant plus gi'andes qu'elles sont ]ilus près de la surface. T'armis ces dernières on en remarque de ti-ès volumineuses, qui jouent le rôle de vésicules contractiles véritables, car elles éclatent et se reforment. Le i»lasma est également obscurci itar une masse de déluis. de jiroies. ])ar des fibres Pelomyxa jjrima. — 1. Forme hal)itiielle. — 2. Fragment du même, plus grossi. — 3 à 7. Noyaux à différentes phases. (iv.mm PKt.oMYxA 153 végétales, ot dos grains auiori)lics très i)étits: jiarfois iiii y trome des corps luisants, pâles, ronds ou allongés. IjOS bactéries foiirniillrnt entre les])arois des vacuoles. Je les ai toujours trouvées très petites dans cette l'cloini/.rd. connue s'il y avait là une toruie si)écifi(]ne distincte. Elles sont surtout abondantes autour des noyaux, (prellesrecouvrent connue d'un manteau strié. Les noyaux sont noudireux, très ])àles, spliéricpies. ditîiciles à voir, sauf après écrase- ment de l'animal. (Iriber iiulicpu' leur diamètre connue étant de 10 a; je Tai trouvé fort variable suivant leur )U)ud)re; dans un iiulividu (jui renfermait 40 noyaux, leur diamètre était de 1 '> à 1 (i ;/, et dans un autre, (u'i l'on en voyait des centaines, il n'était plus (pie de 7 u. Ces noyaux se montrent presque toujours plus ou nutins fragmentés, et d'une uumière particulière : tantôt c'est un nucléole central, pâle, et vague dans ses contours; plus sou- vent ce nucléole est creusé d'une vacuole, laquelle peut elle-même renfermer une boulette de plasma central (lig. 4) ; d'autres fois le nucléole central, compact (tig. ;")) ou déclaré lui-même (tig. 3), est entouré d'uiu- ceinture de grains chromatiques très petits, qui peuvent être tous arrangés sur un même plan, et alors, suivant la manière dont se présente le noyau, on les voit disposés autour du nucléole comme un anneau équatorial (fig. 6); enfin le nucléole est tout entier réduit en petits fragments (tig. 7), dont la tendance est de gagner la paroi interne de la meudjrane nucléaire. J'ai trouvé la Pelomyra jjiinia à l'Avenue d'Aire et au marais de Rouelbeau. Un individu provenant de cette dernière localité renfermait un nombre considérable de néma- tocystes, en apparence parfaitement sains, et (lui devaient provenir d'une hydre à laquelle la l\'Jumiifo s'était attaquée, ou plutôt d'un fragment de bras, détaché d'une hydre, comme (ui en voit souvent dans les récoltes où li's aniuuiux ont été secoués. Pchinii/.iv foiiii (Ir.URER spec. Amœha teiiia Grt'RER (40). Pour la même raison que dans l'espèce précédente, cet organisme, identique à Aiiuiha fcrflu de Grurer. doit, me send)le-t-il. être ramené au genre ]'clomi/.ra. 20 154 Faune RHIZOtODÎQtîË t>tî bassin nu LÉMAN La taille est ici inférieure à celle de VAmœhajirhna: je l'ai calculée en moyenne à 1 90 ij. ; Geuber la donne comme étant de 1 50 ix environ. La forme est sphérique ou ovoïde au repos, un peu plus allongée, parfois pyriforme pendant la marche; les déformations sont lentes, et jamais considérables. La progression se fait au moyen d'ondes ou de rui)tures l)ius(pies sur la zone claire et limpide, générale- ment large et bien nette, (recto])lasma hyalin. Très souvent j'ai observé ici, comme dans la Pelomy.rapaiwlo.ra, la présence de prolongements latérau.x ou rayonnants, qui se forment par une poussée rapide, comme de vrais pseudopodes courts, mais ne jouent en apparence qu'un rôle protecteur; ces prolongements sont une production de l'ectosarc et même peuvent ])rendre tout-à-coup naissance sur un lobe de ])lasma hyalin à peine formé lui- même. Dans la fig. 1, on en voit trois seule- ment, mais parfois ils entourent le corps en- tiei" ; d'autres fois, ])ar contre, il n'en existe ])as un. Grubeh ne mentioime pas ces « faux ])seudo])odes ^ dans son Amœha teiiia, mais il S(Muble les avoir vus au moins une fois, lorstpi'il dit : <■ Un jour j'ai pu observer sur un individu (|uelques pseudopodes étroits et plus longs. » En ai'rière du corps, ces faux bras sont remplacés ])endant la marche soit par un plasma crénelé ou serreté, soit, plus sou- vent, par une auréole de fibrilles très nettes et régulières. Mais en même temps que ces fibrilles ou ces denticulations, on peut y constater la présence de filaments extrêmement fins et longs (fig. 1, 2) (jui ti-ainent en arrière du corps, mais non pas d'une manière passive, car ils se déplacent rapidement à gauche ou à droite, parfois en imitant presque le battement d'un flagellum. Ces filaments implantés en bouquets sur la queue de la Pelomyxa, sont en nombre très variable, généralement peu considérable; ils sont droits ou légèrement ondulés, et souvent s'entre-croisent. Un examen attentif m'a permis de voir qu'ils ne représentent Pelomyxa ierlia. — 1. Individu en marche. — 2. Partie postérieure d'un individu. — 3. Noyaux, après carmin. — 4. Fragment plus grossi, mon- trant des diatomées plus ou moins dissoutes. GENRE l'ELOMYXA 155 que des prolongements très tins des dents ou des fibrilles caudales, et semblent être comparables à une matière vis(iueuse qui se serait étirée en tils. La longueur de ces fils est variée, mais i)arf'ois ils ])euvent égaler celle de l'animal tout entier. Leur présence peut être envisagée connue Tun des caractères spécifiques de l'esijèce. Sur les individus en marche ils ne mancpient (jue rarement, mais ils sont si fins qu'on les laisse facilement passer inaper(;us. Le plasma, dans la Peloiui/.ra tertia, est toujours d'une teinte jaune ou brunâtre, due à la présence de myriades de toutes petites granulations jaunes, i)riliantes, qui remplissent l'animal, mais ne pénètrent pas dans l'ectosarc hyalin. Il renferme en outre dans la règle beaucoup de proies, souvent dans des vacuoles; ces proies deviennent brunes dans le cours de la digestion. On voit aussi toujours, mais parfois seulement en les cherchant bien, les bactéries caractéristi(iues, qui sont extrêmement fines. La plupart des individus que j'ai récoltés à la Pointe-à-la-Bise, sur les rivages du lac, étaient également remplis de toutes petites diatomées, rondes ou allongées. Ces dernières étaient alors très intéressantes, comme tendant à mettre en évidence la possibilité pour le plasma des Rhizopodes de dissoudre les membranes siliceuses. Elles se présentaient en eiïèt à tous les degrés de transforma- tion, les unes avec tous leurs ornements et leurs lignes transversales, les autres avec ces lignes presque effacées; d'autres enfin ne se voyaient plus que connue des bâton- nets doubles, chaque bâtonnet représentant une des nervures de la frustule presque entière- ment dissoute ; enfin comme de simples bâtonnets dont chacun provemiit d'une nervure latérale de la diatomée (fig. 4). Les noyaux sont pour ainsi dire impossibles à découvrir sur le vivant, même sur un ani- mal comprimé, et cela à cause des éléments de toute sorte qui les cachent à la vue. Après acide acétique ou carmin je les ai trouvés en nombre variable, de 2(1 à 50, allongés et ren- fermant chacun un, deux ou trois fraguu'nts nucléolaires, parfois centraux, parfois excentri- ques. Ils pouvaient avoir 10 à 12 // en longueur. Gruker les a décrits connue renfermant une zone marginale de substance chromatique, divisée en lobules qui faisaient saillie dans l'intérieur, et je considère comme fort possible qu'ils aient été semblables, sur le vivant, dans les individus que j'ai examinés. Mais en outre Gruker les domie comme i)eu nom- breux; il n'en a jamais trouvé plus de 8, et leur diamètre était de 20 /x; mes observations 156 FAUNE RHIZOPODK^UJE DU HASSIN DU LÉMAN m'en ont toujours montre un nombre plus considérable, de 20 à 50, mais alors plus petits, de 10 à 15 fi environ. Le plasma n'est pas vacuolisé ; il renferme i)ar contre toujours une ou plusieurs vési- cules contractiles, peu apparentes, mais bien certaines. La descii])tion (pii vient d'être donnée de cette espèce ne diffère de celle de GiiUBEH que par certains détails, et je crois qu'il n'y a pas lieu de douter de l'identité de l'espèce. Gruber mentionne en effet déjà la couleur jaune doniu''e par les myriades de petits grains, le manque de vacuolisation, les appendices tibrilhiires et leui's filaments ciliaires fins et longs. Le volume, la forme, les mouvements sont les ménu's, et rien ne porte à croire que les noyaux, vus par moi aj)rès les réactifs seulmuent, ne soient pas réellement identiques, sauf différences de taille provenant de l'évolution de ces éléments. Gruber pense que les fig. :), 4, lo et 12 de la l'I. V de Leidy représentent cet or- ganisme, ce (jui me parait en tout cas possible. Pclnmy.ra riripara si)ec. nov. Cette Felomyxa ne s'est rencontrée qu'à la Pointe-à-la-Bise, sur les rives du lac, oîi elle était abondante. Elle rappelle à première vue l'espèce i)récédente dont elle se rap- proche aussi par la taille (220 p. en moyenne); uuds on n'y remanjue pas la teinte jaune caractéristique, ni les faux jjseudopodes, et non ])lus les l(»iii;s filaments ténus que Tanimal traîne après lui; il n'est pas inqjossible cependant (pi'ils s'y trouvent quelquefois, cai- l'extrémité caudale peut être très visqueuse, et je l'ai vue un jour disposée en trainées gluantes. L'ectosarc forme en général une bordure tri's claire, liyaline, épaisse, susce])tible de s'épancher en oiules rapides, ou de former des lobes ou pseudopodes très courts (fig. 1); mais les mouvements de l'animal dans son enseudde sont encore toujours lents. En arrière il se forme parfois des franges peu jjrononcées. Le plasma ne semble pas être normalement vacudlisé; cei)endant j'y ai remarqué, après compression, dans certains individus, la présenct' de nombreuses vacuoles très GENRE PELOMYXA 157 petites; peut-être la vacuolisation est-elle plus ou moins prononcée suivant le moment ou les individus, jusqu'à disparaître complètement dans certains cas. Malgré cette absence de vacuolisation générale du plasma, un des traits caracté- ristiques de cette espèce est la tendance à la formati(m d'innuenscs vésicules (tig. 1), peu nombreuses; et plusieurs fois je me suis convaincu que plusieurs d'entre elles au moins étaient contractiles. On les voit du reste se former en arrière, par la réunion d'une grande quantité de petites vacuoles (pii luiissent les unes à coté des autres et linissent par con- Huer. La nourriture, toujours très abon- dante dans le plasma, est aussi en bonne partie renfermée dans des vacuoles d'im- mense taille. Dans les individus examinés, ces proies étaient représentées le i)Ius sou- vent, soit par des algues vertes rondes, soit par des paquets de petites diatomées. Le plasma contient également des petits grains d'excrétion, souvent des corps brillants, des bactéries et des noyaux en grand nond)re. Les bactéries m'ont paru différentes de celles de l'esiièce ])récédente, plus courtes relativement, mais beaucoup plus fortes, larges et nettes, et. ici encore, elles ont une ten- dance toute i»articulière à se rassembler autour des no} aux. Dans certains individus on voit tous les noyaux revêtus d'une enveloppe de bactéries coucliées à leur surface, serrées les unes à C()té des autres et avec une certaine symétrie, de sorte qu'au premier moment on croit à l'existence d'une meniliraue nucléaire d'une nature toute particulière. La tig. 2 représente un de ces noyaux vu en coupe, et la fig. 3 le même dans son ensemble. Quant à ces noyaux, ils sont très nombreux, généralement (J()-8(), très petits (10 (x), sphériques et à jietits inicléoles ronds logés sous la membrane inicléaire. Il faut mentiomier au sujet de cette rdvniijxd un fait intéressant. Au mois d'octobre 1900, la plu])art des individus examinés renfernuiient, dans leur coi'ps même, de vérita- bles embrjons. Ces end)ryons, nageant en apparence dans le plasma, soit ectosarc, soit endosarc, se présentaient comme de petites niasses grises, sphériques, ovoïdes ou pyri- Pelomyxii ririptira. — 1. Mnrche lente. — 2. Noyau, vu eu eoiipe. — 3. t'n autre noyau, vu dans son ensemlile. — 1 et â. Euiliryous internes. 158 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LP^MAN formes, dans riiitérieur desquelles on voyait ([iiel(iues petits grains brillants, une ou deux vacuoles, et une vague apparence de noyaux. Isolés jiar compression de la reloini/.m, ces embryons poussaient lentement des prolongements sous forme de petites vagues ou de lobes, et se déformaient dans leur ensemble contiiniellement. On y remarquîiit alors une bordure de plasma liyalin, un endosarc cendré renfermant des petits grains, et 1, 2, 3 ou 4 ' petites masses d'un bleu pâle qui devaient représenter des noyaux, puis une vésicule contractile (tig. 4 et 5). Je n'y ai, par contre, pas rencontré de bactéries. Dans l'embryon que j'ai examiné avec le plus de succès, on vt)yait une belle vésicule marginale, qui fai- sait peu à peu saillie, se vidait normalement et se reformait à la même place; mais elle fonctionnait d'une manière paresseuse (o fois en '20 miimtes). En outre, ou constatait la présence d'un noyau, rond, à membrane luicléaire déjà formée et nette, avec suc inicléaire et nucléole centi-al, puis de 1 ou 2 autres spliérules très peu nettes qui semblaient aussi l'eprésenter des noyaux. Après col(»ration au carmin, on trouvait dans ces end)ryons, mais pas dans tous, 1,2, 3 ou 4 petits noyaux roses. La présence de ces embryons, vivant en bonne santé dans le plasma de la Feloiui/.m, et en général plurinucléés, me semble bien indiquer qu'il y avait là des produits de l'ani- mal lui-même et non i)as des parasites. Genre Hi/alod/sciis Hertwig et Lessek (57j. Hertwig et Lesser ont affecté en 1874 ce terme générique à des Rhizopodes discoïdes se mouvant d'un mouvement coulant sans l'aide de pseudopodes proprement dits. Presque en même temps (1875) F.-E. Schulze (107) créait le genre Plahopus dans lequel, au lieu des pseudopodes ordinaires, on voyait des prolongements en forme de membrane palmée, (pu faisaient des angles les uns avec les autres. Parfois cependant l'animal passait à l'état de Hijalodiscns. » Schulze ajoute plus tard en note que son Flako]}us niher était probablement identi- rxENEË hyalodisoiîs 159 que avec Hi/aîodiscus ruhicundus de Hrrtwig et Lessrr. Il n'y a sans doute, en efl'et, pas lieu d'eu douter; c'est bien là le niênu^ organisme; mais Hertwig et Lesser ne l'avaient peut-être pas vu sous toutes ses formes, et leur diagnose générique est défec- tueuse. Cette diagnose pouvait s'appliquer à plusieurs Amihes. et on n'a pas manqué de le faire; aussi trouve-t-on maintenant dans la littérature un IIi/aJod/.^cNs liniax. Hyalo- (liffCNfi (//iffMia (AiiKfha lima.r, f/uff/iJa) ('t (y'àwtroa encùvo, qui n'ont aucun rappoi't avec Hi/al()ilise/lutini'use, n'y est entourée (\uv d'une ci'intui'e très faible de plasma hyalin, (pielipiefois même ne i)réscnte pas trace de bordure. Cette métamor])liosc de l'état étoile à l'état paluu'' est très ra])ide; les tiii'. 1 et 2 représentent. i»ar exemple, le même individu. VII à dix secondes d'intervalle; un autre a passé de la foi'iiie étoilée à une phase jircsipie aussi avancée que le montre la tii;'. 2. en quatre secondes seulement. A cet état, l'animal peut être alors animé de mouvements fort agiles et étendus, et i)rogresser avec une rajiidité remarquable ; c'est cette f(n'me surtout qu'il aft'ectionne pour i'am])er sur les filaments d'algues {sjtiio/ii/m, etc.), où on le rencontre souvent. Xn de côté, il se présente alors comme le montre la fig. 5, avec une zone ])seudopodi(jue très développée en avant et très peu en arrièi'e. et la masse du coi'jis ]ilus épaisse en ai'rièi'e aussi. Mais l'animal peut encore re\ étir une troisièuK» forme qui est la plus fréquente, la l)lus curieuse et en même temjjs celle où la ])rogression est la plus rapide. C'est la forme discoïde, où les pseudopodes et la membrane palmée se sont fondus en une marge hyaline, délicate, aplatie, qui, souvent, entoure (tig. 3) la masse entière du idasma central, mais qui, fréquemment aussi, est absente à la partie postérieure du cor])s. L'animal marche alors droit devant lui, sans grandes déformations, et avec une rapidité peut-être supéi'ieure à celle des Amilies les meilleures marcheuses. Ih/alod/xctis- rubictoidns. 1. Au repos. — 2. Iiuliviilu en marche. — 3. Mai'cbe rapide. — 4. Fragment de la i)artie antérieure, montrant un noyau. — 5. Coupe schéinati(iue d'un individu en marche. GENRE HYALoniSCnS 161 Pendant la locomotion, la bordure hyaline est alors très intéressante à étudier; mais il j faut considérer à part une zone ou marge antérieure, qui fait progresser ranimai, et une marge postérieure, parfois d'ailleurs absente, qui paraît être simplement traînée. La marge antérieure, très claire et très délicate, semble, la plupart du temps, avancer tout entière et d'un mouvement continu, sans déformations de quelque impor- tance. GliEEFF décrit la locomotion en ces termes : « Bien que l'animal se meuve avec '< une rapidité remarquable sur le champ de vue, c'est à peine si l'on remarque un chan- « gement d'aspect; à peine de tenq)8 à autre une légère ondulation du bord, mais si faible « qu'elle ne pourrait pas expliquer le mouvement. » Greeff ajoute encore : « Chaque " point de la surfixce du corps se trouve dans une rotation contirmelle, grâce à laquelle « il se meut, à la face dorsale, d'arrière en avant, et à la face ventrale dans une direction « opposée. » Mes observations correspondent à la description de Greeff; quant à une rotation véritable, je ne crois pas qu'elle soit réelle, mais qu'il n'y a Là qu'une apparence; nous y reviendrons dans un instant. ScilULZE, après avoir repris de son côté les phénomènes de progression, a constaté de plus un fait qu'il exprime en ces termes : « A l'aide de mon système de lentilles le « plus fort et avec un bon éclairage, j'ai pu voir un jour, sur une place déterminée, « quelques jjrolongements pointus, filiformes, extraordinairement fins, faire saillie au « delà du bord d'une lamelle |)seudo])()dique ai)])li(pu''e sur son soutien;... je pense devoir « les comparer à ces poils fins et aigus que l'on a décrits chez Amœha Pnnceps et dans • d'autres Amibes sous le nom d'appendices frangés. » Il me semble que Schulze n'a vu là que des restes des pseudopodes étoiles qui, bien visil)les encore à l'état palmé de l'animal, n'ont i)as toujours conqjlètement disparu dans la forme discoïde, ou bien d'autres, très délicats, qui se forment même pendant la locomotion et se voient en avant de la membrane. Mais peut-être aussi Schulze a-t-il entrevu des éléments d'une nature différente, (lue je voudrais mentionner ici, et dont j'ai l)u constater la présence sur tous les individus en uuii'che rapide (lue j'ai étudiés d'une manière spéciale. Si l'on examine le bord antérieur de la membrane d'un Ilfiulodiscus en marche (fig. 4), 21 162 PAÎTNE RHIZOPOniQUE DTT BASSIK I)ll LÉMAN on finit par constater mw ce bord n'est pas lisse, mais découpé en milliers de denticu- lations extraoï'dinairement fines, et chacune alors de ces denticulations figure un pseudo- pode minuscuîe qui se déforme, change d'as])ect, disi)arait, et est bien vite remplacé par un autre qui semble jeté à sa place. La surface tout entière de la meud)rane hyaline est en même temps couverte de ponctuations très fines, qui prol)ablement représentent les mêmes denticulations vues sous un autre iis])ect. Mais on remarque encinc, sur la membrane en marche, un s])ectacle plus curieux; c'est la présence de petites ondulations ou de vai^ues allongées, dessinées par des lignes extraordinairement fines (pii coui'ent d'arrière en avant les unes derrière les autres pour aller se briser en avant, en même temps (pu' d'auties les suivent en arrière. L'a])parence est tout à fait celle de vagues déferlant sur une i)lage, et pi-obablement y a-t-il là plus que l'apparence, car je ne crois ])as, comme Font pensé Hertwii; et Lksseiî, tpie la surface entière de l'animal soit soumise à une rotation véritable; plus pi'obablement n'y faut-il voir que des mouvements des éléments plongés dans le plasuui, sans ])rogression véritable, comme lorsqu'un morceau de bois reste en place sur l'eau alors que les vagues courent rapidement et semblent devoir l'emporter '. Pendant que ces dittereuts phénomènes se i)roduisent dans la bordure antérieure de V Hyahdiscus, la marge hyaline postérieure, quand elle existe, se uu>ntre un peu différente; on n'y voit pas sur ses bords la frange caractéristicjue, et les petites ondulations qui cou- raient à la surface manquent ici également. Cette marge est pointillée ; mais les ponc- tuations représentent plutôt des stries disposées en lignes perpendiculaires aux contours , du plasma central. Pendant la marche, il se produit dans toute la masse du plasma, connue Hertwig et Lesser l'ont constaté, un mouvement continuel d'onde agitée, que l'on remarque surtout en avant, et tout l'intérieur du corps semble être dans un état de roulement ou de bras- sage perpétuel. Mais il ne m'a pas semblé (pie ce roulement soit assimilable à une rotation régulière, comme celle par exemi)le que l'on constate dans le genre Gromla. Hertwki et Lesser, de même (lue SciirL/E, ont vu par-ci par-là de jjetites vacuoles, 'La fig. 4 montre soit les a.spérités de la inemlwane, suit les petites ondes qui la plissent; mais dans l'obscrytition sur le vivant tout est bien plus lin cl plus diAU-M i\ue je nai pu le représenter. GENRE HYALODISCUS 163 sans pouvoir s'assurer qu'elles soient contractiles. Pendant la progression j'ai pu constater qu'il en existe toujours un certain nombre à la partie antérieure du plasma coloré, où quelquefois elles vont jusqu'à former une ceinture partielle: on en voit aussi en arrière de l'animal, où elles prennent naissance comme les véritables vésicules contractiles. Elles sont très paresseuses, mais parfois je les ai certainement vues éclater. Hertwig et Lesser ont mentionné la présence probable d'un noyau central, qu'ils n'ont pu d'ailleurs qu'entrevoir; Schulze indique l'existence de un ou de plusieurs noyaux diiliciles à distinguer sur le vivant. Pour mon compte j'en ai observé tantôt un, central, plus souvent deux, et une fois trois, toujours spbéri(pies. Un de ('es noyaux, le seul (pie j'aie pu bien examiner sur le vivant, était, en apparence, uunii d'un gros nucléole, nuiis un examen plus approfondi y montrait une masse centrale grisâtre, laquelle renfermait trois nucléoles ou fragments distincts de la masse. Le tout était renfermé dans une meudn'ane nucléaire très fine mais nette. Leidy, qui n'a rencontré cet organisme qu'une seule fois, au mois de uuii, parle également de l'existence d'un nucléus, reiulue probable par la présence d'une tache circulaire claire dans la portion centrale de l'endosarc. V Hi/alodisc/is nibir/iiulKS est une espèce rare; je l'ai trouvée aux mois d'avril, de mai et de juin seulement, à Bernex, à Troinex et à IS^^-Georges; dans cette dernière localité elle était abondante. IlyalodiscKS Korofi/evi....? Mereschkcjvsky (81). Dans la fontaine du Jardin des Aljjes, alimentée par l'eau du lac, j'ai rencontré une petite Amibe qui me parait se ra])porter à celle que Mereschkovsky a décrite sous le nom de Hi/alodisfiis Korofiieri. L'auteur la décrit cependant comme provenant de l'eau salée (Mer Blanche), et il existe entre ces deux organismes certaines différences qui ne me permettent pas de les assimilei- l'une à l'autre d'une manière absolument certaine. D'après Mereschkovsky, cette Amibe est très petite (9 à 10 t^}, incolore, pourvue de longs pseudopodes, accompagnés d'organes transparents analogues à une 164 FAUNE RHIZOPODIQUE DU KASSIX DU LEMAM voile OU à une uieuibrane, et (jui ne représentiTaient eux-uiénies que des pseudopodes modifiés. L'animal, globuleux en principe, change continuellement de forme. Le noyau est rond, assez gros ; la vésicule contractile est plus petite (pie le nudéus. L'organisme que j'ai trouvé à (Jenève était également de très petiti^ taille, de 12 à 20 IX sans les bras, d'un bleu très pâle et délicat, et renfermait beaucoup de petits grains brillants. La forme habituelle était spliéricjue ou ovoïde, lisse en arrière, et ranimai était pourvu en avant de longs pseudopodes droits et fermes (tig. 3), qui pouvaient cepen- dant perdre leur rigidité (tig. 1), ou même s'étaler en même temps que tout le corps (tig. 2). Ce dernier était extrêmement mobile et changeant ; à chaque instant on voyait une onde brusque de plasnui très clair faire irruption entre les bases de deux pseudopodes, s'y répandre connue un voile et donner au bord des contours palmés (tig. ))); souvent alors les pseudopodes confluaient dans la masse et on n'en \oyait plus trace, mais pour un monu'ut seulement, et bientôt repoussaient des tilamoits rigides, souvent bien jdus longs ([ue ne le représente la tig. 3. Ces filaments ou pseudopodes pouvaient alors se mouvoir d'un seul bloc sur leur base, en tàtant le liciuide de tous les côtés. liCS tig. 5, (î, 7 montrent les transformations subies par un individu en quelques secondes seulement : un jet de plasma liijuide courut le long d'un (les pseudopodes, puis rejoignit l'autre, et bientôt il n'y eut plus là qu'une lame, qui plus tard s'arrondit. Dans la tig. 4 la ligne ondulée, pointillée, indique un jet de plasnui qui d'un coup enveloppa trois pseudopodes. Il ne m'a pas été possible de constater d'tuu' manière certaine la présence d'un noyau. Certaines apparences m'ont fait considérer son existence connue très probable, mais les petits grains qui i-emplissaient le corjis m'ont empêché de le voir nettement. Par contre la vésicule contractile était remanpialiienu'nt belle et nette. jMEHKsciiKovt^KY l'in- dique comme très petite, mais il faut se rappeiei- (jue son Hi/aJodisc/is habitait l'eau salée Hyalodisms Korotneoi. — 1, 2, 3. Aspects divers. — 4. Une des formes de l'animal ; la ligne pointillée indique un épanchenient lirnsque de plasma. -- •T, 6, 7. Formatiiin d'une onde de iilasma entre deux pseudopodes. GENKK AMIMIIZONELLA 165 (tout près il ost vrai fie reinboiu-hure d'un petit ruisseau d'eau douce), où la vésicule con- tractile disparait généralement. Il est regrettable que je n'aie pu observer ([u'un seul iiidi\i(hi, d(int l'étude a de plus été trop incomplète; mais cette espèce n'étant suivant toute apparence i)as nouvelle, je n'ai pas cru devoir la passer sous silence. Genre AmpliUoiicna Gkeeff 1866. Greeff (41) a créé ce nom pour un organisme ani(i'l)iforme pourvu d'une enveloppe épaisse de matière nnicilagineuse, laquelle peut être percée par des pseudopodes bj'alins, courts, pareils à ceux des Diffl/if/ia. La diagnose indiquée par (iuEEFF nu^ send)le inc(mq)lète, et défectueuse en ce sens que l'enveloppe nnicilagineuse dont il jtai'le peut être absente, tandis (ju'au contraire on }■ renuirque souvent en place de cette enveloppe, la présence d'une sorte de peau ré- sistante d'un jaune clair, que les pseudopodes sont incapables de percer. Cependant le genre Aniphizoïiclla mérite une ])la(e à part parmi les Rhizopodes, tant du moins que comme caractères généri(|ues on ne considérera que ceux qui seront in- diqués dans VAnipJiizinidla ridao'a. En effet, les trois espèces que Greeff a décrites d'abord connue Ampliizonelles ne peuvent plus être regardées connue taisant partie d'un même geiu'e. Greeff était fondé à les considérer connue telles, car pour lui dans ces trois espèces les pseudopodes pouvaient percer l'enveloppe, et ce caractère général les rap- procliait toutes. Mais nous verrons que dans deux des espèces créées par Greeff, Aih- phkoncUa ridacea t'tfhra, les pseudopodes siu'tent en réalité d'une ouverture préalable- ment existante. Ces deux dernières espèces différent cependant encore trop entre elles pour être rap])rocliées dans un même geiu'e; (ÎREEFF lui-même n'avait considéré la place (ju'il doiniait à VAiiipIuzonella flara que connne provisoire, et je crois devoir faire re\ivre pour cette espèce, en même temps que pour une autre espèce voisine, l'ancien nom de Corijcie créé dans le temps par Diîjardix. et plus tard repris par Gaguardi. 166 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Quant à VAmphkoiicUa (Ih/itMta. dont les ijseiulojxxles peuvent réellement se faire jour à travers renvelo]j})e sur un point (luelconciue du corps, elle a plus tard été consi- dérée par Greeff lui-même comme synonyme de Amœba hilimhosa, et de Amœba actino- phora AUERBACH ; puis réunie ejisuite, eu même temps que ces deux dernières, par Hert- wiG et Lesser et par F. E. Schulze, au Cochliopodinm hUimhosum. D'après moi pourtant, s'il y a là un Covliliopodiiitn, c'est en tout cas une espèce autonome, et je décrirai l'ancienne Amphizouvlla i<' le pense, à percer chaque fois l'enveloppe. Ni'issLlx croit que cette cnvcloiipe est si fine (pie les pseudoixxles ne font (ÎRNUE AMriII/(WELLA 169 qui' l;i n']muss('r et qu'elle se iiinule sur eux: lUiiis il doit ceitaiueuient y avoir là une erreur. Ces pseudopodes sont très elairs, seudilent faits (rini ])lasuia limpide, mais se meuvent lentement: ils sont analoi^ues à ceux des Diffl/if/ia. lart>'es, cylindriques, non l)ifur(|ués. Comme dans la ('or//ria paru et la l'scKitoclilamijx pafclla (pii seront décrits plus tard, ils nv me semlilent être utiles que dans de rares occasions, ])ar exeuq)le pour retourner ranimai ou pour l'attirer en un point: mais une fois en place, V Aniphl;oiieUa se meut siuq)leineiit sur sa face inférieure ou sur un ))lasma buccal ». à la manière d'une patelle. La membi'ane mince qui vient d'éti'e décrite n'est pas la seule (|ui puisse exister dans VAiiipJii.>'<)iH>l/'ineuse di)nt parle Greeff; il aurait sans doute mentionné les donticulations superficielles, et aurait constaté l'existence de renveIop])e chitinoïde jaunàtri' cprelle recouvre: plus pro])iibleuu'nt Ciîeeff a-t-il étudié des animaux jeunes, où l'ectosarc était épaissi en inie couche résistante, mais sans envelop])c chitinoïde encore formée. La fiji. 1 montre une Ainphiznnella revêtue d'une couche d'ectosarc hyalin, puis de la nunnbrane chitinoïde: dans la fig. 2 Tectosarc hyalin est à peine iudi(|ué; par contre, une large zone de mucilage entoure la membrane jaune. La fig. 3 donne les détails d'un fragment de l'animal; en haut le i)lasma avec petits grains de toutes sortes et deux vacuoles contractiles, ]niis une bande d'ectosarc grisâtre; en troisième lieu la membrane chitinoïde et enfin la couche mucilagineuse serretée. Le ])lasma dans ÏAmphi^oiicUa rialdccfi est. connue l'indique le nom, généralement d'un beau violet améthyste. Mais il s'en faut de beaucoup que cette couleur soit partout et toujours évidente; très souvent la teinte est un mélange de violet et de jaune, oîi le 170 Pattnr BTiiznpnniQHF. r>v rassin dit lémaN jaune peut (loiiiiiicr de ln'iiiicim]) If violet : tré((iu'iiiiiieiit enfin il ne reste plus que quelques ]tetites traînées de violet, et ranimai est franolienient jaunâtre. 8i j'ai bien observé, cette deriiit're teinte corresiiond à l'état de vie latente, et ])lus l'aninuil est vif et actif, plus la couleur violette devient évidente. Il est i)robalile qu'il y a là un i)héno- nièiie c1nini(pu' (|ui t'ait passer du jaune au \iolet et vice versa les éléments auxquels l'animal d(tit sa couleur. Quels sont ces élémentsy Pour (Jhkh^fk c'est un ])ii>inent d'un violet foncé, répandu d'une manière diffuse dans le cor]»s. et (|ui prend fi'é(piennuent une nuance légèrement jaune (ui bi'une, .nràce au mélanii'e avec un autre piii,iuent d'un jaune clair, également répandu dans le plasma, i'our Ni'issLix. la couleui' provient )uant au ])lasma, aux ])seudo])odes, à la physiologie tout entière de la Corycia coronata, rien ne la distingue sous ce rai)])ort de la Corijriaflam; aussi est-il inutile de mentionner spécialement les observations (jue j'ai pu faire dans cette espèce. rsei((locIil(iiiii/sjxtfeUa ClaI'AKÈDK et Lachmann (20). D'après CLArARÈDE et Lachmann, qui les premiers ont décrit cet organisme (20), la rse/ulorhlam//sjtat('lla jieut se comparer à une petite Airclla, dont elle se distinguerait par sa membrane très largement ouverte; renveloi)i)e serait alors absolument analogue à celle d'une jiatelle, sans rebord reployé. Cependant HEKTWUi et Lessek (57) ont montré qu'un examen très attentif permet- tait de constater la ])résence d'une membrane inférieure, extraordinairement tine, qui fermait toute l'enveloijpe à l'exception d'un iiritice central destiné au passage des pseudopodes. A mon tour j'ai ])u constater à différentes rejjrises la présence de cette membrane inférieure. Mais elle est en effet si extraordinairement tine, qu'il faut presque toujours des cas exceptioimels pour la distinguer nettement. La tig. ï\, par exemple, montre bien cette membrane Imccale, telle ([u'elle a été vue sur une enveloppe vide et couchée sur le dos; on voit ciu'elle représente plutôt un diaphragme, percé d'une déchirure centrale. La tig. 6 représente un individu qui pour une raison ou pour une autre abandonnait son enveloppe; le coqis en sortant avait peine alors à quitter cette enveloppe, et tirait à lui la membrane buccale, (|ui en devenait très visibh'. GENRE PSEUDOCHLAMYS 181 La Pseudochianiifs pafella présente donc avec la Cort/cia, dans sa forme jeune, une analogie frappante, si forte même que bien longtemps j'ai hésité à y voir autre chose que de petites Corycies. Mais si elle est unie à ce dernier genre par des liens de parejité très rapprochés, il faut, je crois, considérer son autoïiomie connue bien certaine. Peut-être la Fseudochlamys représenterait-elle sous une forme définitive ce ipii pour la Coryria n'est qu'une phase de développement. Nous avons vu que dans la Corijcin la mem- brane dorsale, en forme de dôme large, se recourbe peu à peu en formant de longs plis pendants, ou bien se resserre au-des- sous de l'animal en lui donnant une forme hémi- sphérique. Dans la Pseii- dochlaiiij/s, cette enve- loppe, en forme de dôme très abaissé et très régu- lier, est toujours troncpiée brusquement , la mem- brane se recourbant net- tement sur elle-même comme une feuille de pa- pier qu'on doublerait par un pli; cette enveloppe alors aurait tout à fait la tôiiiie d'un verre de montre très bombé, et jaiuais on n'y voit pendre de plis longitudinaux. Vue d"en haut, la membrane est dans la règle franchement arrondie et représente un disque régulier; mais il faut ajouter que ce disque peut s'étirer quelque i)eu. surtout lorsque l'animal rampe avec une certaine rapidité. Pseuduchlamys iMtella. — 1. L'animal vu d'en haut. — 2. Un autre, de coté. — o. Protrusion d'un pseudopode. — 4. Exemplaire replié sur lui- même. — 5. Envelopi)e vide, vue d'en haut. — (i. Plasma sortant de l'enveloppe, en entraînant la memhrane huccale. — 7. Deux exemplaires rampant sur une fîhre véffétale. — S. Détails de l'un des bords. — 9. Xoyau. — 10. Noyau, allongé. 182 FAUNE RmZOrODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Sur les bords, l'enveloppe est très chiire, mais pins on s'aiiproclie du centre, et plus elle se colore, sans janutis arriver au delà du jaune brunâtre. Kn même temps on la voit toute couverte de jjonctuations très fines et disi)osées avec une grande régularité, rappelant ce cpii se passe chez les Arcelles, mais sans (pie Ton puisse sans doute en domier la même e\i)iication. Dans les individus les plus colorés, il se produit des dépôts de chitine brune amorphe, sous forme de petites taches veniiiculaires très franches (tig. 8). Ajoutons ([ue bien qu'û soit très rare e et Laciimaxn ont vu (|iiel(iuefois « des e.xpansions larges, arrondies et peu allongées. » Ils aj(»utent encore : l'ne fois nous avons rencontré « une rfIe il est loin de reuq)lir toute l'envelo])]»-, à liuiuelle il est relié aloi's jtai' un nombre souvent assez considérable de ])roloniii'ments ou épipodes clairs (ti"'. 1 et S). On y voit également toujours, à la surface et sur les bords, des vésicules contractiles, bien rondes et actives, en nombre très variable, de deux à huit, la moyenne étant de cin(| i»u six. Mentionnons eiitin le noyau (tiii;. S. !). 10) (pii n(U'malement est central, mais qui se déplace un peu, surtout peut-être jiendant la marche, et devient excentrique, ("e no\au estuni(pie: on n'en rencontre januxis deux couniu' dans les Arcclla et dans les Coryria adultes (sauf ])eut-être dans des cas anormaux). Il est jtàle. s])héri(pie ou ovoïde, suivant le moment, et se défoi'uie avec facilité: il ])ossè(le une membrane tiiu' bien lU'tte, un suc nucléaire claii-. et un i^ros iuiclé(de central d'un bleu pâle, remi)li de ])etits points claii's qui ])robablement l'eprésentent de très ])etites lacunes ou vacuoles. France, qui a mentioimé cette es])êce. y iu(li(iHe uiimudéole ■ réiiulièrement hexagonal. > Mais il y a là sans aucun doute une erreur. (|ui i)cut-êti-e ]»roviendi-ait de ce (pie Franck aurait examiné des ainuuiux à i)eine soi'tis de l'état de dessication, pendant lequel les noyaux chez les lîhizopodcs se ratatinent et i)rennent des contours plus (Ui moins anguleux. J'ai cité j)lus haut un individu o(cui»é h (piitter son envelojtpe; peut-être était-ce là un aninml uuilade ou asphyxié ; nuiis pourtant un jour, iiarun des l'semlorlilauii/swn'mnlos. j'en ai trouvé une absolument nue, et (pn, ])arfaitement bien itortante, arrondie mais avec des contours crénelés, marchait i^aiement au unlieu de ses com])ai;iies, à la nuinière d'une patelle et sans déployer de bras. Peut-être y aurait-il là un phéiKtmèiu' d'exuviation, soit changement de peau. La l'ue/uiorJilanii/ft patella est toujours petite, et déi)asse rarement 50 ^, la moyenne étant de 4U p.. Elle habite parfois les mousses aquatiques, et le plus souvent l'eau des étangs 184 FAUNE RHIZOPODIQUË DU BASSIN IMT LÉMAN et les niai'écagos. Je l'ai également récoltée sur les riva.i!,es du lac. La Cîorycie ne se trouve jaiuais ailleurs qno dans les mousses, dans celles des bois connue dans les mousses aquatiques, et c'est là une raison de ])lus jwtur sé])arer ces deux organismes. Mais il faut avouer qu'entre les formes jeunes de la (hn/ri(c flava et la FseudorMamyf^ adulte, on est quelquefois embarrassé de trouver des diô'érences caractéristiques. GeiuT CfirhJiopdifi/Dii Hrrtwkj et TjEsskr, 1S74. Le gein'e ('(irliliapadi/ini se rapjiroche de la Coii/rir ])ar l'existence d'une membrane souple. Mais cette eiivelo])]»' est ici sujette à des déformations bien ])lus considérables; elle se moule sur le corjis et le suit dans tous ses changements, entourant à l'occasion connue d'un tube les bases des ])seudo])odes, et se com]»ortant comme une envelo])])e, non ])as chitinoïde, mais ])roto])lasmique, et éminemment ])lasfi(|ue. Elle rappelle à cet égard la mendjrane souple des Héliozoaires cbalarotlioi-acés. Dans ce genre également, les ])seudopodes sont toujours déchiquetés ou coniques, ou filiformes, sans revêtir jamais normalement la forme largement rubanée des pseudopodes des Dittlugies. On i)eut citer aussi comme caractère généi'ique habituel une ponctuation régu- lière de la membiane plastique, rappelant l'apparence de la coquille des ArceUa. J'ai cru cependant, grâce à une parenté très rapprochée, et malgré l'absence de ponctuations, devoir joindre à ce genre l'ancienne Amphizonella dir/ifata de (iREEFF (CocldiojXMJium fU(/if(diim), ainsi (pi'une autre espèce, déci'ite depuis 1S',»() déjà sous le nom de ('orJdiojw- dium ohscurmn, puis aussi le (hcldinpotli/nii crhidccnni . (|ui toutes deux sont dépourvues de ponctuations régulières. Cochliojjodinni hUimhosioii Auerbach, spec. 1856. Amœha hdiiiihosa AuERBACH (128). Cocldiopodiiiin pi'U nrid KHI Hertwig et Lesser (57). GENRE COCHLIOPODIUM 185 Amphizone^la resfita i. j). Archer (2). Amœho zonalis Leidy. Cnrhiiojxifli/nii Ji/finihoftiini Leidy (67). Cette esuèco a été décrite jiar Auerbach sous le nom de Anui'ha hiJhulinsa; plus tard IIertwig et Lesser ont créé le genre CochlidjxHliuni, au(|uel t'ile a été réunie ])ar Archer, Sf:nuLZE, Leh)Y, et i)ar d'autres encore. La forme la plus habituelle dans cette es])èce est celle d'un dôme arrondi, et étalé à sa base (tig. 2); vue d'en haut, elle est discoïde (tig. 1), mais elle peut varier beau- coup d'un moment à l'autre (tig. o), car l'aninuil possède une faculté de déformation extraordinaire. Pendant toutes ces dé- foruuitiràce à la forme même du corjis, se trouve ])la,cée à la limite de séparation de la masse centrale et du voile hya- lin, discoïde, qui le horde. Ce voile, en effet, ne re])résente (|u"un étalenu'Ut de renvelo]))»', l'entourant de tous cotés et lui permettant de phupier solidement sur le sol h la manière d'une patelle. C'est sous le voile alors (pie se font Jour les pseudopodes. Mais si, ])ar e.\eiii])le, à ce moment, l'animal effrayé se ramasse sur lui-même, l'envelopiie se rétracte lentement aut(uir du ])lasnnr et semhle parfois le fermer comme d'une membrane continue. Peut-être d'ailleurs n'y a-t-il là (pi'une api)arence, et existe-t-il en réalité toujouis une (Uiverture, momenta- nément fermée i)ar le voile? c'est ce dont je ii'iii pas ])ii m'assurer, iKm plus ([ue les autres observateurs qui se sont occupés de la question. C'est sur le voile discoïde qu'on peut le uiii'ux (diserver les ponctuations caractéris- tiipies; on y voit alors une série de lii^nes ])ointilIées. qui rayonnent de tous les cotés autour du corps central, et vont tout droit jus(pi';'i la Ixirdure du voile, très tinemeiit fran- gée ou ponctuée elle-même. Examinés avec uraiide attention, ces traits jiaraissent tonnés de perles transparentes, alii>iu'H's à la suite les unes des autres, ou plutôt déposées les unes à côté des autres, dans un ordre réi;ulier, mais sans se toucher (tig. 4). Va\ effet, si le dessin figuré jiar t(Uites ces ])onctiiatioiis jteut être regardé comme formant des séries de lignes radiaires (aspect sous le(|uel il se présente le ])lus naturellement), on jieut également y voir des séries de lignes diagonales entrecroisées. Kn somme, la surface de l'enveloppe rapiH'lle les dessins des vVrcelles. et HRitTWiG et Lkssrr ont cru iioiivoir, de cette même apjiarence, déduire une structure identi(pie. Le fait, disent-ils, (jue la co(piille des '< Arcclla donne à di' faibles grossissements la même image, nous conduit à en inférer « que la structure est ici la même, bien (priiitiniment plus délicate que dans Arcclla « ruJf/aris. » Mais Hkrtwio et Lesskr sont certainement dans l'erreur: dans les Arcclla la mend)rane est continue et toute formée d'ahéoles unis les uns aux autres, comme dans un rayon de miel. Ici nous avons, en apparence au moins, des ])etites jierles séparées, et noyées dans un plasma extensible. F. E. SCHULZE, qui a étudié cette enveloppe du CuchUopodlnin sans arriver d'ailleurs GENRE roriiLioroDTUM 1S7 à une opinion précise sur sa nature, regarde également connue < impossible que toute >' IViiveloppe soit composée de jietits éléments prismatiques. » Quant à moi. je ne suis j)as non plus arri\é à cet égard à des résultats concluants; cependant, s'il fallait exprimer une o])inion, je serais porté à dire que dans le Cochllopo- (Uion bUlmhositm renvelo])pe est faite d'un protoplasma dittërencié, résistant, en même temps (pie souple et plasti([ue, et renfermant dans son intérieur des gl(»l)ules infiniment petits, liyalins. disposés en séries régulières, et destinés à lui assurer sa solidité. Il y aurait doiu- là que^iue chose dans le genre de ce ipie nous voyons chez les Héliozoaires à cuirasse, où nous trouvons une couche enveloppante de plasma vivant, dans l'intérieur de laquelle sont noyées en ordre ])arfait des écailles siliceuses. Mais ici renvelopi)e serait bien i)lus différenciée, et les éléments ({u'elle r(^nfermerait ne seraient probablement pas siliceux. Ajoutons que dans les individus très jeunes il est inq)ossible de distinguer les ponc- tuati(ms (ui les stries de l'enveloppe, et (pie parmi ces individus, les ])lus petits rappellent d'assez près VAiiui'ha (//iff/ila. avec hupielle du reste on ne peut les confondre. (^)nant aux pseudo])odes. (pii i)endant la marche se font jour en glissant sous le voile dis- coïde aplati, ils sont très changeants vt variables d'aspect, normalement déchi(pietés, aigus, ou en tout cas appointis de la base au sommet. Parfois ce sont des expansions larges (fig. 1) qui peuvent même entourer le dis([ue entier, d'autres fois des i)rolongeinents très étroits. Une oliservation intéressante à ce sujet, c'est (jue le plasma ])seudc.i)odique peut se mouler sous la membrane jionctuée, et se C(nifondre si bien avec cette dernière, (pi'il ne fait absolument plus qu'un avec elle, et que souvent on ne le distingue que comme une simple prolongation de cette membrane, en lambeaux ou ])seudopodes aplatis, lesquels ne diffèrent à la vue de l'envelopije (pie par l'absence de pcuictuations (tig. 4). Il semble véri- tablement y avoir fusion complète, mais qui n'est sans doute qu'apparente. Le plasma dans son ensemble est assez clair, mais presque toujours rempli de grains brillants, bleus ou plus généralement vert-olive, allongés ou ovoïdes, sans formes régulières, et qui peuvent être considérés comme caractéi'isti([ues. Dans le plasma (Ui constate souvent des mouvements internes en masse, à peu près dans le genre de ceux ([ue nous avons cités dans le Hyalodixcn^ nihicnii(lK!<. mais beau- coup plus faibles. 188 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN On trouve dans Tectosarc une vésicule contractili', très grande mais paresseuse ; je n'en ai jamais vu plus d'une, sauf quand plusieurs vacuoles sont en foruuition pour en constituer ensuite une seule plus grande. Parfois, pendant hi marche, on voit se former en avant une quantité de petites vacuoles (tig. S). Le noyau est sp]u''ri(|ue, volumineux, et renferme un gros nucléole compact central. Le Gorhiiojmimiu hiJiiiil/o.s/ini n'est i)as rare dans les marécages et les étangs; mais on le remarque peu, à causi' de sa transi)areiu'e et de sa faillie taille. ('(irlijinpodixni aiiiiioplioniin AuERBACEl spec. Amo'ha acfiiiopliom AuEKBACll (r2S). AuEKBACIl, tout en rapprochant cette espèce, c'est-à-dire son Aina'haacfii/dplioni. de la précédente, in(li(pu' toute une série de caractères cpii suffisent à l'en distinguer : la taille est en moyenne beaucoup plus faible, la surface est plus lisse, la membrane plus fine, et cette membrane résiste mieux aux alcalis ; les pseudopodes sont relativement plus hings, et moins souvent divisés. A ces caractères, (pie je c(msidère également comme certains, Auekhacii en ajoute deux autres, (pii sans doute ont peu de valeur, la teneur en gramdations brillantes, et le mantpie de grains d'amylum. En résumé, bien que cette espèce semble avoir été, après Auerbach, la plupart du temps réunie à la précédente (par exemjile par HeR'J'WIG et Lesser), je suis, pour mon compte, persuadé de son autonomie. C'est là également l'opinion de (Iruber (47). Le CocIiUojxxli/nii adiiiophoium est beaucoup jihis jietit (jue l'espèce précédente; la moyenne ne dépasse i)as Ki à IS p., et le maxiuuim n'arri\e guère au delà de 20, ce qui dans le CocJiIiupodi/iiH Ijilinihos/iiii ne représenterait (pie des individus très jeunes. L'enveloppe est jilus lisse, plus délicate, ])lus réfringente, et revêt une légère teinte jaunâtre qui ne mancpie probablement jamais; elle est également striée en travers, et régulièrement pointillée quand on la voit étalée. Mais ici cette enveloppe est d'une souplesse et d'une plasticité bien supérieures a ce qu'on remanpie dans le ('(H'JiIidjioili/iiii hlVtiHli'isKiii. Elle se moule le jilus facilement du GENRE COCHLIOPilDIirar 180 monde autour de la base des pseudopodes (tig. 2, 1), qu'elle accompagne même jusqu'à lUie certaine distance connue un tube. Cependant il faut remarquer que l'opinion de AUERBA(;il, qui dit que la membrane, simplement amincie, et repoussée par le pseudopode, l'entoure jusciu'à son sommet et sans être percée, doit être certainement erronée. Pour moi, l'enveloppe ne forme que des tubes, jibis ou moins allongés uuiis ouverts à leur extrémité pour laisser passer les pseudopodes. Ces derniers, dans cette espèce, sont presque toujours très longs (tig. 2), pointus, hyalins, et i)euvent prendre naissance sur un point (pielconiiue du corps; l'enveloppe alors s'ouvre devant eux pour les laisser passer, souvent en les entourant d'un tube connue il vient d'être dit, puis se referme lors(jue eux-mêmes sont rentrés dans la umssc du cor]is. Parfois également le coi'ps entier s'allonge connue une Amibe, perçant la mem- brane d'une seule ouverture (tig. ô), ou bien s'étale en plusieurs bras dont cbacun a son ouverture distincte sou- vent ftu't large ; dans la tig. 4, on voit un individu auiiboïde, dont l'enveioiipe. ouverte eu trois endroits différents, ne se voit i)ius(iuec(»UMne fragmentée en lauiiieaux brillants ([ui recouvrent les régions centrales seulement du i)lasma. Kn réalité il y a là des orifices arrondis, uuiis dont on ne peut distinguer l'ouverture (jue par la In'usque terminaison de la ligne brillante qui vient d'être mentionnée. Le Ciicliliopoili/tin (((■fii/iij)li(innn se présente dans la règle au premier abord sous la forme globuleuse ou ovoïde (tig. 7 et 2), avec pseudopodes étroits et allongés, mais il ne tarde pas à s'étaler en patelle (fig. 1 et o), parfois sans déjjloyer de pseudojxides. Coehliupoâium actinophorum. — 1. Individu étalé, en marche lente, vH d'en haut. — 2. Autre aspect. — o. Animal étalé en patelle. — 4. Individu dont les ]iscudopodes sortent sur trois points difterents. — 5. Vn autre, de cote. — (i. Novau. — 7. Individu vu de ciité. 190 FAUNE RHIZOrODIQUE Dr BASSIN DU LÉMAN parfois avec ces derniers. On les voit alors se faire jour sous le disque ponctué, soit distincts, soit si l)ien confondus avec ce disque, qu'on se demande si c'est le voile marginal qui s'est allongé; il arrive même de trouver un mélange de ces deux apparences, ipiel- ques pseudopodes se voyant dans leur course au-dessous du disque et d'autres ne sem- blant être que la continuation de ce disifue même. (j>uant au plasma, il ne présente pas de différences notables d'avec celui du Coch- Uopodium biliiiilxis/cni. On y voit des grains verdàtres très brillants, un noyau relative- ment gros, semblable, autant que j'ai pu m'en assurer, à celui de l'espèce précédente (fig. 6), puis une vésicule contractile assez ])aresseuse et tpii, après s'être vidée, peut rester longtenq)s sans reparaitre. Dans un individu jjrovenant du lac de (ienève, j'ai trouvé un magniticiue cristal bicuspide. D'après Guubeu (47), cette espèce serait en (pu'l(|ue sorte un terme de passage entre son Amn'ha fenfavulafa et le Cochliopailiniii l>ilii)ihes, entourés encore i)ar l'enveloppe s'énérale, puis cette dernière est travi^rsée, au sonnnet de ces i)rolonoements, de jietits ])seudopodes digités, minces, très pâles. Dans l'intérieur du plasma, on trouve un noyau rond, juiis une grande vésicule contractile et idusieurs autres plus petites. Mes ol)servati(nis coiu-or- dent dans tous leurs ti'aits ]irin- cipaux avec celles de (tRKRFF; cependant il ne sei'a pas inutile d'en rendre compte dune ma- nière un ])eu détaillée. L'envelo])i)e du ('orJiJio- podi/ini (lif/ifaf/im se distingue l)ar une absence cmuplète de ])onctuations et de stries. Elle est lisse, opalescente, fine, à double contour bien distinct, l)rillante sur ses Ixu'ds, extra- ordinaii'ement i)lasti(iue. et elle peut être percée iioui' laisser passer des ]»seudo])odes, quitte à se refermer sans laisser de traces une fois le bras rentré dans rintéri(nii' du corps. La taille est beaucoup jjIus forte que dans les espèces précédentes; Greeff l'indique connue pouvant atteindre 100 /-».; pour moi, je l'ai trouvée plus faible, de 50 à {\0 u. et rarement SO, mais sans y comprendre les ])seudopodes déployés; en les inti-oduisant dans le calcul, on arriverait souvent à ] 10 ou 120 ^ (tig. '2). La forme est extraordinairement changeante. Parfois c'est celle que montre la fig. 1. où l'animal étalé en patelle se prépare à émettre quelques pseudopodes qui CochliojKidiiim (li(jHaiHm. — 1. Imlividu vu dVii haut. — 2. Un autre, A\'U haut. — o. tin autre, de riité. — 4. Fragment d'un des hords, avee épipodes (V). — h. Noyau. 192 PATTNE RHIZOPnniQITE Dr BASSIN DT! LÉMAN repoussent devant eux l'envelop])e. D'autres fois l'aiiiuial luarclie comme une patelle, sans ])seu(l(t])o(les visibles à l'extérieur; dans un individu trouvé dans cet état, à contours ridés et plissés, on voyait, en mettant robjectit' au point sur la face inférieure de raniuuil, un certain nombi'e de |)seudo])odes linéaii'es (|ui rayonnaient d'une ouverture commune très lirande dont on pouvait distiniiuer les contours, vt (pii ])araissaient faire progresser l'ori^anisuie connue des auiViulacres d'oui-sins. Rarement le coi'])s est en dôme élevé comme le montre la tis'. ?>. Mais si l'on se dinnie la ])eine d'examiner ])lus au long un instant l'animal, on ne tarde itas à le voir, si du moins il est l)ien ])ortant et alerte, déj)loyer ses pseudopodes d'une manièi'e toute particulière : sur un ])oint (|uelcon(pu' du corjjs. et souvent sur deux, trois et quatre points à la fois, il se forme une éminence (pii s'allonge toujours plus; puis, à un certain moment, l'envebtpix' se voit, au sonnuet de l'éminence. ])ercée de un ou de plusieurs ])seudo])odes très étroits. ])res(|ue tiliforiiu's. Il seudde (|ue la mem- brane, poussée de l'intérieur ])ar un prolongement d'eclosarc, a suivi ou accompagné le mouvement aussi longtemps (pie ])ossible. mais a dû enfin céder et s'est laissé trouei' par le pseudopode. Ces petits bras alors se déplacent b^ntemeiit de coté et d'autre, et changent conti- nuellement de forme. t(uit connue en même temjis la masse de ])lasma clair dont ils prennent naissance, niasse tiuijours entourée de l'envelojjpe ])lasti(pie, en état, elle aussi, de déformation continuelle. Il est, il faut le dire, presipie toujours extraordinaireinent ditticile de s'assurer de l'existence d'une ouverture réelle laissant sortir les pseudopodes: on voit les deux côtés de renvelop])e, ou du tube (|ui foi'uie cette dernière, finir bruscjne- ment et parallèlement l'un à l'autre; mais la ligne (pii unit les deux bords du tube tronqué est infiniment moins visible que ne le i('])résente la fig. 2. J'ai fait cependant à cet égard de nombreuses ol)servations, et à maintes re])rises j'ai cru pouvoir en déduire l'existence bien réelle d'une ti'oncature et d'un tube creux. Ainsi constitué, l'animal est susceptil)le de ])rendre les formes les plus bizarres que l'on puisse imaginer. Dans les tig. 1, 2 et 3, on remar([ue entre l'enveloppe et le plasma granulé un espace tm a])parence vide; mais cet es])ace est en réalité occupé par une zone d'ectosarc hyalin, (pii très souvent, il est vrai, ne phnpu^ pas continuellement contre la paroi interne de renveloi)pe. Dans la tig. 4. (pii représente un fragment plus grossi de la GENRE COCHLIOPODIUM 193 fig. 1, c'est-à-dire d'un animal étalé en patelle, on voit cet ectosarc laisser un espace très étroit mais réel entre lui et la membrane. Cela m'amène à "imrler d'un phénomène très intéressant relatif à cette espèce : Si l'on examine avec attention la marge ou zone d'ectosarc d'un animal étalé en patelle (tig. 4) et en marche, on y voit dessinés une quantité de petits traits allongés ; vu de plus près, chacun de ces traits se montre comme une petite larme claire; dans son ensemble alors, la bordure a Tapparence d'un manteau d'hermine*. Il ne m'a pas été possible d'ari'iver à une opinion précise au sujet de la signification de ces petits mouchets; après un examen très attentif, j'ai cru pouvoir m' assurer qu'il y avait là des petits prolongements de l'ectosarc, sous l'enveloppe, autrement dit des ('p'qw- rles, nombreux et très courts, rattachant l'ectosarc à la membrane. Mais dans une certaine occasion j'ai cru voir quelques-uns de ces prolongements dépasser l'enveloppe, comme si eux-mêmes n'étaient que des aspérités de cette dernière. Cependant l'enveloppe en général, vue sur ses bords ou ses côtés, ne porte pas d'aspérités, sauf celles qui peuvent avoir le nom de pseudopodes réels, et dont la présence est toujours locale. Les petits mouchets seraient donc bien des sortes d'épipodes; et cela avec d'autant plus de vraisem- blance que si, par exemple, on tounnente un individu qui les porte, le plasma s'arrondit en boule, et tous ces petits traits disparaissent, comme si eux-mêmes s'étaient rétractés dans la masse commune. Dans cette espèce, le plasma est clair, et renferme des petits grains brillants, mais dans la règle très peu de proies. On y voit toujours un grand nombre de vacuoles rondes, qui paraissent et disparaissent lentement ; l'une d'elles, beaucoup plus grosse, représente sans doute la vésicule contractile; mais je n'ai pas vérifié son fonctionnement, et elle doit en tout cas être très paresseuse, comme l'est du reste tout l'animal en général. Le noyau est très beau, sphérique ou subsphérique, et renferme un grand nucléole central, clair, pointillé, séparé de la membrane par une zone bien nette de suc nucléaire. Le CodiliopoiVuim dinituiitiii est rare comme localités habitées, mais parfois très ' Aussi, lorsque j'ai trouvé cette espèce, l'avais-je provisoirement appelée Cocliliopodiiim refinle, jusqu'au moment où j'ai pu la rapproclier de V Amphizonella dkjUnln de Grerff. 23 194 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN abondant en individus dans les stations où on le trouve. Ma plus belle récolte provient du réservoir du Bois de la Bâtie. Cochliopndium firanulatiim Penard. 18!)0. J'avais récolté cette espèce pour la première fois à Wiesbaden, en 1889; depuis ce temps je l'ai revue de temps à autre, et c'est surtout dans le lac de Genève, soit dans la profondeur (30 à 40 mètres), soit sur les rivages, que j'ai rencontré les exemplaires les plus beaux et les plus nombreux. La taille est bien supérieure à celle des espèces qui viennent d'être décrites; elle varie, pour la longueur de l'enveloppe, généralement entre 70 et 90 p.; mais, avec pseu- dopodes déployés, elle arrive facilement à 120 a et plus encore. Le corps est variable de forme suivant le moment, sphérique ou ovoïde, ou presque pyriforme, parfois étalé en patelle pendant la marche, mais même dans ce cas encore avec un dôme arrondi assez épais et dans la règle traînant en arrière (fig. 5). Les déformations sont en sonnoe bien moins considérables que dans les espèces précédentes; mais la membrane n'en est pas moins fort souple, et dans des cas spéciaux elle présente des changements remarquables. La iig. 2 montre par exemple un individu déformé à son sommet par la présence d'une grande diatomée ; cet individu, disons-le en passant, a été trouvé en train de se débarrasser d'une diatomée ovale digérée; cette dernière était alors renfermée dans une vacuole à paroi bien distincte, (jui se fit jour au dehors et éclata en expulsant son contenu ; puis la membrane de la vacuole se ratatina sur elle-même et rentra dans l'intérieur de l'enveloppe. La fig. 3 montre un autre individu moulé couiijlètement sur une diatomée encore plus grande, et qu'il est sans doute en train de digérer; la bouche s'est alors si bien refermée, qu'il serait impossible d'indiquer sa })osition, si les vacuoles, toujours amassées dans cette espèce en grand nombre près du i)éristome, ne nous la montraient pas. Dans la fig. 4, qui n'est représentée que dans ses contours, l'animal, trouvé ])ossesseur de deux grosses diatomées trapues, se prépara à les exi)uiser, tout en restant moulé sur elles. GENRE COCHLIoruDUlM 195 et en s'étrangiaut eu arrière. Mais arrivé là il renon(;a à son projet et moi à mon examen. Cette membrane est très distincte dans son double contour, cbxire mi pbis sou- vent jaunâtre, sauf à la bouclie où elle s'amincit et devient hyaline, striée en travers, les stries correspondant aux limites de sépara- tion de petits grains logés dans son épais- seur. Elle est assez ferme et résistante, et à l'occasion, par exemple sous l'ac- tion d'une brusque com])ression , qui fait éclater l'ani- mal, on la voit déchirée en une sorte de peau. Le plus souvent aussi, elle est revêtue de petits débris ou de grains amorphes Inillants, qui y sont collés. Comme nous l'avons vu, la bouche peut se fermer complètement, tout au moins à la vue, lorsque par exemple l'animal effrayé se met en boule; mais la membrane ou le voile buccal peut aussi s'étaler largement en une bordure claire tout autour de l'individu fixé sur sa face orale. On voit alors, dans ces occasions, le plasma pseudoi)odique s'étaler aussi, puis se diviser en pseudopodes nombreux, allongés, déchiquetés, pointus, mais qui peuvent parfois aussi couler temporairement en ondes (tig. 1). D'autres fois j'ai rencontré des pseudopodes droits et lisses, comme dans la tig. 2, souvent encore plus longs et plus nombreux. Dans cette espèce l'enveloppe n'est pas nécessairement moulée sur le plasma; on y voit souvent des vides, ou des espaces libres entre le corps et la membrane. Cochliopodium granulutum. — 1. Animal étalé, vu d'en liant. — 2. Autre aspect, vu de côté. — 3. Animal complètement retiré dans son enveloppe. — 4. Enveloppe déformée par deux diatomées. — 5. Individu rampant. — 6. Noyau. 196 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN La partie antérieure renferme toujours et sans exception un nombre considérable de vacuoles, souvent très grandes, et si nombreuses que par leur pression réciproque elles donnent lieu à la formation d'une écume à structure alvéolaire. En outre, on trouve parfois une ou deux vésicules contractiles normales. Le noyau, dont la place normale est en arrière, au fond de la coque, est sphérique ou légèrement ovoïde. On ne peut guère rexamiiier qu'a])rès l'avoir fait sortir de l'animal par compression; il se voit comme une masse grisâtre pointillée; ces ponctuations rondes représentent alors, si j'ai bien examiné, des petits nucléoles très nombreux répandus dans un magma poussiéreux. Cochliopodium echiiiat/iin Korotneeff (59). Cochliopodium cestititm i. p. Archer {'!). Cette espèce est de petite taille, 35 ^i. en moyenne, et, bien que susceptible de déformations assez considérables, semble toujours garder une forme à peu près sphérique ou ovoïde, i)arf()is quebpie i)eu comprimée de haut en bas, mais sans jamais s'étaler comme une patelle. La membrane est fine mais bien nette, et toujours plus ou moins jaunâtre ; on y remarque les stries transversales, ainsi que les séries de ponctuations caractéristiques. Cette enveloppe est largement ouverte à la face ventrale de l'animal, où souvent on la voit ])endre comme un voile (fig. 3) autour des ])seudoi)odes; mais elle peut également, comme dans les espèces précédentes, entourer comme d'un tube la base de ces derniers (fig. 4 et 5). Jamais cependant aucun pseudopode ne semble se faire jour ailleurs qu'à la face inférieure ou buccale. L'enveloppe peut cependant s'ouvrir momentanément sur une région quelconque de la surface, et c'est ainsi que je l'ai vue se trouer pour laisser passer un petit amas de nourriture et se refermer plus tard, absolument comme cela se passe dans les Héliozoaires à cuirasse. Ce qui distingue le Cochliopodium ecfiiiiat/nii de toutes les espèces que nous avons GENRE COCHLIOrODIUM 197 étudiées jusqu'ici, c'est la présence de soies ou aiguilles, très fines mais bien nettes, hyalines, non siliceuses, longues et acérées, droites ou parfois légèrement recourbées, qui recouvrent le corps entier à Texception de la face buccale, et sont dirigées normalement à la surface du corps. Ces soies rigides, lors- qu'on les examine très atten- tivement et longtemps, chan- gent très lentement de place les unes par rapport aux autres, et même quelquefois semblent disparaître tem- porairement sur certaines régions de l'enveloppe. Mais j'ai fini par me convaincre qu'il n'y avait là qu'une apparence, et que ces mo- difications provenaient de légers mouvements ou dé- formations de la membrane, qui en agissant sur les bases des aiguilles produisent naturellement des effets bien plus prononcés à leur pointe. Ces aiguilles se présentent avec l'apparence de fils de verre étirés à la lampe, et non ])as connue des aiguilles indépendantes, par exemple celles des Eufjhjplia. Comme toute la membrane, d'ailleurs, elles sont rapidement dissoutes dans l'acide sulfurique concentré. Elles me paraissent être faites d'un protoplasma durci, ([ui a pris la consistance de la chitine. Quant à leur mode de formation, et en me basant sur des observations faites sur d'autres Rhizopodes (surtout CochJiopodium ennacenni), je m'imagine qu'à l'origine elles poussent connue des pseudopodes très fins ([ui. une fois formés, se durcissent rapidement. Les pseudopodes sont variables de forme, tantôt fins et presque filamenteux, tantôt plus larges, rappelant ceux des Ditfiugies. J'ai vu se former une fois dans cette espèce Cochliopuâium echinatum. — 1. Animal vu d'en liaut. — 2. Un autre, de côté. — 3. Autre aspect, décote. — 4. 5. Pseudopodes, accompagnés de la membrane. — 6. Une des aiguilles de l'enve- loppe. 198 FAUNE RHIZOPODIQUE DU DASSIN DU LÉMAN un prolongement d'une nature toute particulière, et qui probablement n'a pas la signifi- cation d'un pseudopode véritable : il se produisit à la surface buccale de l'animal un jet lent et continu de plasma, qui finit par former un bras épais et trois fois aussi long que le corps entier de Tanimal. Mais après quelques minutes ce bras était comme figé, dur, et d'un bleu opalisé, puis, au moment où arriva un petit courant d'eau, il se ramassa sur lui- même et rentra dans la masse. Le noyau est très gros, ovoïde plutôt (jue spliérique. et en apparence compact et granulé; mais je nai pas réussi à l'isoler et à l'étudier en détail. Sa place normale est, comme dans tous les noyaux des Rhizopodes testacés, à peu prés au fond de l'enveloppe. On remarque toujours à la surface du plasma un certain nombre de vacuoles rondes, qui dans la règle finissent par se réunir en une vésicule contractile énorme. Le plasma renferme encore des grains brillants, amorphes, nombreux, })uis des granulations très petites, et en général peu de proies. Dans ce plasma se produisent des mouvements en masse, mais très lents, qui réagissent sur l'enveloppe en la déformant. Cette espèce est rare ; je l'ai trouvée à Berncx, à Lossy, et dans le lac de Genève. KOROTNEEFF, qui l'a découverte, n'en a donné (ju'une description très écourtée, mais suffisante pourtant ])our reconnaître l'espèce. Il n'y a trouvé ni vacuoles, ni vésicule contractile. VochJiopodium vestitum Archer (2). A'iHjphi^onella restifa AliCREK (2), 1871. Codiliopodium pilosum Hertwig et Lesser (ïu) CochHojmUiim resfit/im Archer (2), 1877. Sous le nom de Amphizo)iella vestita. puis plus tard de CodiUopodmm vestitum, Archer a décrit une espèce revêtue de soies, et dont il distingue une variété verte et une variété incolore '. Leidy a retrouvé ces deux variétés en Amérique. Hertwig et 'Qu'il ideiitilie d'ailleurs toutes deux, et eertaiuemeiit à tort, avec le Cochliopodiiim bilimbosum. GENRE f'OCHLIOPODIUM 199 Lesser n'ont pas eu roccasion d'examiner cette espèce, qu'ils décrivent d'après Archer, mais sous le nom nouveau de CochJiopodium 2)ilosmn, sans doute parce qu'ils considéraient que le CochUopodium resfitum de Ariïïer se rapportait avant tout au CocltHopodium hilimbosiim, et qu'il fallait séparer ces deux formes. Leidy a cependant repris la qualification de restifiim donnée ])ar Archer, et c'est elle que je garderai également. Mais s'il est très facile de distinguer le CochUopodium vestlfum du CocJdiopodiimi hdimhosum, il n'en est plus de même pour la distinction entre le CochUopodium vesUtuni et le CochUopodium echiticdtim, de Korotneeff. Ce dernier ne me parait avoir rencontré qu'une forme, celle qui ne possède pas de chlorophylle, tandis que Archer, puis Leidy, en ont vu deux, l'une d'elles caractérisée par la présence , , u , , deZoochlorelles. Après avoir examiné un nombre considé- rable d'individus, je crois pouvoir dire qu'il y a là deux espèces véritables, vivant quelquefois, il est vrai, mais pas nécessairement, en com- pagnie l'une de l'autre, mais toujours distinctes. Sous le nom de CochUo- pndhtni resfitum, je ne con- sidérerai donc que la variété verte indiquée par Archer '. Le CochUopodium vesUtum- est de taille égale k celle de l'espèce précédente, en moyenne de 35 p.; cependant cette taille est extrêmement variable, car l'aninuxl est suscep- tible de gi-andir connue une Amibe. Les petits individus n'ont alors souvent pas plus de 20,u. tîi.-.ti, H% Gochliopodium restilum. — 1. Indiviilu vu de côté. — 2. Extrémité orale, vue de coté, avec le voile et les tubes par lesquels passeront les pseudopodes. — 3. Vésicule contractile se faisant jour à travers la membrar>e. — 4. a, b, c. Pseudopode se retirant. — 5. Noyau. ' Il ne serait pas inipossilile non plus que mon CochUopodium vert, ici décrit, ne représentât ni l'une ni l'autre des variétés de AiiutiEU, et fut quelque chose de nouveau. Mais ni Archer, ni Lkidy. ni encore moins Korotneeff, n'ont fourni des renseignements sutlisanls pour nous |iernietlre de sortir du vague. 200 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Le corps, bien que changeant, est beaucoup moins plastique que le Cochliopodium echinatum; sur dix individus que l'on rencontre, neuf peut-être sont presque absolument sphériques, et gardent cette forme aussi longtemps qu'on les examine. L'enveloppe est très fine, très nette dans son double contour, striée en travers, et garnie des mêmes aiguilles ou soies, hyalines, et (pii m'ont paru constamment ici moins longues en même temps que plus nombreuses. L'enveloppe est plus claire aussi, d'un jaune citron très délicat et souvent à pehie sensible. Elle est très mince et transparente à la bouche, où presque toujours on la voit pendre en un voile court, finement pointillé, quelquefois urcéolé comme dans la fig. 1, plus souvent tout droit comme dans la fig. 2. Cette collerette hyaline protège alors la base des pseudopodes, mais ces derniers le plus souvent sont, malgré la présence du voile, entourés d'un étui ou tube court ouveit à son sommet pour les laisser passer. Ces pseudopodes sont presque toujours bien plus fins que dans l'espèce précédente, pointus, très vifs dans leurs mouvements, et très pâles ; la base du pseudopode, renfermée dans l'étui, se montre d'un bleu opalescent. La fig. 1 représente des pseudopodes plus lar- ges qu'ils ne le sont ordinairement; cependant il m'est arrivé ici aussi d'en voir se déployer un seul, très long et large, opalescent, et en apparence d'une nature particulière. La fig. 4 représente en a. h et c un pseudopode se rétractant et regagnant lentement Tinté- rieur de l'enveloppe. Un autre caractère de cette espèce, c'est la présence normale de plusieurs vésicules contractiles, sur les côtés et plus souvent près du sommet de l'enveloppe. On en voit géné- ralement trois, quatre et même plus. Elles sont très distinctes et très belles, et pendant la diastole repoussent d'abord la membrane, puis la percent (plutôt disons que la membrane s'ouvre devant elles) et font saillie au dehors, (tù elles se ferment de la manière ordinaire. La fig. 3 représente une vésicule contractile qui faisait si fortement saillie, qu'elle était presque tout entière hors de l'enveloppe; pourtant elle se vida sans que rien absolument n'eût pu faire croire à un épanchement quelconque de liquide h l'extérieur. En outre le plasma renferme une grande quantité de vacuoles beaucoup plus petites, visibles seulement après compression. Il faut aussi mentionner comme caractéristique la présence constante, dans le tiers an- térieur du plasma, d'une zone de grains jaunâtres ou plutôt verdàtres, très brillants (fig. 1 et 2). GENRE COCHLIOPODIUM 201 Enfin cette espèce est toujours bourrée de Zoochlorelles, d'un vert d'herbe, analogues à celles des Difflugies, et qui par leur réunion en masse font prendre au premier coup d'œil ce CochJiopodinni pour une petite algue ronde. Le noyau ne se voit pas sur le vivant, ou ne se laisse pas deviner, caché qu'il est par les Zoochlorelles et les inclusions. Mais j'ai réussi deux ou trois fois à l'isoler; il est sphérique ou à peu près, et renferme un gros nucléole central ponctué, noyé dans un suc nucléaire où l'on remarque aussi de fines poussièi'es, près de la membrane nucléaire (fig. 5). J'ai récolté cette espèce à Bernex, à Lossy, et dans le petit marécage de l'Asile des Vieillards. Dans cette dernière localité, il habitait par milliers et milliers des paquets na- geants de nostoccacées. On y voyait beaucoup de jeunes, conformes aux adultes mais plus délicats, et avec des cils si ténus qu'on avait toutes les peines du monde à les distinguer. Enfin des plus jeunes encore n'étaient plus que des Amibes, avec un corps rond et des pseudopodes larges et rampants, parfois sans Zoochlorelles et toujours sans cils visibles. On pouvait du reste constater tous les passages entre ces tout petits individus et les adultes. Si nous récapitulons les caractères qui distinguent cette espèce du Cochliojiodium echinatum, nous les résumerons coumie suit : Forme moins changeante ; membrane plus claire, à cils moins longs, et à voile carac- téristique; vésicules contractiles nombreuses, repoussant la membrane; toujours des Zoochlorelles; zone de grains brillants à la partie antérieure du plasma; pseudopodes plus fins et plus longs. Malheureusement si j'ai examiné un nombre considérable de représentants de cette forme verte, je n'en puis dire de même pour ce qui concerne le CochUopodimn echhmtum, dont j'ai aperçu peu d'individus, et il est possible que dans cette dernière espèce on retrouve, après examen plus approfondi, quelques-uns des caractères différentiels indi- qués. Aussi l'autonomie de chacune de ces formes n'est-elle pas encore parfaitement certaine. 26 202 FAUNE RHIZOPODIQUE DF BASSIN DU LÉMAN CochJiojwcUnm erinaceum spec. nov. Cet organisme est très petit; à l'état arrondi il ne mesure guère que 21 jx et arrive à 25 jM sous sa forme étalée. C'est à peine si l'on peut voir en lui un Cochliopodhm, et il semble plutôt servir de transition entre ce genre et les véritables Amibes. Sa forme la plus na- turelle est probablement celle que représente la fig. 1, c'est-à-dire celle d'un dôme élevé, rétréci à sa base; on voit alors sous cette forme l'animal entouré d'une membrane d'un vert jaunâtre clair, à double contour, mais non ponctuée ni striée. Cette enveloppe est couverte elle-même de prolonge- ments déchiquetés ou de dents irrégulièrement dessinées, pointues à leur sommet. Ces prolongements, rigides d'apparence, sont pourtant de nature protoplasmique, car ils changent lentement de forme et se déplacent. On les trouve nombreux surtout au sommet du dôme où ils peuvent former une véritable touffe. La fig. 1 montre ces denticulatious vues de côté et la fig. 5 sur un individu examiné de haut en bas. Mais si nous suivons un instant un exemplaire pareil à celui que montre la fig. 1 (de côté) ou la fig. 2 (d'en haut), nous le voyons bientôt s'élargir à la bouche, puis s'y étaler toujours plus, en même temps que l'enveloppe s'efface peu à peu à la vue; les pseudopodes qui, d'abord, étaient demi-coulants, demi-pointus et déchiquetés, se répan- Cochliopodium erinaceum. — 1. Individu vu de côté. — 2. Le même, vu d'en haut. — 3. Le même, se déformant. — 4. Le même, sous sa forme amiboïde. — 5. Fragment d'un des côtés, avec pseudopode, et prolon- gements spiniformes. — 6. Noyau. (iENliE COt'HLlOruDIUM 20;-5 dont fil larges oiidt's, on iiiônio tenii)s qu'il on pousse, sur roctosarc antérieur on mou- vement, d'autres plus longs et étroits (fig. 3), semblables à des tentacules. Enfin l'ani- mal s'étale toujours plus, avance d'une marche assez rapide par des ondes pourtant épaisses et perd toute trace de membrane. Quant aux prolongements denticulaires, ils sont peu à peu remplacés par une houppe serrée de filaments (fig. 4) '. Nous n'avons plus alors qu'une Amibe, sans rapport aucun avec un Cochliojwdi/uii typique. Les fig. 1 et 4 représentent les deux termes extrêmes examinés sur un individu, à vingt minutes de distance; les fig. 2 et 3 sont des termes moyens, choisis dans une série de treize croquis pris pendant ce même temps. Le plasma renferme une grande quantité de petits grains brillants, puis un noyau sphérique, à gros nucléoles mats. On trouve également à la surface un certain nombre de vésicules contractiles qui, en s' agrandissant, repoussent devant elles la membrane. Je n'ai malheureusement trouvé que deux individus se rapi)ortant à cette espèce; l'un d'eux a été suivi très longtemps et dans toutes ses phases; l'autre, parfaitement semblable d'ailleurs, était sphérique, entouré de tous côtés par son enveloppe denticulée, et n'a pas consenti à se développer; mais ses vésicules contractiles fonctionnaient régu- lièrement. Ces deux individus provenaient de sphagnum récoltés sous la neige, le 27 jan- vier 1901, aux Pitons, sur le Salève, à 1350 mètres d'altitude. J'ai hésité, du reste, à regarder cet organisme comme représentant un CochUo- jjO(?i«w; peut-être y aurait-il là une petite Amibe, enkj^stée d'abord puis se déployant? Mais l'apparence est plutôt favorable à la première opinion, et je crois devoir men- tionner ici cette espèce, au moins à titre provisoire. CochliopodtKm obsainn)i Penard 1890 (85). En 1890, j'avais trouvé cette espèce à Wiesbaden, mais représentée par quelques individus seulement, et la description que j'en avais donnée, quoique exacte, était un 'Dans les lig. 3 et 4, qui sont tournées dilTéremmcnt, la jiartie postérieure de l'iiidiviiiu est repré- sentée dans le premier à gauche, dans l'autre à droite, comme on l'aura d'ailleurs facilement reconnu. 204 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN peu incomplète. Je l'ai retrouvée, au mois d'août 1900, à la Pointe-à-la-Bise, sur les rivages du lac, puis à l'Asile des Vieillards, en mars 1901. Dans ces deux localités elle était extrêmement abondante. Pour étudier cette espèce, nous pouvons partir de la forme de patelle (fig. 1) qu'elle semble toujours revêtir pendant la marche. L'animal se présente alors à première vue comme un disque bien rond, noi- râtre à un fort grossissement. Au centre du dis- que on voit un espace circulaire beaucoup plus foncé que le reste, et en abaissant ou élevant l'objectif on peut s'assurer que cette zone centrale repré- sente un dôme assez élevé, sous lequel est logée la masse principale du plasma. Ce sont les contours de ce dôme qui présentent la limite la plus foncée, par le fait soit d'ombres naturelles, soit surtout de ce que l'enveloppe, vue en plongeant, se montre sous une plus forte épaisseur. De côté, l'animal se présente alors connue sur la fig. 2, mais avec des rebords plus étalés. Les limites externes du disque représentent alors les bords de la membrane. Cette dernière est une sorte de peau jaunâtre et transi)arente, extrêmement souple, ni striée Cochliopodium ohscurum. — 1. L'animal étalé. — 2. Un autre, vu de côté. — 3. Le même, ramassé, avec le type pyriforme. — 4. Le même, plus tard. — 5. Un autre, étalé. — 6. Aspect de la surface. GENRE COCHLIOrODIUM 205 ni ponctuée, mais revêtue d'une armature serrée de grains brillants, amorphes, jamais anguleux, très réfringents sur leurs bords (iig. 6), qui sont collés ou piqués sur l'enve- loppe et y adhèrent intimement. Ce sont ces grains qui, par leur nombre et leur réfrin- gence, donnent à la membrane un aspect noirâtre ; mais vus un à un, ils sont clairs ou jaunâtres. Parfois ils se trouvent mêlés de petits débris et poussières de différente nature, et forment avec eux un feutrage épais, quoique la membrane projjrement dite soit assez mince elle-même. De cette enveloppe patelliforme on voit s'étaler une auréole d'ectosarc déchiquetée, et divisée par des bras ou pseudopodes raj-onnants, plus ou moins longs et larges, quel- quefois presque filiformes; parfois cette auréole claire ne dépasse pas la membrane, et l'on voit sortir de dessous cette dernière des pseudopodes très tins et allongés. Il peut y avoir aussi en même temps deux sortes de pseudopodes, larges et aigus surtout en avant, longs et étroits surtout en ai'rière (Iig. 5). Toute l'enveloppe est susceptible de déformations considérables, qui toutes sont basées sur un resserrement des bords libres de cette membrane autour d'une bouche, fictive ou véritable suivant le cas. La forme de patelle est le mode habituel de locomotion sur une surface plate ; lorsque l'animal rampe sur une fibre ou tige végétale, il prend la forme d'un chapeau allongé (fig. 2), puis, suivant le besoin, il se resserre si bien qu'il en devient pyriforme (fig. 3). D'une manière générale, on peut dire que les pseudopodes sont d'autant plus longs et étroits que l'enveloppe est plus ramassée sur elle-même et que la bouche est moins large; et les individus pareils à la fig. 3, qui se voient fréquemment, portent dans la règle des pseudopodes filiformes, qui peuvent les faire passer pour des représentants du genre Pseudodifflugia. Les fig. 3, 4, et 2, qui représentent le même individu et ses changements dans l'espace de trois mimites, illustrent assez bien les caractères de cette espèce. L'animal trouvé sous la forme 3 et avec une bouche extrêmement étroite, s'accrocha à une tige d'algue et s'y allongea, en s' ouvrant en arrière comme d'une seconde ouverture (4), puis finit par se déployer en chapeau (2) et passa ensuite par toutes sortes d'évolutions diverses, mais qu'il est inutile de rappeler. Cette membrane n'est probablement pas susceptible de se développer en tubes autour des pseudopodes fins, car les pierres et les écailles qui la revêtent s'y opposeraient, 206 FAUNE RHlZOrODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN mais elle peut le faire sur la base crmi faisceau tout entier; un jour j'ai vu se i)roduire un tube bien net autour d'un i)seudopode étroit, mais ce tube était très clair et mince, et formé simplement d'ectosarc ordinaire, sans que la membrane réelle eût contribué à sa formation. Le noyau ne se voit sur le vivant (jue conmie une tache centrale, sous le sommet du dôme; mais j'ai pu par compression de l'individu en isoler un. Il était subsphérique, possédait une membrane imcléaire fine, une zone de suc imcléaire cendrée et renfermant quelques poussières, et un gros nucléole à contours particulièrement nets et bien marqués; ce nucléole laissait voir des points clairs qui devaient représenter des petites vacuoles ou lacunes. Le diamètre du noyau, légèrement comprimé, était de 10 u. On remarque toujours aussi dans le corps une grande vésicule contractile. Lorsque par compression on a fait sortir le plasma, on y trouve également des vacuoles rondes, qui cherchent à se réunir en une seule, c'est-à-dire à se joindre à la vésicule contractile normale. Enfin le corps renferme dans la règle une grande (pantité de petits grains brillants jaunes. Le diamètre ordinaire de l'animal est à l'état globuleux de 25 à 30 ^u.; étalé en patelle, il arrive, d'un bord à l'autre de la membrane, mais sans y comprendre les pseu- dopodes, à 50 u environ. Genre ParmuUna Gen. nov. J'ai rencontré à deux reprises différentes, et en grande abondance, une Amibe protégée par une carapace rigide, hémisphérique, qu'il m'a été impossible de rapporter à aucun des genres existants. Elle se rapprocherait pourtant du genre PyxidimJa de Ehrenberg, mais par sa forme générale seulement, et en diffère trop en réalité pour que l'on puisse songer à la joindre à cet organisme. Par contre VAmœba ohtecta de Gruber, que la présence d'une enveloppe véritable distingue franchement des vraies Amibes, me GENRE PARMULINA 207 parait présenter avec elle une parenté suffisamment rapprochée pour que ces deux espèces puissent être réunies en un même genre. Le genre ParmnHna serait donc représenté par des Amibes entourées d'une membrane en forme de coupe, sans dessins ou ponctuations symétriques, revêtue de débris agglutinés qui peuvent arriver à former un véritable feutrage. Dans la rarmnUna cyuthiis renveloi)pe est tout entière rigide; dans la ParmuUna ohtecta, elle est souple à la bouche. ParmuUna cyathus spec. nov. Cette espèce ne semble habiter que les mousses, et peut-être même seulement celles des bois et des haies, à l'exclusion des mousses aquatiques. Je l'ai trouvée en grande abondance sur le talus d'un chemin très ombragé, à Chougny, puis à Florissant. Elle est revêtue d'une coquille hémisphérique, transparente, à peine jau- nâtre, chitinoïde, et rigide. On pourrait donc la com- parer à l'une des moitiés d'un ballon de verre coupé par le milieu. Le bord de cette sorte de coupe est rigide, inca- pable de se reployer en dedans. Ce rebord est très mince, mais doublé, tout près de l'ouverture, d'une ligne circulaire, qui semble représenter un épaississement, et probable- ment marque la limite de l'enveloppe véritable. Au delà de cette limite, il n'y aurait plus qu'une expansion mince, plus ou moins dessinée suivant les individus. Dans la tig. 4, qui ParmuUna cyathus. — 1. Aspect habituel, de côté. — 2. Autre aspect, avec plasma soi-tant. — 3. Uu autre, vu par sa face orale. — 4. Co- quille vide. — 5. Coupe de l'enveloppe. — 6. Noyau. 208 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN représente une coquille vide retournée, on distingue très bien cette ligne circulaire qui court tout le long du bord. Mais la coquille ne reste jamais telle qu'elle vient d'être décrite; elle est toujours revêtue de petites écailles d'origine étrangère, fragments quartzeux plats, puis de débris et de poussières de toutes sortes, qui peuvent être plus ou moins abondants, et finissent quelquefois par former un véritable feutrage. Les fig. 1, 2 et 4 montrent des exemplaires où la membrane n'est couverte que de peu de débris; dans la fig. 3 ces derniers forment une couclie feutrée très forte. La fig. 5 représente une coquille qui avait été soumise à l'action de l'acide sulfurique, et vue de côté; on y distingue une membrane lisse à double contour, recouverte elle-même d'une couche de matière liyaline sur laquelle font saillie de nombreux petits débris collés. Le plasma se voit la plupart du temps en boule à l'intérieur, ou bien à moitié sorti de la coque, comme dans la fig. 2, où il se produit une onde courte de plasma clair; dans la fig. 3, où l'iiulividu est vu par dessous, la masse du corps est reliée à la membrane par des prolongements anguleux, ou épipodes. La fig. 1 montre une onde de plasma courant le long du bord. Quant à de véritables pseudopodes, je n'en ai jamais aperçu; l'animal semble toujours ramper à la manière d'une patelle, et sans doute avec une lenteur désespérante, car je ne me rappelle pas l'avoir vu se déplacer d'une manière évidente. La plus grande partie des individus trouvés avaient l'apparence de la fig. 2 ; le plasma arrondi en boule était à moitié ou presque entièrement sorti de la coquille. On voyait toujours alors dans ce plasma un grand nombre de poussières jaunâtres, quelques débris qui devaient représenter de la nourriture digérée, parfois des grains brillants (amylum?), une vésicule contractile et un noyau. Ce dernier s'est toujours montré dans une position excentrique, c'est-à-dire logé non pas sous le milieu de la coque, mais un peu sur le coté (fig. 3). Il renferuie un nucléole central, compact, et relativement petit (fig. 6, où le nucléole est cependant d'un volume inférieur à la normale). Le diamètre de la coquille cliitinoïde varie entre 40 à 45 a environ, mais il peut arriver à 60 p^, quand le feutrage de recouvrement est très fort. GENRE PARMIILINA 209 Parm/iîina obfecfa Gruber si^ec. Amœba obtecta Gruber (44). Gruber a trouvé son Awœha ohteda dans un aquarium d'eau de mer. Il la décrit comme une Amibe de 30 à 40 y, pourvue d'une enveloppe formée d'une substance mucila- gineuse jaunâtre, qui semble durcir toujours plus dans l'eau; la partie la plus interne de l'enveloppe est la plus consistante. Cette enveloppe est également recouverte d'un feutrage de petits débris. Gruber n'a pu observer qu'une seule fois de véritables pseudopodes; c'étaient des prolongements émoussés dont l'un se divisa à son sommet. On ne voyait pas de vésicules contractiles, et Gruber attribue le fait à ce que cette Amibe est une forme marine. Cependant il existait de petites vacuoles. Le noj^au n'était visible qu'après l'action des réactifs. L'organisme que j'ai rencontré moi-même, à Mategnin et au Bacliet-de-Pesay, en individus nombreux, présente de telles analogies avec l'Amibe de Gruber qu'on ne peut hésiter à l'identifier spécifiquement avec elle ; mais il me parait nécessaire de le retirer du nombre des Amibes vraies, pour le faire rentrer dans le voisinage de l'espèce précé- dente, c'est-à-dire dans le genre Panntdii/a. L'enveloppe est ici encore en forme de cupule, mais beaucoup plus profonde. Elle est composée d'une matière jaunâtre, en apparence mucilagineuse, dans laquelle sont noyées des parcelles très petites de nature diverse, ou de petites écailles de l)oue, (jui forment un feutrage plus ou moins épais, mais dans la règle assez clair pour que l'on puisse distinguer le plasma à travers la membrane. Cette enveloppe semble plus ou moins consistante suivant les régions; en arrière elle est presque rigide, mais en avant, sur ses bords ouverts, elle est plus claire et plus mince, 27 /? °'M) ParmiiHna ohtecta. — 1. L'animal vu de côté, avec un pseudopode. — 2. Un autre, avec plasma presque tout entier sorti de l'enveloppe. — 3. Enveloppe fermée. 210 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN et d'après certaines apparences on peut conclure qu'elle peut se fermer à la bouche (fig. 3). Je n'ai pu que deux fois constater la présence de véritables prolongements pseudo- podiques. Dans la lig. 1 , on voit un bras analogue à celui des Difflugies ; la lig. 2 repré- sente un exemplaire où l'animal semblait vouloir sortir de son enveloppe, à laquelle il est pourtant encore attaché en arrière par un épipode. Dans tous les individus examinés, j'ai trouvé soit plusieurs vésicules contractiles, soit une seule très grosse. Il est intéressant de constater la présence de ces éléments dans l'eau douce, en même temps que leur absence de l'eau salée, d'autant plus qu'on peut se demander si les Amibes de Gruber, bien que vivant dans l'eau de mer, n'avaient pas en définitive été apportées de l'eau douce, à Fribourg-en-Brisgau, où se trouvait l'aquarium qu'elles habitaient. Dans cette espèce, mes observations sur le noyau ont donné des résultats quelque peu contradictoires : au Bachet-de-Pesay, où l'animal vivait dans un petit ruisseau, j'ai toujours entrevu à travers l'enveloppe, sur le vivant, un noyau unique très gros, qui après coloration au carmin montrait soit un nucléole grand, central, soit deux, soit trois, soit une douzaine de nucléoles plus petits, et toujours de taille d'autant plus faible qu'ils étaient plus nombreux. A Mategnin, dans un marécage, sur trois individus examinés, l'un m'a montré, sur le vivant, un seul noyau, bien plus petit que dans la première localité; les deux autres, vus après carmin, en renfermaient deux ou trois, peu distincts. La taille de la ParniuUna obfecfa est très variable, allant du simple au double sui- vant les individus; la moyenne en est de 30 ^ environ. Genre Bifflngia Leclerc, 1815. Les genres Corycia, PseudochJamys, CocMioiiodimn, nous ont montré des Amibes recouvertes d'une membrane souple, déformable et plus ou moins bien dessinée ; dans la I'armalina cette membrane était déjà presque rigide, mais nous n'avions pas encore là des Rhizopodes positivement testacés, à coquille solide, enfermant l'animal de toutes parts GENRE DIFFLUGIA 211 sauf sur un espace étroit où s'ouvre une bouclie permanente. C'est avec le genre Difflurjia que nous arrivons aux véritables Rhizopodes h coquille, et pour indiquer les traits caractéristiques de ce genre complexe je ne saurais mieux faire que de reproduire, mais avec quelques modifications', la diagnose donnée par Bûïschli. « Coquille incrustée de corps étrangers, qui sont agglutinés par une matière cliiti- « lieuse et peut-être aussi plutôt protoplasmique (surtout des grains de sable et des frus- « tules de Diatomées). Forme assez variable, régulière, monaxone, sphérique ou allongée, « parfois étirée en pointe à la partie postérieure, ou bien ornée de plusieurs appendices « en forme de cornes, symétriques ou asymétri(iues. Bord de la bouche parfois recourbé « en dedans ou en dehors, ou bien crénelé de différentes manières. Plasma ne remplissant « ordinairement pas entièrement la coque l Pseudopodes lobés, rarement quelque peu « déchiquetés. Vacuoles et noyaux en nombre très varié. Nombre des espèces très consi- « dérable, cependant ditticile à déterminer à cause de la grande variabilité du genre; « jusqu'ici il n'y a guère qu'une douzaine et demi de formes qui puissent être retenues « comme bien typiques. » Le genre Bifflugia est en effet extraordinairement complexe. Il en existe sans aucun doute un nombre considérable d'espèces parfaitement fixées et autonomes ; mais comme ces espèces ont toutes ce trait commun d'être recouvertes de particules étrangères de même nature ou à peu près, il n'y a à première vue que la forme de la coquille qui puisse les distinguer, et comme cette forme est souvent fort rapprochée d'une espèce à une autre et en même temps quelque peu variable suivant l'individu, les confusions sont extraordinai- rement faciles. Cependant la théorie de la variabilité presque illimitée de la coquille, et du passage très aisé d'une espèce à une autre, théorie qui longtemps a régné en maître, est aujourd'hui fortement battue en brèche, et les observateurs qui se sont le plus occupés du sujet, comme Rhumbler, Gruber, Frenzel, et tant d'autres, insistent sur la perma- nence des caractères spécifiques chez ces petits organismes. Pour mon compte, après une longue expérience du genre Diffl/igia, je suis convaincu non seulement de la richesse de ' Dues à ce que BCtschli y fait rentrer les genres Ncbela et Ontiopyris. - Je me servirai indiiréremnient, dans tout le cours de cet ouvrage, soit du nom de coquille, soit du terme de coque, emprunté à la botanique, mais qui souvent a été employé pour l'enveloppe rigide des Rhizopodes. 212 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN ce genre en formes spécifiques bien autonomes, mais encore de la possibilité de détermi- ner sans trop de difficultés, au moj'en de caractères suffisamment nets et permanents, la plus grande partie au moins des Difflugies. Il en existera, il est vrai, sans doute longtem])s encore un certain nombre dont les caractères ne seront pas assez bien indiqués pour qu'on puisse les séparer en espèces distinctes, mais une étude consciencieuse de l'animal tout entier, de son noyau, de ses pseudopodes, des ornements de sa coquille, de la physio- logie même de l'espèce, ne pourra manquer de donner des résultats encourageants. Bien des travaux, d'ailleurs excellents sous d'autres rapports, n'ont fait que mettre un peu plus de confusion dans ce sujet déjà si complexe. Les deux observateurs qui se sont probable- ment jusqu'ici le plus occupés du sujet, Ehrenberg et Leidy, ont à cet égard péché dans un sens dittérent. Ehrenberg a décrit un noud)re considérable de Difflugies, sur le vu de la coquille seule, et examinée même dans ses seuls caractères généraux ; aussi est-il impossible maintenant d'identifier plus qu'une partie très restreinte des es])èces qu'il a créées. Leidy a beaucoup plus observé les détails, mais s'en tenant, à ce qu'il semble malgré lui, à la tliéoiie de la variabilité excessive, il a réuni sous le même nom parfois trois ou quatre formes parfaitement différentes, et le beau volume où il a consigné ses observations, s'il permet à chaque page d'admirer l'homme et l'observateur, n'a pas eu les résultats que le professeur américain était en droit d'espérer. Je vais essayer à mon tour de décrire les Difflugies des environs de Genève, et j'es- père pouvoir indiquer pour la plupart d'entre elles des caractères suffisamment certains pour ajouter quelques faits de valeur à ceux que l'on coiniaît àéjh. Je n'ai considéré en tout cas comme espèces que les formes qui m'ont paru bien fixées, et j'ai cité comme varié- tés celles qui tout en paraissant jouir d'une réelle autonomie pi'ésentent avec l'espèce type des analogies trop rajjprochées pour qu'une séitaration paraisse désirable. Si nous faisons abstraction du noyau, et parfois aussi des pseudo]wdes, nous recon- naîtrons qu'il existe très peu de caractères spécifiques à retenir du plasma des Difflugies. Ce plasma est toujours à peu près le même, chargé de grains d'excrétion, de proies, dans certaines espèces de Zoochlorelles symbiotiques, de grains d'amidon, etc. Le noyau, quand il est unique, se trouve toujours et sans aucune exception à la partie postérieure de l'ani- mal, sous le fond de la coque, aussi suffit-il de constater le fait une fois pour toutes. Il existe toujours au moins une, et dans la règle même plusieurs vésicules conti'actiles, dont 214 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIX DU LÉMAN la place normale est eu arrière près du noyau, mais (pii souvent aussi se voient à la bouche. Le plasma ne remplit jamais la coquille tout entière, mais il y a sous ce rappoit des différences souvent très fortes d'une espèce à l'autre ; la partie libre entre le corps protoplasmique et la paroi interne de l'enveloppe est alors traversée par quelques pro- longements spéciaux ou « épipodes, » qui sans doute ne manquent jamais en principe, mais souvent restent invisibles ; leur place normale est surtout en arrière. Ces épipodes peuvent, dans des cas rares, donner lieu à des différenciations spécifiques, mais pas tant, il est vrai, chez les Difflur/ia que dans d'autres Rhizopodes (Hi/alosphenia cimeata, etc.). Les pseudopodes sont toujours à peu prés cylindricpies, arrondis à leur sonnnet, et en nombre variable suivant le moment, ou suivant Fespèce; dans une marche très rapide il ne s'en dévelo])pe le plus souvent qu'un seul. Dans toutes les descriptions qui vont suivre, la i)artie vivante de l'individu ne sera mentionnée que d'une manière tout à fait générale, sauf dans les cas, d'ailleui's moins rares qu'on pourrait le penser, où ce plasma présenterait quelque chose de particulier. La planche générale, qui représente ici toutes les Difflugies étudiées dans les environs de Genève', et dessinées à la même échelle de '/sso, pourra sans doute être consultée avec fruit pour la détermination approximative des espèces. Diffhigia pyriformis Perty, 1852. Difflugia Leclerc, 1815. La Difflufiia jiyt'iformis, entrevue par Leclerc en 1815, et déterminée plus exactement par Perty en 1852, a depuis constamment gardé le nom spécifique créé par ce dernier auteur, et les synonymes qu'on pourrait citer concernent tous des variétés spéciales, parfois même des espèces dont il sera fait mention plus tard. Dans la Diffltir/ia -pyriformis typique, la cocpie est en forme de bouteille, ou pyriforme, avec son pôle oral prolongé en un col plus ou moins bien prononcé. Cette coquille est ' Sauf la biljliifjid iiiolcslii, qui d'abord avait ùlO réuuii' à la Ot//'. glans, et n'en a été séparée qu'après la confection de la planche. GENRE DIFFLUGIA 215 presque exclusivement formée de fragments anguleux de quartz, rarement mêlés de particules de boue ou de Diatomées. Tous ces éléments sont liés les uns aux autres par un ciment clair très peu abondant, de sorte que la coque se brise facilement par la pression, et que les pierres se désagrègent. Le col est dans la règle formé de pierres plus petites et mieux arrangées que sur le reste de l'enveloppe; mais, en même temps, on trouve fréquemment deux ou trois pierres très grosses à la naissance du col. Le plasma, plus clair à la partie antérieure (ectosarc), ne remplit pas toute la coque; il est souvent rempli de proies, de grains d'amidon, quelquefois de Zoochlorelles. Le noyau est très grand, sphérique, et la masse chromatique y est toujours représentée par des petits nucléoles globuleux rassemblés surtout près de la membrane nucléaire. On trouve au moins une et souvent plusieurs vésicules contractiles, de préférence au col et près du noyau. Les pseudopodes sont larges, cylindriques, coulants, et en général peu nombreux; rarement on en trouve plus de quatre; quand la marche est très rapide, il n'en existe dans la règle qu'un seul, large et allongé. Telle est, en quelques mots, la description que l'on pourrait donner de la Bifflngia ■piiriformïs. Mais cette espèce ])résente des différences extraordinaires dans la forme, la taille et parfois la structure intime de sa coquille, et ces différences me paraissent pouvoir se rattacher à deux causes : 1" variabilité inhérente à l'espèce, 2^' existence de formes spécifiques réelles, qui n'ont rien à faire les unes avec les autres mais qui se ressemblent trop pour qu'on puisse les distinguer par des caractères suffisamment sérieux. C'est à la première de ces causes que l'on a presque toujours attribué la grande diversité des formes dans la Diffliuilapijriformis. Or cette variabilité existe certainement jusqu'à un certain point, mais pour mon compte je serais porté à regarder la plus grande partie des formes que revêt cette Difflugie comme représentant des espèces. Prenons par exemple la coquille représentée ici par la fig. 3 avec un petit étrangle- ment caractéristique en arrière du col, ou bien encore celle que montre la fig. 6, avec un col cylindrique très étroit terminant une coquille arrondie très large; si je rencontre l'une ou l'autre de ces formes dans un marécage des environs de Genève, mais pas dans d'autres 216 FAUNE RHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LEMAN OÙ founiiilleiit les Dlffhuiia injnformis, puis que je la retrouve plus tard eu Russie, (lue je ne la rencontre pas en Suède, mais qu'elle apparaisse de nouveau en Amérique (et tout cela je l'ai noté par mes expériences personnelles), elle se rapprochera de si près de la Diffluf/ia pyriformis typique que ne sais comment l'en séparer, mais pourtant je ne puis m' empêcher de la re- garder comme quel- que chose de spécial. En admettant donc pour un instant la spécificité de ces formes nombreuses, on pourrait vouloir aller plus loin et cher- cher leur origine à chacune. Je serais alors porté à voir là deux modes de pro- venance, différente suivant telle ou telle espèce: 1° grâce à la variabilité réelle de la Difflugia pyriformis il s'est, dans la suite des temps, produit des formes qui une fois créées se sont toujours mieux fixées, et ont fini par se séparer à tout jamais du type; 2° dans la lente évolution qui s'est faite chez ces êtres connne dans le reste du monde organique, et qui tend à revêtir l'Amibe d'une carapace protectrice et à créer des espèces testacées, il est fort possible que plusieui's Amibes différentes en soient arrivées, chacune de leur côté, à la possession d'une coquille de ce même type pyriforme, qui après le tj'pe globuleux et le type ovoïde est le plus naturel et le plus facile à acquérir, et en même temps présente sur les deux autres de plus grands avantages dans la lutte pour l'existence (plus de facilité à se forcer un chemin sous les débris, etc.). Dans son grand ouvrage, Leidy donne dans ses planches X, XI et XII une vingtaine Difflugia pyriformis. — 1, 2. Formes habituelles. — 2 6. Détails des pustules pa- rasites sur la coquille. — 3, 4, 5, 6. Variétés. — 7. Individu occupé à vider uu petit Rotifère. — 8. Noyau. GENRE DIFFLUGIA 217 de formes différentes de la Diffl/tr/ia iJi/rifornits. Quelques-unes concernent sans doute des espèces autonomes, et qui se retrouveront ici sous le nom de Diffln^^ia r/ibescens, Diffluf/ia lanceolata, Diffluf/ia baciUifera, Ponfigulatia s^H'ctabiUs; mais néanmoins les planches de Leidy sont très intéressantes à consulter, et donnent une idée très nette de la richesse de formes dans ce type puriformis. Quant à mes propres dessins, qui malheui'eusement pour cette espèce sont les moins réussis de tous ceux de l'ouvrage, ils montrent eux aussi des différences de forme considérables. Les fig. 1, 2 et 7, peuvent être considérées comme représentant la forme typique, et les lig. 3, 4, 5, G, des soi-disant variantes, mais qui, peut-être, sont plus fixées qu'on ne pourrait le croire. Dans la fig. 2, on remarque au sommet de la coque deux corps arrondis, qui sont représentés plus grossis en 2 & ; ces corps, que l'on trouvait fréquemment, dans une station spéciale, sur les coquilles non seulement de cette espèce, mais encore de quelques autres, et qui ressemblent à des pustules produites par une maladie, représentent, m'a-t-il semblé, des coquilles d'un très petit Rhizopode, apjiartenant au genre Psemlo- diffltujia, et vivant ici en parasite (?). Nous reviendrons sur ce sujet à propos de la Difflugia urceolata. Dans la fig. 7, on voit une Diffl/ic/iu pi/riformis occupée à vider un Rotifêre ; à gauche et à droite deux pseudopodes sont libres, tandis qu'à l'intérieur du Rotifêre un large pseu- dopode s'étale, fixé au fond de la carapace par trois larges prolongements. La fig. 8 montre le noyau, qui provenait d'un très gros individu, et n'arrivait pas lui- même à moins de 70 [j. de diamètre; c'est là, je crois, à peu près le maximum de taille que l'on puisse observer dans les noyaux des Rhizopodes. Quant à la longueur de la coquille dans la Difflt((/la pyriformis, elle est extrêmement variable, en raison même de la diversité des formes. Leidy la donne comme mesurant de 65 à 580 ^; pour mon compte je ne l'ai pas vue dépasser 400 «, et cela dans de très rares occasions. L'individu que Leidy menticunie comme atteignant 580 y. représente une forme spéciale, très grande et en même temps allongée en tube (PI. X, fig. 15) que je n'ai pas rencontrée. 218 FAUNE KHIZOPODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Parmi les différentes formes qui se rattachent à la Difflugia pyriformis il en est quelques-unes qui paraissent si bien fixées, que l'on peut sans difficulté les séparer du type et les indiquer comme des variétés bien nettes, destinées probablement plus tard à prendre rang parmi les espèces classifiées comme autonomes. Telles sont par exemple les suivantes : Difflugia pyriformis var. nodosa Leidy (67). Dans la planche XI de son ouvrage , Leidy figure sous ce nom toute une série de Difflugies, remarquables par leur couleur verte, et dont la coque, faite de pierres re- lativement volumi- neuses, est tantôt quelque peu com- primée, tantôt ar- rondie ; le dôme dorsal qui les ter- mine est en même temps presque toujours inégal, couronné par une, deux ou trois pointes mousses , elles-mêmes aussi de formes iri'égu- lières. Après avoir d'abord rapporté certaines d'entre elles à la Difflmjia compressa de Carter, puis réuni les autres sous le nom de Difflugia entochloris, Leidy a fini par les considérer toutes comme constituant une variété de la Difflugia pyriformis. variété qu'il a appelée alors nodosa. Cette variété se rencontre fréqueunnent dans les environs de Genève ; elle est surtout Difflugia pyriformis, variétés. — 1. Var. nodosa, aspect habituel. — 2. Même var., très élargie. — 3 et 4. Var. cktviformis. — 5. Var. venusta. — 6. Var. atricolor. — 7. Var. hryophila. — 8. Var. lacustris. (iENRE DIFFLUGIA 219 abondante dans un petit étang de l'avenue d'Aire, où elle vit toute l'année en quantités considérables, et où elle se montre sous toutes les formes que Leidy a lui-même figurées. Elle se fait remarquer, d'abord par une taille exceptionnelleuient forte, qui varie en général de 350 à 420 (j., puis par sa teinte verte due à la présence de Zoochlorelles sj'm- biotiques ; enfin par ses contours anguleux et inégaux. On trouve cependant, avec ces der- niers, un certain nombre d'exemplaires parfaitement arrondis en arrière, et qui ne se distinguent plus guère alors de la Difflugia pyrifonnis typique que par leur teinte verte et leur taille supérieure ; mais d'une manière générale, il y a tendance h la formation de protubérances ou cornes, et en uiéme temps à une certaine inégalité de contours. La fig. 1 représente un individu sous sa forme la plus liabituelle; la tig. 2 en montre un autre, très élargi mais sans cornes; parfois, au lieu d'une corne ou de deux, on en voit trois, et j'ai trouvé quelques coquilles prolongées en arrière de quatre belles cornes dans lesquelles la matière verte pénétrait presque jusqu'à l'extrémité. En même temps que cette déviation du tyi^e pijriformis ordinaire, on peut constater presque toujours une certaine compression de la coquille; dans l'exemplaire représenté par la fig. 2, cette compression était très forte. Quant au plasma et aux pseudopodes, ils ne se distinguent en rien de ceux de la Difflugia pyriformis. Le noyau est parfaitement spbérique, à forte membrane très nette, et renferme un nombre considérable de petits nucléoles arrondis; il arrive facilement à 60 fx de diamètre. Difflmjia pyriformls var. clarifoniiis Penard (89). Je n'ai jamais trouvé cette Difflugie que dans le lac de Genève, à 20-30 mètres de profondeur. Il est probable que la lig. 16 de la pi. X de Leidy, qui montre une coquille trouvée dans le China-lake (Uinta-Mountains) aux Etats-Unis, représente cette même forme. Leidy en fait une Bifflnfiia pyiiformis: dans la pi. XIII, par contre, tig. 3 et 4, on voit deux coquilles de même i)rovenance sous le nom de Difp/if/ia aaimiiiata, mais qui sans doute se rapportent à la forme mamelonnée de cette même variété clariformis. C'est la plus belle et la plus grande des Difflugies; ou la voit facilement à l'œil nu; elle atteint souvent 4.50 y. et reste rarement au-dessous de 380 w. La coquille est 220 FAUNE RHIZOl'ODIQUE DU BASSIN DU LEMAN subi)ja'iforme, non comprimée, droite ou parfois un peu tordue. Le fond est en ogive (fig-. 4), ou bien se termine par un mamelon plus ou moins arrondi (tig. 3). Les pierres qui forment cette coque sont toujours très grandes et très plates, et plus petites à la bouche. Le noyau, globuleux, très grand et clair, renferme des micléoles nombreux et très petits, qui sont caractéristiques. Cette variété ne contient jamais de matière verte ; mais elle l'enferme néanmoins une grande (juantité de grains d'amylum très clairs et très petits, dont l'existence ne peut donc pas être rattachée à la i)résence d'algues connnensales, comme on a cru parfois devoir le faire. Il y a trois ans, en décrivant cette Diitlugie, je disais n'avoirjamais eu l'occasion d'en observer les pseudopodes, l'animal se montrant toujours particulièrement timide. Cette année, j'ai pu les examiner deux fois; ils sont très grands, et parfaitement conformes à ceux de la D'ifflitfjkt j)i/r/fhi-iu/s. Diffhif/iajii/rifdrni/s, var. venitsta \'m\ nov. Cette variété était abondante dans une de mes pêches, à S*-Georges, où elle habitait un petit étang rempH d'herbes aquatiques. Je l'ai revue depuis dans deux ou trois localités. Elle est remarquable par la forme élégante de sa coquille, toujours bien arrondie et comme faite au tour; elle est acuminée en arrière, et de là, les côtés font une courbe régulière qui se referme peu à peu, et s'allonge en un col élancé (tig. 5). La teinte générale est toujours verte, à cause de l'abondance des Zoochlorelles. Les pseudopodes, le noyau, le plasma, sont normaux. D'ai)rès tout ce (jue j'ai i)U voir, cette Difflugie conserve toujours sa forme carac- téristique, et doit être considérée comme une variété l)ieii distincte. DifflKf/iapijiifbniiis var. utiiculor var nov. C'est un individu appartenant à cette variété que Leidy représente dans sa pi. X, tig. 27. Il ajoute à ce sujet : « Rarement j'ai vu une DitHugie, qu'on peut rapporter à UEMIE DIFFLUGIA 221 « Difflugia pyrifonilia, dans la(iuelle la coquille paraissait tonnée (l'une membrane « cliitinoïde imprégnée d'une matière noire tloconneuse, provenant en ai)parence du « sédiment de la localité où se trouvait l'animal. » Dans quelques rares occasions également, j'ai rencontré une Ditttugie identique à celle que tigure Leidy, et connue ce dernier, je l'ai toujours vue recouverte d'un épais manteau de matière opaque, noire ou brune, donnant à la surface l'aspect d'une écorce rugueuse. Un jour je trouvai un de ces individus en cours de division (fig. 6) ; l'animal, d'un brun foncé et mat, avait produit une nouvelle coque de forme et de taille semblables à la siemie, mais très claire, à peine jaunâtre, mince, cliitinoïde, transjjarente, et déjà imprégnée de diatomées très fines, qui sans doute avaient au préalable été avalées par r animal-mère. La forme dans cette variété est toujours très trapue: le col est large et court, souvent légèrement étranglé en arrière de la bouclie arrondie. Les pseudopodes sont normaux, et le noyau, que je n'ai pas pu étudier en détail, est uni(iue. La longueur est de 90 à 125 p.. La figure de Leidy en indique 165. Pour moi cette DitHugie représente en définitive une espèce liien distincte, mais je l'ai vue trop rarement pour pouvoir indiquer tous ses caractères ditt'érentiels. DIffl/u/ia pyiifoimit^ var. hri/opliila var. nov. C'est une forme caractéristiipie des mousses, soit des bois, soit aquatiques. La coque, de 100 p en moyenne de longueur, est allongée, avec des côtés plutôt droits, et formée de pierres, généralement plus grandes et plus anguleuses à la partie antérieure de l'animal; mais pourtant la partie du col (pii confine immédiatement à la bouclie i)orte toujours des pierres très petites (fig. 7). La teinte est un peu jaunâtre, grâce à la présence d'un vernis cliitineux, peu abondant d'ailleurs, car la coque se dislocpie très facilement par compression. Le noyau diffère de celui de la Diffliif/ia pi/riformis typique; il renferme, noyés dans une masse claire de suc nucléaire, un nombre peu considérable de nucléoles verdàtres, qui vont se loger sous la membrane nucléaire en s'v étalant, sans garder la forme globuleuse. 222 FAUNE KlIIZUl'ODIQUE DU BASSIN DU LÉMAN Cette Difttugie ne renferme pas de Zoochlorelles. Elle présente de grands rapports avec la Diffl/u/ia manicafa qui sera bientôt décrite. Mais la taille est supérieure, la coquille plus allongée, et le noyau montre une structure différente. Diffiugiapyriformis var. lacustris Penard (89). Cette variété est très abondante dans le fond du Ijéman, où elle représente le type jjyriformis bien plus fréquennnent que la Diffl/if/iapi/rifontiifi proprement dite. Elle est de taille extrêmement variable, en général de IGO à 180 ju, mais on peut la trouver plus grande, connne aussi plus petite. La coque est allongée (fig. 8), parfois presque cylindrique, peu élargie en arrière, rarement un peu étranglée au col. Ce dernier est formé de petites pierres; sur le reste de la coque ces pierres sont plus grandes, surtout à la naissance du col, où elles forment, mais pas toujours, comme un collier de gros frag- ments. Le noyau est très clair, sphérique, et renferme de nombreux petits nucléoles que je n'ai pas pu voir bien distinctement. En somme cette variété rappelle beaucoup la précédente; elle est plus grande, relativement un peu plus allongée; mais ces différences sont de peu de valeur, et il est intéressant de constater la présence de ces deux formes si rapprochées, l'une dans les mousses, l'autre au fond des lacs. Difflugia capreolata spec. nov. Cette DitHugie n'est pas comnmne; on la rencontre de temps à autre, en individus isolés, et un peu partout. Une seule fois j'ai fait une récolte où les individus étaient abondants, à S*-Georges. C'est une belle et grande espèce, peu variable dans sa taille qui reste iiresque toujours entre 225 et 230 f/.. A première vue, on la prendrait volontiers pour une GENRE DIFFLUGIA 223 forme de la Difflngia pyriformifi, et c'est comme telle que je l'ai d'abord considérée. Mais un examen attentif m'a bientôt montré qu'il y avait là une espèce bien carac- térisée. Elle se distingue alors de la Bifflugia pyriformis par trois caractères principaux, qui concernent la coquille, le noyau, et les pseudopodes. La coquille, tout en gardant le type présenté par la Diffliif/ia pyri- formis, est plus trapue, et se dis- tingue surtout par son col très large, court, et légère- ment étranglé en arrière, puis renflé et arrondi quelque peu à la lèvre. C'ette coque, for- mée de pierres très bien arrangées, est parfaitement ronde en coupe transversale. On pourrait, comme apparence générale, la comparer à une calebasse à col large et court (dans la fig. 1 l'étranglement est un peu moins prononcé (jue d'ordinaire). Quant au noyau (fig. 5), qui constitue également un des caractères distinctifs de cette espèce, il est sphérique, grisâtre clair, et varie entre 50 et 55 u de diamètre. La matière chromatique y est représentée par un nombre immense de nucléoles en grains extrêmement petits, noyés dans une masse de suc nucléaire qui remplit tout l'intérieur jusqu'à la membrane, et disposés vaguement en traînées, ou chapelets qui se croisent les uns les autres, mais sans grande netteté. Outre ces nucléoles, le suc nucléaire renferme Difflugia capreoUta. — 1. Forme typique. ~ 2. Exemplaire vu par la face orale. — .S a et 6. Phénomènes de locomotion rapide. — 4. Transformations d'un pseudo- pode pendant la marche. — 5. Noyau. — 6. Fragment du noyau, plus grossi, montrant le suc nucléaire se détachant de la membrane. 224 FAUNE RHIZOPODIQITE DU BASSIN DU LEMAN des poussières très fines, qui rimprègnent tout entier. J'y ai remarqué également un jour une véritable vacuole arrondie. Il faut ajouter à ce propos un fait curieux : en écrasant un jour un de ces noyaux, je vis la membrane s'écarter, en laissant un vide entre elle et le suc nucléaire, et ce dernier se montra renfermé dans une seconde membrane ou pellicule extrêmement fine, ondulée et plissée; la fig. 6 montre l'aspect général (lue ])résentait alors le noyau, mais sans indiquer le double contour ni les plissements de la i)ellicule. Un troisième caractère enfin est de nature plutôt physiologique, et concerne les pseu- dopodes. Si nous rencontrons une Difflnr/ia capreoluta et que nous lui voj'ons déployer ses pseudopodes, connue dans la fig. 1, nous ne tarderons pas à y constater une tendance toute particulière à la formation, sur chaque bras, de prolongements, de dents et de branches courtes et étalées, qui donnent à ce pseudopode l'apparence d'un bois de chevreuil ou de renne. Mais si plus tard la I)/ffhi(/l(i si' met en marche d'un mouvement particulièrement accéléré, comme pour se diriger vers un but déterminé, l'aspect change, et le phénomène n'en devient (pie plus intéressant. Nous voyons alors un pseudopode fort et allongé, à la base duquel se trouve une faible accumulation de plasma pseudopodique, puis un ou parfois deux bras très petits et courts. Kn suivant alors a\ec attention l'extrémité du long pseudopode, nous voyons se produire tout d'un coup à sa surface deux toutes petites lignes arquées, qui se regardent par leur concavité (fig. 4 à gauche) ; ces lignes sont l'expression d'une petite vague qui se forme sous le sommet du pseudopode, et qui grandit ensuite, s'étale comme une ventouse arrondie ou souvt'ut aussi en forme de fer de lance, tout en laissant subsister les contours du pseudojjode lui-même. Cette pseudo- ventouse se fixe au soutien, et l'on voit les myriades de poussières extraordinairement fines qui remplissent l'intérieur du pseudopode, et qui pendant la formation de ce dernier couraient d'arrière en avant, s'arrêter et par-ci |)ar-là revenir d'avant en arrière, en même temps que de petites ondes se forment le long de ce pseudopode, et qu'il se rétracte sur lui-même, attiré vers la ventouse adhérente en avant, et entraînant après lui la coquille ; mais bien vite la ventouse se détache, le pseudopode se ratiitine tout entier, et rentre dans le plasma buccal. Pendant que se passait ce phénomène, un petit pseudopode, né à côté du grand, s'était peu à peu allongé, pointant en jjlein liquide. Au moment alors où l'ancien pseudopode se ratatine, le nouveau s'allonge sur le sol, se fixe par une de ces GENRE DIFFLUGIA 225 soi-disant ventouses, attire la co(|uille en même temps qu'un petit pseudopode de la base sjrandit, entin tout le processus recommence, et la Difttugie avance continuellement. Je ne voudrais pas certifier que la locomotion rapide soit toujours identique à celle que je viens de décrire, mais ce que je puis affirmer, c'est que dans cette espèce ce genre de progression est normal. Il existe cependant des variantes; par exemple il se déployera plu- sieurs pseudopodes, dont un seul fonctionnera comme il vient d'être dit; ou bien le pseu- dopode se collera au sol par son milieu et non pas par son extrémité ; mais le processus normal est toujoui's le même. La fig. 3 représente le phénomène, vu sur le même individu, à une minute environ d'intervalle ; on constate qu'en même temps qu'il s'est produit un retrait dans le pseudopode de droite (où la ventouse ne se voit déjà plus), il a repoussé un bras h gauche. Je puis ajouter que j'ai suivi sur cet individu 24 projections successives, sans modifications, et toujours avec deux pseudopodes, et qu'à la vingt-quatrième c'est moi qui ai interrompu la marche, en dérangeant l'hulividu. Il faut remar(iuer cependant (pie d'autres Difflugies peuvent de teuqis à autre mon- trer des phénomènes analogues, soit pour la forme temporairement fourchue des bras, soit même pour le fonctionnement d'un pseudopode ; mais alors ce sont des faits exceptionnels, tandis que dans la Difflugia caijreolata nous avons un processus normal et physiologique. Dans tous les individus dont la coquille présentait le type bien net de l'espèce, j'ai retrouvé les mêmes pseudopodes, pas toujours, il est vrai, aussi nettement différenciés que je l'ai décrit. J'ajouterai en passant que toujours aussi ces deux caractères ont été accom- pagnés de l'existence du même noyau caractéristique, qu'on ne trouve jamais dans la Diffhigia pyriform is. La Difflugia capreolata s'est montrée, dans une de ses stations, toujours bourrée de Zoochlorelles ; dans une autre, elle n'en avait pas, et différait également quelque peu du type par une teinte légèrement jaunâtre, grâce à un dépôt de veniis chitineux, et par une longueur moins forte relativement à la largeur. Dans quelques individus se voyaient de beaux « Glanzkorper » à un état de dévelop- pement avancé, et dont il sera fait mention plus tard (note 14). 29 226 FAUNE RHIZOPODIQFE DU BASSIN DU LEMAN Diffluf/ia mmiicafa spec. nov. Cette espèce rappelle quelque peu la l)ifflii(/ia pijriforwis par sa forme générale, mais elle est plus ronde et plus trapue, sans courbure rentrante en arrière de la bouche, et on pourrait tout aussi bien l'appeler ovoïde. La coquille est toujours légèrement jaune ou brunâtre, gvâce à un vernis cbitineux qui pénètre partout entre les éléments qui la composent. Elle est toute entière formée ^^jYihi. de petites pierres serrées les unes contre les autres, et très bien ar- rangées, surtout en arrière, où elles forment un d(')me régulier et presque lisse; mais sur tout le tiers antérieur, cette coquille est couverte ou mélangée de parti- cules quartzeuses beaucoup plus grandes, et dont la présence est constante. La bouche est ronde et petite. De cette bouche sortent des pseudopodes en nombre variable, plutôt étroits, souvent très allongés, et qui ont une tendance à s'étaler en forme de bois de reinie, mais sans présenter d'ailleurs les phénomènes décrits comme normaux dans l'espèce précédente. Le plasma est peu abondant, laissant un vide assez fort entre lui et la coque. Après écrasement de l'animal, on voit que ce plasma est d'un bleu très tendre et limpide. Il ren- ferme des globules brillants, de l'amidon, et rarement des Zoochlorelles, en très petit nombre. Le noyau est sphérique, de 13 sj.de diamètre, et contient un nucléole central compact, à contour très franc, d'un bleu tendre, et renfermant des petites lacunes ou vacuoles Diffliigia manicata. — 1. L'animal vu de côté. - vu (le face. — 3. Commencement de division. particulière des pseudoiiodes. — 5. Noyau. 2. Un autre, — 4. Forme GENRE DIFFLUGIA 227 rondes. Le suc nucléaire abondant qui entoure le luicléole, renferme lui-même, surtout ])rès de la membrane, des poussières bleuâtres (fig. 5). J'ai plusieurs fois trouvé des exemplaires munis à la bouclie d'un gros bouquet de pierres, destinées sans doute à la confection d'une nouvelle coque. Un jour également, j'ai rencontré un individu occupé à émettre par sa bouche un sac lisse, rempli de plasma et de globules brillants, mais encore dépourvu de pierres (fig. 3). Cette espèce rappelle la Diffluyia pyriformis var. hryophUa; mais sa taille beaucoup moins forte, sa teinte jaunâtre, et surtout son noyau tout différent, que j'ai trouvé cons- tamment le même dans tous les individus examinés, la distinguent, me semble-t-il, sutiisam- ment de cette espèce. Difflugia rubesceus Penakd (86). Dans la pi. X de son ouvrage, Leidy représente, dans les fig. 22, 24 et 25, une Dif- tlugie qu'il rapporte à la Diffliu/ia pi/rifonnis. tout en ajoutant cette simple remarque : « avec endosarc brun. » En 1S91, dans un petit travail sur les Rhizopodes que moi-même j'avais récoltés dans les Montagnes-Rocheuses, j'avais décrit avec quelques détails cette Difflugie, que je considérais comme bien autonome, sous le nom de I)iffhi